mardi 31 mai 2011

THE RUNAWAYS, un film de Floria Sigismondi (2010) par Rockin-jl


Aaah un film sur les Runaways , voila qui est excitant, la promesse d’avoir de jolies filles et du rock’n’roll, des minijupes en cuir et de grosses guitares..


-Ouai ouai Luc, du calme je te le prêterai ..

Les Runaways, voila un nom qui ne dira sans doute pas grand chose aux plus jeunes de nos lecteurs, pas grave, un récent sondage a révélé que notre lectorat était plus proche de la maison de retraite que de passer son BEPC..(les chroniqueurs aussi d'ailleurs; bon, je vous laisse on vient me chercher pour le Loto dans la salle commune, tu viens Philou?)
Alors les Runaways c’est quoi, c’est qui ? Et bien un girls group, un groupe composé uniquement de filles qui jouaient du rock, et pas des bluettes , du hargneux, du qui tâche et sent la sueur plus que le Chanel No5.
Avant à part quelques individualités (Janis, Grace Slick..) la place des filles dans le rock était plutôt confinée au rôle de groupies (voir le film Almost famous- Presque célèbre)
Cependant the Runaways ne fut pas le premier girls group rockant comme j’ai pu le lire ici ou là, sur la jaquette notamment. Il y eu en effet plusieurs groupes feminins dans les sixties comme Goldie & the Gingerbreads de la fabuleuse Genya Ravan (celle de Ten Wheel drive, dont nous parlerons un de ces 4 ,the Pleasure seekers (avec Suzi Quatro) puis Fanny (avec Patti Quatro , la sœur de Suzy (et d’Audi)) , Feminin Complex , un garage band de Nashville, ainsi qu’une poignée d’autres comme The Ace of cups (Frisco, 69-72).
Mais leur succés aura ouvert la voie aux Girlschool, Rock Goddess et autres Go-Go's, Bangles, L7, Donnas etc.

Quand débute ce film et l’histoire des Runaways nous sommes en 1975, à L.A., dans le milieu rock underground et  "glam" métal .
Le film est basé sur le livre de Cherie Currie , la chanteuse, et produit par Joan Jett, la guitariste fondatrice ; donc on peut penser qu’il est bien informé et a valeur de témoignage sur cette période.



Kristen Stewart / Joan Jett


On y voit une toute jeune Joan Jett, adolescente mal dans sa peau, rebelle jusqu’au bout de ses pantalons de cuir, fascinée par le monde du rock et voulant se faire une place dans ce milieu totalement macho. Son premier prof de guitare qui lui balance  "une fille ça ne joue pas de la guitare électrique"  et veut lui apprendre des bluettes alors qu’elle lui demande "smoke on the water".. Autant dire qu’elle l’envoie bouler..








mickael Shannon / kim Fowley

Le tournant survient quand elle rencontre par hasard le producteur Kim Fowley, aussi génial que barjot qui flaire le bon filon, lui présente Sandy West batteuse de son état puis recrute sur son look Cherie Currie, 15 ans , ado paumée, livrée à elle même par ses parents et fan de Bowie et Suzi Quatro. Un sacré personnage que ce Fowley, au CV long comme la liste des fans du Deblocnot’, qui a travaillé avec Gene Vincent, Johnny Winter, Zappa, les Byrds, les Modern lovers, Léon Russel, les Stooges, Kiss, Cat Stevens, Soft Machine , Blue Cheer, Alice Cooper, Flamin’ Groovies entre autres, en plus de sortir lui-même une trentaine d’albums.
On va suivre la formation, les répétitions puis l’ascension , avec cette tournée au Japon et cet accueil hysterique digne des Beatles, les dérives "rock'n'roll life" et les problèmes d'égo et  enfin la fin du groupe seulement 3 ans plus tard.

Du bon et du moins bon pour ce film ; coté positif une bonne plongée dans ce milieu, avec notamment des scènes dans les clubs glam de L.A.(le fameux "English disco") et leur faune interlope ; quelques scènes marquantes comme quand Joan urine sur la gratte d’un macho ( !) , l'écriture sur le pouce du tube "Cherry bomb" , ou les répétes où Fowley les endurcit pour les préparer à affronter le public en leur jetant des détritus sur la tronche  et en leur parlant crûment ("Les filles, vous n’êtes encore que des petites prima donnas. Pour faire un groupe de rock et convaincre le public, ça prend des couilles et je vais vous apprendre à penser avec vos bites!» ..). Quelques scènes dures aussi, notamment de prise de drogue, qui justifient peut-être le fait que le film a été interdit aux moins de 16 ans aux States et y a fait un flop, malgré la présence des 2 starlettes.

