mercredi 11 septembre 2013

The WINERY DOGS (2013) - by Bibi





     Bon, et bien voilà, cela devait bien arriver un jour : après ses multiples expériences musicales, Richard D. Kotzen Jr tâte du Power trio. Et pour se faire - tant qu'à faire - il s'allie à de redoutables performeurs, du genre qui ne craint point les joutes, les défis. Au contraire, ils adorent. Et pas des jeunots, non, au contraire, on s'associe avec de vieux briscards ayant déjà fait leurs preuves et affichant un nombre faramineux de kilomètres au compteur. On renoue ici, sans galvaudage, avec l'appellation de Super-Group.

     Dans le rôle du bassiste, pas moins que Billy Sheehan, le vétéran (soixante ans cette année) qui depuis ses débuts avec Talas à la fin des années 70, défend bec et ongles les valeurs de la basse dans le Heavy-Rock, n'hésitant jamais à occuper le devant de la scène, quitte à faire de l'ombre aux frontmen habituels. Il fut parfois surnommé le Van-Halen de la quatre-cordes, notamment parce qu'il pratique le tapping (à noter qu'il s'essaya au tapping après avoir vu Billy Gibbons en concert, et non Eddie). Tout comme Van-Halen, Billy trafique ses basses, recherchant toujours la recette qui lui permettrait de retranscrire ses pensées et sa sensibilité musicales, jusqu'à être endossé par Yamaha et avoir ses propres modèles signatures. Si Sheehan sait parfaitement endosser le rôle du bassiste rock qui colle à la batterie, ou soutient simplement la rythmique, il sait également faire de l'ombre à ses comparses en se lançant dans des prestations solistes que peu de guitaristes sont capables de suivre. D'ailleurs Billy adore jouter avec des bretteurs d'excellence (Vai, Gilbert). Depuis, Billy s'est illustré avec Mr Big, groupe de Hard-Rock / Glam-Metal qui réussit l'exploit d'être fortement médiatisé de 1989 à 1994, soit en pleine aire "Grunge", et même d'avoir un n°1 avec "To Be With You". Groupe où officie également l'extravagant et talentueux Paul Gilbert, jusqu'en 1997. Pour la reformation de 1999, c'est Richie Kotzen qui prend la place de Paul.


Et, dans le rôle du marteleur de fûts, Mike Portnoy, celui-là même qui offrit des patterns alambiqués et robustes à Dream Theather de 1985 à 2010, celui qui fonda avec Neal Morse le groupe de Rock Progressif, Transatlantic, et enfin celui qui participa à la création du groupe de Heavy-Metal "Adrenaline Mob" en 2011. Dernier groupe qu'il quitta tout récemment, cette année, pour tenter cette nouvelle aventure. Parallèlement, en 2012, il renoue avec le Rock-Progressif avec Flying Colors où l'on retrouve Steve Morse, Dave LaRue et Neal Morse. A maintes reprises, il a été élu, par un magazine américain dédié à la batterie, meilleur batteur de Rock Progressif.

Alors c'est sûr qu'avec ces trois lascars, cela risque de pétarader dans tous les sens ; pas question pour Portnoy et Sheehan d'être là pour faire de la figuration, ou soutenir l'ego de Kotzen. The Winery Dogs a de fortes chances d’œuvrer dans l'esprit donc de trinômes tels que Cream, West et Bruce & Laing, Beck, Bogert & Appice. Et, vu les gabarits, on ne serait guère étonné de trouver une mixture entre Grand Funk Railroad (d'avant l'intronisation du claviériste), de Triumph et de Rush. On sait que Sheehan est toujours prêt à faire étalage de ses talents, à en mettre plein la vue, tant visuellement qu'auditivement. Portnoy ne crache pas sur les soli et les breaks de batterie, et les licks de shredders apparaissent de nouveau dans le jeu Kotzen (pas systématiquement fort heureusement).
 Alors, est-ce que ce The Winery Dogs ne sera qu'un prétexte pour ces techniciens pour se défouler tels de juvéniles musiciens cherchant à s'imposer et à faire leurs preuves ?

