mercredi 6 juin 2012

THE CULT "Choice of Weapon" - 2012 - (by Bruno)




     Ian Astbury et Billy Duffy reviennent avec un nouvel album, leur neuvième, cinq ans (!) après « Born into This ». Et, oh miracle, avec la même formation rythmique. Même Mike Dimkitch, leur guitariste rythmique réservé et indispensable à leurs prestations scéniques depuis « Beyond Good and Evil » est encore mentionné (leur « secret weapon »).
Aux dires des deux leaders, ce neuvième album est le résultat d'un dur travail, d'une recherche profonde, afin d'offrir, autant que possible, le meilleur d'eux-même. Des paroles entendues des centaines de fois avec des résultats pas nécessairement probants. Cependant, dans le cas présent, aucune des pièces ne semblent avoir été bâclées.

     Comme d'habitude, depuis « Ceremony », le disque demande quelques écoutes pour l'apprécier à sa juste mesure (ce qui les a d'ailleurs souvent desservis – d'autant plus que l'on forme les masses à ne plus faire d'effort pour appréhender la musique... ou le reste).
(De G à D) Duffy, Chris Wyse, Astbury et Tempesta

     Sans grande surprise, on retrouve dès les premières secondes, la patte, le copyright, « The Cult ». Même si son Heavy-rock revival 70's est définitivement révolu (au grand dam de nombreux nostalgiques inconsolables), il n'est ni renié, ni proscrit, et continue ainsi à transpirer à travers une musique plus personnelle, fruit logique d'une fusion des expériences passées et digérées. Ainsi, tous ceux qui connaissent la discographie depuis « Love » (énorme opus) dénicheront deci-delà des bribes, des mouvements, des sensations propres à telle ou telle chanson, ou de manière plus générale, tel ou tel disque. Deux – trois riffs binaires sont même sortis de ce fameux « Love ». Seul le séminal et carré « Electric » semble avoir été complément oublié. Cependant, en général, « Choice of Weapon » est bien dans la continuité de son prédécesseur, « Born into this ».
Les compositions sont riches, travaillées, nanties d'une violence où l'on sent sourdre une colère latente.

     Si l'album démarre sur des chapeaux de roues avec un enivrant « Honey from a Knife » (indubitablement un des meilleurs titres, si ce n'est le meilleur) aux réminiscences « Iggy Pop »/ »Stooges-Raw Power », et dont les chœurs évoquent le « He's Gonna Step On You » de John Kongos (gros hit de 1971), dès la pièce suivante, « Elemental Light », un imposant nuage d'orage vient embrasser de son ombre chargée de spleen la suite de l'album.
Outre l'aura d'Iggy Pop, qui revient sur l'agressif « For The Animals », on retrouve celle de Bowie sur « Life > Death ». Atsbury rajoute à sa besace une icône supplémentaire.
Ian Atsbury

     Billy Duffy a réalisé un gros travail instrumental. Tantôt par des rythmiques chiadées, tantôt superposant différentes parties de guitare, parfois jusqu'à trois pistes distinctes, les imbriquant pour former un tout indissociable (Chris Goss jouerait quelques parties de six-cordes). Lorsqu'elle est présente, la troisième piste œuvre alors comme un lead-guitarist ponctuant la chanson à l'aide de courts soli intermittents, ou de licks pertinents. Malheureusement la production de Chriss Goss (Kyuss, Master of Reality, Queens of the Stone Age) et Bob Rock (Payola$, Bon Jovi, Metallica, Motley Crüe, The Cult) privilégie le gros son à la définition. Une production touffue, un rien sourde, étouffant la dynamique des entrelacs des LesPaul et de la White Falcon, qui, pour le coup, ne se sont jamais montrées aussi ramassées.
Tout comme pour cette batterie, pourtant bien servie par un jeu varié et nuancé, qui manque de relief et est un brin trop en arrière. Avec des cymbales souvent temporisées, comme si leur résonance était tronquée, donnant l'impression d'une restitution Mp3. Dommage, car sur « Born Into This », la production plus aérée flattait le jeu de John Tempesta (Exodus, Tempest, White Zombie) qui le méritait amplement. (Je pinaille, mais pour un groupe de l'envergure de « The Cult » j'attends au moins une production au dessus de toute critique).
Billy Duffy en charmante compagnie

     Les paroles restent chargées d'un certain romantisme empreint de mysticisme, structurée autour d'une poésie hallucinée et nourrie d'un pseudo ésotérisme vulgarisé, où pointe parfois une critique, voire un rejet des dérives de la société actuelle.
Astbury a légèrement perdu en intensité et profondeur. En fait, il ne force plus sur sa voix, il la ménage même (50 ans depuis le 14 mai dernier).