Dakota Fanning / Cherrie Cury
 Du bon aussi avec les acteurs, un trés bon Michael Shannon en Fowley qui restitue bien la démesure du personnage, un rien salace il faut le dire , et les 2 actrices principales Kristen Stewart et Dakota Fanning . Kristen la brune, loin de son rôle de minaudante dans la saga de vampire à l’eau de rose pour pré-ados Twilight, est plutôt crédible en Joan Jett. Dakota la blonde (Twilight aussi, le choc des mondes) incarne Cherie Currie, et est à mon sens un ton en dessous. A sa décharge il n’est pas forcément facile à 16 ans  de se glisser dans la peau d’une rock star qui va vivre en accéléré le cycle sex drugs & rock’n’roll pour en ressortir complètement cramée . ..Cette descente aux enfers de Cherie est en fait la vraie trame du film puisque c’est elle qui va provoquer le split du groupe, enfin pas vraiment la fin puisque le groupe continuera encore quelques mois avec Joan au chant, avant que celle ci s'envole en solo et connaisse le succés avec "I love rock'n'roll " (une reprise des "Arrows") . On voit Cherie dans une pathétique scène finale où, trainant comme un zombie, elle se fait refuser une bouteille de vodka dans un magasin, puis travaillant comme femme de chambre (Non DSK ! reviens !). (Par la suite après desintox, elle se consacrera à la lutte contre la drogue).
 A noter que les 2 jeunes actrices ont beaucoup parlé avec les vraies Joan et Cherie et étudié leur gestuelle et leur look,  et que ce sont elles qui chantent les titres des Runaways de la B.O., Kristen ayant aussi apprit la guitare pour le film.

Bon, j’ai plutôt bien aimé ce film mais car il y a un "mais", ou plutôt des "mais" :
Coté bande son c’est un peu deçevant, déjà il n’y a que peu de zic pour un film sur un groupe de rock, et ensuite  au niveau du chant, on reste quand même loin de la rage et la sauvagerie des Runaways originelles (voir les 2 clips çi-dessous).


Joan et Cherrie dans le film
D'autre part le film est trop axé sur Jett/ Currie; quid de Lita Ford qui n'a la parole qu’une fois , de la batteuse Sandy West, de la bassiste qu'on ne voit jamais (concernant la basse 5 jeunes femmes se sont succédé au sein du groupe) . Et puis surtout on a l’impression que le film ne va pas au fond des choses ; ainsi la liaison lesbienne Jett/ Curry n’est que suggéré (mince avec "au fond des choses" avant ça le fait pas ma phrase, j’ai pas fait exprès! juré!) , et la réalité est sans doute aseptisée. D'ailleurs dans le doc "the Edgeplay" de Vickie Blue, une des ex bassistes, Fowley était accusé d'avoir fourni de la came aux filles et aussi de violences, ceci étant occulté dans le film.
Enfin, la réalisation est assez plate, pas vraiment originale, et la fin souffre de quelques longueurs.

Si je suis plutôt  sévère sur ce coup là, c'est que j’attendais beaucoup de ce film, sans doute trop et aussi sans doute parce que je connaissais déjà la story des Runaways; mais  il y avait  moyen de faire mieux sur le sujet et à l’arrivée le film est inférieur à  "Almost famous", ou au déjanté "Beyond the valley of the dolls" de Russ Meyer pour citer 2 films sur le rock qui me viennent à l'esprit ; il n’en reste pas moins un film instructif à voir pour qui s’intéresse un tant soit peu aux filles et/ou au rock’n’roll , ce qui doit faire pas mal de monde quand même ..