Il semblerait que non, bien que certaines compositions s'encombrent de démonstrations qui, bien qu'elles ne soient tout de même complètement puériles, n'apportent rien de plus, si ce n'est de surcharger le tout. C'est d'ailleurs souvent le cas du travail de Mike Portnoy qui, de sa batterie parfois un poil trop en avant (ou bien est-ce une frappe volontairement lourde), étouffe le morceau. Plus précisément, c'est sa caisse claire (au timbre bien mat) qui semble mixée trop en avant. C'est pratiquement le même son qu'il utilise déjà pour Adrenaline Mob, et l'on retrouve même des patterns déjà utilisé pour ce groupe Heavy, bien que le genre ne soit pas vraiment le même. Bien que Portnoy soit un grand batteur, il semblerait qu'ici, il manque parfois de groove et souplesse.
On a parfois l'impression de retomber dans les travers de certains ego surdimensionnés de fortes personnalités des années 70, avec quelques accélérations, descentes de manches, et roulements de toms pas vraiment opportuns ; heureusement ce n'est guère fréquent.
Toutefois, après deux - trois écoutes, le disque finit par s'imposer, avec quelques titres sortant assez rapidement du lot.
En studio, "à la maison" (home-studio de Richie ?)

A ce titre, on peut citer :
- Elevate : sorte de Whitesnake sous amphétamines entre-coupé de passages de bravoures dispensables ; avec un break où la basse se taille la part du lion.
- Desire : Heavy-rock bousculé par un chant très Soul-Rock qui foule les terres de Glenn Hughes. Kotzen habille ses chorus d'une wah-wah crunchie.
- We Are One : Une pièce où la performance de Sheehan, au corps à corps avec Kotzen devrait séduire tous les apprentis bassistes. Hélas quelques accélérations intempestives grèvent l'ensemble et Richie plante un peu son solo final à cause d'une exécution en aller-retour trop rapide, en décalage avec le tempo ; ou bien est-ce la batterie qui ne parvient pas à suivre ?.
- The Other Side aurait pu aisément s'imposer comme une pièce maîtresse du trio avec cette guitare chantante, parfois à l'unisson avec la voix, et ce refrain à la mélodie affirmée, s'il n'y avait eu ce coda lourdaud et ennuyeux.
- Six Feet Deeper, pourrait être du Hendrix en mode bourrin,  pas loin de l'expérience du Scars de Gary Moore, mais moins Metôl et agressif.
- The Dying  a des réminiscences de Led Zeppelin, sans pourtant ne jamais, en aucune sorte, faire référence à son patrimoine. Peut-être une vague sensation de Heavy-psyché bluesy, et puis on imaginerait bien Plant chanter sur ses accords à la fois cristallins et cossus, ainsi que Bonham mal-traiter ses peaux (et d'ailleurs, je pense que la batterie aurait gagnée, ici, à être plus lourde) dès que Kotzen enclenche la disto (du type large et baveuse). Bémol par contre sur le dernier solo qui part dans tous les sens (du genre "c'est mon dernier, j'y fous touts les notes que j'ai pas jouées, et plus encore").


Le groupe assure déjà de nombreux concerts (même hors frontières)

