mercredi 28 mars 2012

Johnny WINTER "Roots" - 2011 - (By Bibi)


Still Alive

Après sa tournée de 2002, où Johnny Winter n'était plus que l'ombre de lui-même, devant être soutenu pour traverser la moitié de la scène et se caler sur sa chaise pour ne plus en bouger ; avec des sets écourtés, assez ternes en comparaison de la flamboyance et de l'énergie d'auparavant, personne n'aurait parié sur la pérennité de sa carrière. Lui qui subjuguait les foules par sa technique virevoltante en finger-picking, allant même jusqu'à saouler l'auditeur par des avalanches de notes, pertinentes certes, mais dont le débit semblait être inépuisables, il en était réduit à jouer des chorus parfois approximatifs et cahotants (comme s'il était atteint d'arthrose aiguë).  Son chant, auparavant si rugueux et plein de vie, se rapprochait dangereusement d'un marmonnement. On croyait la tornade blanche (son surnom dans les 70's) définitivement « cramée » par des années d'abus de substances illicites. Prêt pour une retraite anticipé (mais en avait-il les moyens ?), un pied déjà dans la tombe. Apparemment d'après de nombreux témoignages, son déclin aurait débuté dès 1996. Et effectivement, si l'on se réfère au "Live in NYC ' 97" (dont le choix des titres avait été proposé et fait par des fans), on se rend bien compte que quelque chose ne va plus. Cependant, on était encore loin de la bérézina de 2002. Il fallait entendre les commentaires chargés de déception pendant et après les concerts ; des spectateurs pensaient même qu'il ne tarderait guère à rendre l'âme. Johnny avait vieilli prématurément.


Paul Nelson avec Johnny

Or Jeannot l'Hiver a un sursaut d'orgueil, de fierté. Il y a quelque temps, après un passage à l'hôpital, et une modification totale de son traitement, recouvrant sa lucidité, il renvoie son manager Bruce Houghton (apparemment bien filou), et reprend le chemin des studios, soutenu par Paul Nelson. Un diplômé de Berklee, ayant fait ses débuts discographiques avec le pénible Heavy-Metal de Liege-Lord. Nelson (qui ressemble assez à Jon Amor de The Hoax) reprend les choses en main. Ne faisant pas les choses à moitié, s'investissant à fond dans l'aventure, il devient le nouveau manager, soutien Johnny à la guitare et participe aux compositions.
En 2004, sort un nouvel opus, « I'm a Bluesman » en 2004, assez bien accueilli dans l'ensemble. Un Johnny Winter diminué mais de nouveau concerné, présent.
Suivent quelques tournées le présentant en petite mais bien meilleure forme.


Sept années passent, jusqu'à ce que l'on annonce un retour discographique. Comme pour le précédent, on espère que le projet aboutira, et qu'il sera digne de figurer aux côtés de ses précédentes réalisations.
Est-ce par un manque de confiance, un manque de créativité dû à un état de fatigue permanent, ou juste une façon d'assurer une certaine qualité, sans prise de risques, que le dernier disque de Winter ne comporte que des reprises ? Certes, l'homme n'a jamais été un compositeur prolixe, toutefois, il y avait toujours au moins deux compositions à son crédit. De surcroit, généralement du très bon. Quant aux reprises, elle savaient équilibrer le classique et l'obscur.

Avec « Roots », Winter ne transige pas et fait exclusivement dans le lourd, du très lourd, des classiques éculés repris maintes fois. Néanmoins, il n'est pas certain que la jeune génération connaisse, hélas, ne serait ce que la moitié du répertoire proposé.
De plus, comme autrefois, Winter se réapproprie ces chansons en y apportant sa propre sensibilité.