Cherry bomb , version film dans la première vidéo et dans le seconde les vraies Runaways:



lundi 30 mai 2011

TRIBE OF GYPSIES - " Dweller On The Threshold " ( 2006 ) par Philou


La Tribu de Roy Z

Depuis la claque que je m'étais prise en découvrant leur premier album éponyme sorti en 1996, j'ai toujours considéré Tribe Of Gypsies comme l'un des meilleurs groupes de "Latino Rock" que j'ai eu l'occasion d'écouter.
Après, l'extraordinaire
Dean Ortega remplacé à partir du troisième album par Gregory Analla, c'est Chas West (Jason Bonham Band) qui assure le chant sur ce "Dweller On The Threshold" sorti en 2006 et qui reste à ce jour leur cinquième et dernier album à ce jour.
La tribu, toujours emmenée par le phénoménal
Roy Z (guitares), brise enfin un silence de six longues années pour nous délivrer ce petit bijou criminellement sous estimé.
En effet, Roy Z a eu un emploi très chargé occupé par d'autres projets, il a produit, écrit et joué pour Bruce Dickinson, Iron Maiden, Helloween, Downset, Wasp, Judas Priest et son chanteur Rob Halford, pour ne nommer que ceux là...

De gauche à droite : Roy Z (guitares), Elvis Balladares (percussions), Chas West (chant), Christian Byrne (basse), Ray Rodriguez (claviers), David Moreno (batterie). 


Après un court instrumental "Big Sky Presence", on rentre dans le vif du sujet avec "Ride On" et sa couleur pourpre très, très profonde qui nous rappelle le classique de Machine Head "Highway Star". Le nouveau chanteur, Chad West est impressionnant sur ce titre, un mélange de Chris Cornell et de Robert Plant, rien que ça...
"Desolate Chile" est un mid-tempo avec un énorme groove ponctué par une basse ronflante et de puissantes percussions.
Le très funky "Stop Bombing Each Other ! " nous fait penser à un Lenny Kravitz sous "vitamines" après une visite chez le médecin d' Alberto Contador....
Le single de l'album c'est "
Halos", une superbe ballade, douce et langoureuse, avec de superbes parties de guitares de Roy Z, à la fois acoustiques et électriques.
Encore du groove, toujours du groove grâce au joyeux et entrainant "Zoot Suit Mardi Gras" avec son refrain en français, 2 minutes 30 de plaisir total ! Chas West se montre plus féroce sur "Go Your Way", en effet, il pousse sa voix sur ce titre et nous prouve qu'il est vraiment un chanteur hors pair.
"After The Summer", est une ballade acoustique remplie de mélancolie et de tendresse avant l'instrumental "Flying Tigers, Crying Dragons" qui combine le charme des débuts de Carlos Santana avec le feu de la guitare de Gary Moore.

Roy Ramirez alias Roy Z, le chef de la tribu (guitariste, compositeur, producteur)

Escucha amigos ! La voilà la version chicano du classique de Van Halen "
Aint Talkin’ ‘Bout Love" !!! Chas West adopte sur cette reprise une approche du chant semblable à celle utilisée par Rob Thomas sur "Smooth" de Santana. Les percussions remplis de punch et les chœurs chantés en espagnol ponctuent les refrains et donnent un coté latino très coloré au morceau.
A noter que la tribu de Roy Z avait ouvert pour le Saint Patron Carlos lors du
"Santana Supernatural US Tour 2000", avec en point d'orgue, deux concerts inoubliables au San Francisco's Shoreline Amphitheatre.
Le très zeppelinien "Never Will Be Mine" côtoie le riff lourd de "La Hora" entièrement chanté en espagnol qui broie tout son passage, puis l'étonnant "Hands To Eternity" Roy Z déchaîne la fureur de ses doigts avec une passion effrénée sur du flamenco mélangé de Heavy Rock propulsé par un Chas West en transe, usurpant l'identité d'un certain Robert Anthony Plant. 
L'album se termine en beauté sur un "showcase" de percussions latines en tout genre avec "En El Mar" également chanté en espagnol.

Au final, encore un album exceptionnel de la T.O.G. qui vous en mettra
vraiment plein la figure du début à la fin !!!
(A lire également ici la chronique de leur premier album :Tribe Of Gypsies)







"Halos" le single de l'album....

dimanche 29 mai 2011

DVOŘÁK : SYMPHONIE « DU NOUVEAU MONDE » par Claude Toon

Symphonie du Nouveau Monde ou… Symphonie Tchèque ? Mythe et réalité.