Finalement, « Choice of Weapon » m'évoque les paroles d'un poto qui, à l'époque de la sortie de « Walking into Clarksdale » de Page & Plant, disait à son sujet, d'un air mi-enthousiasmé mi-goguenard :
- « ça sent le diable. Ce disque sent le diable ».
Car sans être foncièrement sulfureux, il est emprunt d'une noirceur sous-jacente. Certes, il y en a toujours eu, à des degrés divers, cependant dès « Elemental Light » un spleen s'installe comme jamais auparavant.
Une atmosphère qui semble refléter une noirceur générée par la constatation, ou plutôt le rejet d'un monde décadent, miné par un consumérisme cultivé et exacerbé, un monde qui par la perte de valeurs ancestrales se retrouve en pleine confusion. 

     Comme pour « Born into This », The Cult a choisi d'offrir un disque bonus d'un réel intérêt ; loin des démos, ou des « alternate take » (que l'on n'écoute que très rarement, voire jamais), les chansons présentes sont de qualité égale, sinon supérieure à celle du disque officiel. Et pour cause, il s'agit de deux couples de chansons sortis au préalable sur le net en 2010 et 2011. En effet, pendant un moment, lors de l'été 2009 exactement, Ian Astbury pensait ne plus réaliser de CD « longue-durée », croyant que ce format vivait ses derniers instants.

     Assurément, on n'est pas en présence du meilleur de « The Cult » (à mon sens la production a une part de responsabilité là-dedans), toutefois, au fil des écoutes, on découvre des pièces qui pourraient vite s'élever au niveau des classiques du combo (ou duo).
On pourrait reprocher qu'il n'y ait ici rien de vraiment nouveau ; on a parfois l'impression d'un recyclage. On leur avait également reproché leurs changements, leurs prises de risques. Les albums « Ceremony », « Beyond Good and Evil », et l'éponyme de 1994, avaient été accueilli par une volée de bois vert par une bonne frange de leurs fans, quand d'autres criaient au génie.

     Dans les titres qui sortent du lot, on peut mentionner donc outre la scie « Honey From a Knife », « Pale Horse », qui fait le lien entre « Ceremony » et « Sonic Temple », « Lucifer » qui fait appel aux riffs body-buildés de « Beyond Good and Evil », le vindicatif « For The Animals » (premier single) et « The Wolf » (le loup est un thème récurent chez Astbury),  où l'on retrouve l'aura de Jimmy Page, qui a tout du missile conçu pour cartonner en live.
Et, dans le genre ballade gothique ombrageuse, spleen moite : « Wilderness Now », le Bowienien « Life > Death » et « This Night in the City Forever ». Ce dernier, après un premier mouvement qui se traîne, enchaîne sur une envolée entre Alice in Chains, Neil Young et... The Cult.
     Dans les bonus, il y a le superbe « Embers », une complainte, un appel torturé et désespéré. « Siberie » aux accents rock-heroic, entre The Alarm et U2, à la sauce Duffy of course, et, en dernier recours, « Every Man and Woman is a Star » dont certains passages peuvent rappeler « The Witch » au ralenti.

     Si « Choice of Weapon » n'est pas un très grand cru du groupe (quoique, peut-être qu'en vieillissant un peu...), il prouve que The Cult n'est pas près d'être enterré. Même s'il pioche dans son passé pour composer, il a encore une force créatrice qui fait malheureusement défaut à quelques entêtés qui s'évertuent à sévir sur la route.

     Mention spéciale pour le support assez luxueux (sans PVC) ; digipack rigide, livret soigné, caractères lisibles (pas de pattes de fourmi), paroles des chansons.

  1. "Honey from a Knife" - 3:06
  2. "Elemental Light" - 4:45
  3. "The Wolf" - 3:33
  4. "Life>Death" - 5:32
  5. "For the Animals" - 4:28
  6. "Amnesia" - 3:02
  7. "Wilderness Now" - 4:33
  8. "Lucifer" - 4:40
  9. "A Pale Horse" - 3:14
  10. "This Night in the City Forever" - 4:45

CD Bonus

  1. "Every Man And Woman Is A Star" - 3:26
  2. "Embers" - 5:01
  3. "Until The Light Takes Us" - 4:19
  4. "Siberia" - 3:36



++ 
(il est possible qu'il monte en grade d'ici la fin du mois).



Clip officiel de "For The Animals"
 

Lucifer

5 commentaires:

  1. Je Kiffe!
    Dans le 1er clip, quelqu'un pourrait me dire si les pierres offertes sont des shungites? J'en ai une et ça y ressemble.
    http://shungite.fr/shop/page/2?shop_param=

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    1. Tiens ? Je ne connaissais ces shungite. C'est sérieux ?
      En tout cas, dans le contexte de la chanson et du clip, il serait plausible que les pierres remises par Astbury sont des shungite.

      "Dark cities you crawling in, dark prison your living in, you losing millions of cells, spit your mantra go to Hell"

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  2. Parce que ce ne sont pas des bonbons ?

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  3. Big (very) Bad Pete7/6/12 17:03

    "My name is Lucifer, please take my hands !!!"
    :oD

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    1. "I saw the Devil down the long road, he said to me boy, I want your soul, I said No... , ... said yeah you can take my soul"
      (King Contrary Man - "Electric" 1987)
      Et y'en a d'autres...

      Mais où sont donc passées les ministres de la P.M.R.C. ??

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