Et dans le haut du panier :
One More Time,  avec sa belle rythmique sautillante de Heavy-Funk-Rock parsemée de courts soli bluesy, légèrement en retrait  ; cela rentre dedans sans ménagement tout en restant souple et alerte. On sent un Sheehan cramponné et suant sur sa basse Yamaha, et un Portnoy jouant des coudes pour ne pas être à la traîne. Evidemment, aucun rapport la daube de Britney.
- You Saved Me : Un bon titre mid-tempo de Heavy-Rock aux parfums Soul-blues, sachant respirer, s'aérer de passages plus doux mettant en valeur le timbre de Kotzen. Une mélodie appuyée et vivifiante, où les protagonistes démontrent qu'ils ne sont jamais aussi bons que lorsqu'ils font l'effort de se contenir. Tapping basique en son clair (sur cordes graves de Telecaster), arpège aérien, lick bluesy, basse économe et résonnante, chant profond, pattern virevoltant, couplet-refrain en mode Bon-Jovi sans tic "FM". En bonus, encore un superbe solo tout en feeling. C'est le seul titre dont les paroles n'ont pas été écrites par Kotzen, mais par Portnoy (en hommage à son épouse, Marlene).
- Regret : piano, nappes lointaines d'orgue, chant Souful aux intonations proches d'un Rod Stewart moins enfumé, chœurs gospel, bon solo. Voilà ! Là, y'a pas à tortiller, c'est du bon, du très bon. On monte le son. Fallait être patient. Hormis certains titres cités plus haut, il faut attendre la fin du skeud pour tomber sur quelque chose d'excellent. Pas technique pour un sou mais un feeling énÔrme. C'est assez proche du projet Wilson Hawk - resté injustement dans l'obscurité - de Kotzen ; groupe éphémère où il se plongeait totalement dans une Soul-bluesy, à peine saupoudrée de Rock, inspirée par des mentors comme Otis Redding, Bobby Womack, Curtis Mayfield, et où sa guitare n'a jamais été aussi tempérée, presque muselée.

Et puis, encore, dans le chapitre curiosité, citons Time Machine qui n'est ni plus ni moins que du Black-Sabbath, avec une guitare moins plombée et un refrain plus enlevé pouvant évoquer Tony Martin en moins sombre, moins gothique. Le final s'accélère comme par un défaut d'imagination, comme si le trio ne savait pas comment se dépêtrer de cette chanson.

Le reste, bien qu'indéniablement bien joué (euphémisme), est dans l'ensemble plus convenu, péchant par un manque de saveur.
De bonnes bouilles 

      En définitive, ce premier opus ne procure aucune surprise en se contentant de ne proposer que du bon Heavy-rock qui s'avère un simple mix entre Mr Big, la carrière solo de Kotzen et le belliqueux Forty Deuce (groupe Japonais avec Kotzen au chant et en seconde guitare). Aucun lien avec Dream Theather ou Flying Colors.
 Ce n'est pas la bombe à laquelle on aurait eu le droit de s'attendre, pas de commune mesure avec les fantastiques opus de Kotzen que sont "Changes" (lien - clic), "Waves of Emotion", "Something to Say", "Break it all down", voire "Peace Sign" et "Mother's Head Family Reunion". Ni même que "Native Tongue ", le meilleur album de Poison... grâce au travail de Kotzen.

     Toutefois, bien que le matériel n'offre rien de vraiment transcendant, de marquant ou d’inoubliable (à l'exception des "Hauts du Panier"), on attend en vain l'étincelle qui mettrait le feu aux poudres, ce premier essai a tout de même l'avantage de passer le cap des multiples écoutes avec succès. En dépit de quelques compositions qui semblent s'enliser dans une auto-satisfaction, le disque s'écoute néanmoins sans mal, et chaque titre a son lot de bons passages - même s'il n'y a pas de quoi sauter au plafond -, généralement grâce à Kotzen.
Un disque qui devrait plus facilement satisfaire les inconditionnels d'un Hard-Rock millésimé 80's ou du genre vindicatif et agressif tel que pratiqué au XXIème siècle ; de même que les amateurs de virtuosité devrait également y trouver leur compte. En tout cas, le disque semble bien marcher, surtout au Japon (pays où Mr. BIG est connu et apprécié).

  1. Elevate  -  5:01
  2. Desire   -  3:41
  3. We Are One   -  4:32
  4. I'm No Angel  -  4:03
  5. The Other Side  -  5:41
  6. You Saved Me  -  5:13
  7. Not Hopeless  -  5:04
  8. One More Time  -  3:36
  9. Damaged   -  3:29
  10. Six Feet Deeper   -  4:13
  11. Time Machine   -  5:07
  12. The Dying   -  6:07
  13. Regret   -  4:49               



,50




et pour les accros aux performances

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