 
Je dédie cet article à Tina Fessy, fidèle lectrice, qui nous a confié avoir écouté cette symphonie en boucle...
Quand le destin d’un futur boucher-aubergiste bascule…

Le petit Antonin voit le jour en 1841 en Bohème (République Tchèque). Son destin professionnel est a priori tracé. Dès 11 ans, il quitte l’école pour devenir boucher-aubergiste et travailler dans l’entreprise familiale. Papa aime la musique et l’enfant joue déjà du violon et participe à l’harmonie du village. Son père remarque les dons de son fils (ah, un papa ouvert !) et l’envoie étudier sérieusement à Zlonice puis à Prague. L’adolescent, peu précoce, compose, mais ne maîtrisera réellement son art que vers 1870. Le 17 novembre 1873 il épouse Anna Čermáková. Ils auront neuf enfants, mais trois mourront entre 1875 et 1877. De cette cruelle tragédie va naître un chef-d’œuvre : le Stabat Mater. Dvořák encore méconnu, connait enfin le succès avec cet ou vrage. Il sera invité en Angleterre et en Russie fréquemment, et deviendra Directeur du Conservatoire de New York de 1892 à 1895. Son œuvre est importante et éclectique : 9 symphonies (La dernière étant celle « du Nouveau Monde » créée en 1893), 14 quatuors et de nombreuses pièces de musique de chambre, un Requiem génial du niveau de celui de Verdi, les célèbres Danses Slaves et, bien entendu son Concerto pour violoncelle, référence dans ce répertoire. Il sera un grand ami de Brahms (1833-1897) qui l'aidera à se faire éditer même si leurs styles sont différents et complémentaires. il meurt en 1904.



La symphonie n°9 dite du Nouveau Monde : quelques lieux communs qui ont la vie dure !
Enfant, je me rappelle du générique d’une émission de télé en NB : « Les Médicales » d’Igor Barère. Le thème choisi, célébrissime, était celui du 4ème mouvement de cette symphonie, un thème qui doit être beethovenien dans l’esprit donc puissant, également joyeux et slave, saisissant, mais surtout sans…pathétisme. On ne pouvait plus mal choisir pour débuter une émission, certes intéressante, où côtoyaient les difformités, tumeurs, lupus et autres polyarthrites en gros plan. Bien plus tard, j’ai compris comment un thème musical profondément simple et enthousiaste pouvait être mal utilisé.
Première idée reçue : la symphonie du nouveau monde composée et créée aux USA en 1893 s’inspire de chants indiens. NON ! Dvořák a simplement puisé deux idées dans une légende indienne écrite par un poète pur yankee. J’y reviendrai…
Seconde idée reçue : sa musique ressemble à celle de Brahms. NON ! Le style de Brahms distille le romantisme, proche de la sensibilité de son ami Schumann, ancré dans le milieu du 19ème siècle, des mélodies à la fois rudes et élégiaques, bien allemandes voire viennoises. Les deux hommes se connaissaient bien mais Dvořák était un homme du terroir, le chantre d’une musique d’essence villageoise, vivante et énergique, parfois à la limite de ce que l’on entendait autrefois dans les kiosques des parcs publics.
Troisième idée reçue : L’astronaute Neil Armstrong emmena un enregistrement de la symphonie sur la Lune. VRAI ! Ce geste montre l’universalité de l’œuvre et, parallèlement, l’adoption par la culture américaine d’un compositeur pourtant profondément enraciné dans l’univers de sa Bohème natale.