Dans cette entreprise, Johnny, et Paul, ont invité une pléiade de musiciens : un différent pour chaque pièce. Ce qui apporte des nuances biens agréables pour les esgourdes. On retiendra surtout le funambule de la slide, Sonny Landreth, l'insatiable Warren Haynes bien moins heavy qu'à l'accoutumée sur un classique dont l'Allman Brothers Band a fini par faire sien, le Telecaster-man multi-récompensé Vince Gil (sur qui le temps ne semble pas avoir de prise), le placide Derek Trucks à la SG chaleureuse, et la charmante Tedeschi.
Toutefois, on peut légitimement se demander si la bonne teneur du disque ne repose pas essentiellement sur la diversité apportée par les invités. Et si donc en leur absence, l'opus n'aurait pas été plus scolaire.

Alors oui, la voix n'a plus sa rugosité d'antan, bien que plus assurée par rapport aux années précédentes, elle manque désormais de force et semble à la limite de défaillir lorsqu'elle est forcée. Le jeu de guitare a perdu en expressivité, en mordant et en fougue, se parant d'un peu plus d'overdrive pour camoufler une vélocité déclinante. Cependant il a retrouvé une fluidité qui lui faisait défaut lors de ses prestations scéniques depuis des années. Johnny accuse son âge, 67 ans, toutefois paradoxalement, bien moins qu'à 58 ans. 


Toutefois, si l'on fait abstraction de ses albums passés, « Roots » se révèle être un très bon disque de covers, se plaçant même en très bonne position parmi la multitude d'albums du même genre dont nous sommes bombardés depuis une décennie. (Toutefois, je le jugerai inférieur à celui de George THOROGOOD. Ce dernier me paraissant plus frais).


Les nombreux fans pourront se réjouir en constatant que Winter a retrouvé une partie de ses facultés, et, qu'à nouveau il peut se produire sur scène sans risquer le ridicule ou l’opprobre.  Evidemment, le Johnny qui débordait d'énergie et sautait dans tous les coins appartient désormais au passé.


  1. T-Bone Shuffle - (T-Bone Walker) / Sonny Landreth
  2. Further On Up the Road - (Don Robey - Joe Medwick Veasey pour Bobby "Blue" Bland) / Jimmy Vivino (un ancien de l'écurie Blues Bureau de Mike Varney)
  3. Done Somebody Wrong - (Elmore James) / Warren Haynes
  4. Got My Mojo Working - (Preston Foster ; popularisé par Muddy Waters)
  5. Last Night - (W. Jacobs) / John Popper (Blues Traveller)
  6. Maybellene - (Chuck Berry) / Vince Gill (ex-Pure Prairie League)
  7. Bright Lights, Big City - (Jimmy Reed) / Susan Tedeschi
  8. Honky Tonk - (Clarence "Gatemouth" Brown) / Edgar Winter
  9. Dust My Broom - (Robert Johnson - version Elmore James) / Derek Trucks
  10. Short Fat Annie - (Larry Williams) / Paul Nelson
  11. Come Back Baby - (Walter Davis) / John Medeski






Autre article sur Johnny  WinterJohnny Winter Live at the Fillmore East (10/3/70)

4 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec toi, cet opus est une bouffée d'air frais! J'avais moi aussi fait une croix sur le Johnny Winter que j'avais adoré ces années passées et puis oh miracle , ce "roots" arrive sans crier gare!
    Il faut reconnaître c'est vrai que la prestigieuse liste d'invités ici présente y est pour quelque chose, mais pour avoir vu le bonhomme au festival de blues de Cahors en juillet dernier (première partie du génial Warren Haynes!)je confirme qu'il y a là comme une resurrection (un retour de l'hiver?) même si le jeu n'a plus la flamboyance d'autrefois ! Amicalement

    RépondreSupprimer
  2. Mis à part d'anciens vinyls acquis lors de conventions j'avais abandonné l'albinos du blues et il y a quelques années par dépit j'ai acheté un live en CD dont je me souviens plus du titre et fainéant comme je suis j'ai toujours pas déballé mes x cartons de CD... Mais j'ai été agréablement surpris... Purée c'est quoi ce titre de ce putain de live !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Johnny Winter And - Live" ?
      "Captured Live" ?
      "Live in NYC '97" ?
      "Live at the Fillmore East" ?

      Supprimer
  3. C'est le live in NYC 97 ! Merci Bruno, je vais le sortir de mon carton...

    RépondreSupprimer