Naissance de la symphonie du Nouveau Monde à New York

Les e-mails n’existant pas encore, Dvořák reçoit un jour un bref télégramme avec une question précise « Accepteriez-vous position Directeur Conservatoire National de Musique New York octobre 1892 ? …». Il fait ses valises, traverse l’atlantique, s’installe à Manhattan et se met au travail immédiatement.
Friand de nouveautés, il se plonge dans la culture musicale traditionnelle. Fourmillant d’idées et la nostalgie du pays aidant, il décide d’écrire une œuvre majeure pour marquer son arrivée. Il pense composer un opéra inspiré de la légende indienne Le chant de Hiawatha, de l’écrivain Henry Longfellow, lointain descendant des pilgrims du Mayflower. Bien qu’attentif aux musiques ethniques, seuls deux passages de la légende vont nourrir la symphonie en gestation à partir des thèmes prévus pour l’opéra : les funérailles de Minehaha et les noces de Hiawatha et de Minehaha, successivement dans le 2ème et le 3ème mouvement. Il n’y a donc pas à proprement parler de recours à la musique indienne ou au negro-spiritual. La thématique de la 9ème symphonie prolonge la forme et l’inspiration slave des 2 Symphonies précédentes (N°7 et N°8 de 1885 et 1889). Dvořák affirmera lui-même « C'est une absurdité de dire que j'ai utilisé des motifs indiens et américains ... Je me suis seulement donné la peine d'écrire dans l'esprit des mélodies populaires américaines » (Source : Jean-Maurice Delasoie).
La symphonie est créée le 16 décembre 1893. Évidemment, le public new-yorkais attend une symphonie évoquant la vie dans les champs de cotons de la Virginie. Max Steiner immortalisera ce style sudiste dans "Autant en Emporte le vent", mais 48 ans plus tard (une BO d'anthologie mais sans aucun rapport avec le style de Dvořák). Donc, je disais, Le public va écouter, surpris, une musique d’essence tchèque que l’on peut imaginer dédiée à des amis restés à Prague. C’est un triomphe total. Quelques critiques crétins (désolé, il y en aura souvent cités dans mes chroniques) éreintent la partition en affirmant que la composition a été commencée en Europe (à Hambourg !?) ou qu’il s’agit d’une compilation de thèmes « en réserves » depuis sa jeunesse, (et si la rubridélire n’était pas une invention récente ?).
La symphonie du Nouveau monde doit sa popularité à ses thèmes slaves généreux et aisément mémorisables. Elle contient, outre ses influences tirées du livre de Longfellow, une citation du Yankee Doodle, chant patriotique, hymne du Connecticut. Nous sommes, face à une œuvre, certes pas aussi moderne que celles concoctées par l’américain de souche Charles Ives (très avant-gardiste), mais visionnaire quant à une extension de l’inspiration au-delà de l’univers musical purement européen.


Un disque légendaire : Karel Ančerl dirige la Philharmonie Tchèque en 1961

Les enregistrements de notre symphonie se comptent, vous vous en doutez, par centaines, tous les orchestres, tous les chefs.
Jusqu’en 1961, le disque monophonique de 1954 de Václav Talich (1883-1961) avec le même orchestre tchèque faisait référence, par son souci de faire remonter son interprétation de la 9ème symphonie aux sources slaves détaillées avant.
Karel Ančerl (1908-1973) est le directeur de la Philharmonie Tchèque depuis 1950 et le restera jusqu’en 1968 quand il sera écarté après l’invasion soviétique. Il confiera à la stéréophonie, chez Supraphon, un legs discographique fabuleux et bien réédité. Il excellait dans la musique de son pays : Dvořák, Janáček, Martinu ou Smetana mais dans beaucoup d’autres domaines de Brahms à Chostakovitch. Il enregistre la symphonie du Nouveau Monde en 1961. C’est un choc.
Mouvement 1 - Une mélodie sereine, jouée aux violoncelles, s’élève doucement, nocturne. Un accord de cors (0’20), comme lointain introduit une première thématique concertante aux bois et flûte. La direction d’Ančerl est claire, nette, incisive mais sans dureté, un chant clair-obscur d’une poésie toute pastorale. Brutalement, l’allegro aux cordes scandé par les timbales démarre (0’50) et tous les instruments nous projette dans un bal énergique caractéristique du compositeur, deux autres thèmes (1’18 et 3’00) bien distincts vont émerger. Dvořák aimait les orchestrations contrastées, le heurt entre les motifs, bien aux antipodes du legato élégiaque de Brahms. Ančerl évite toute vulgarité dans cette musique, le tempo est soutenu, tranchant. Il est toujours difficile de transcrire une émotion musicale avec des mots. Tous ces thèmes vont être développés dans une danse joyeuse et ensoleillée. Chacun construira ses propres images dans cette osmose entre des rythmes bien campés et des mélodies radieuses. Une interprétation éclatante qui se veut concertante et équilibré, aucun groupe instrumental ne s’impose jalousement. Le discours est tellement contrôlé que le mouvement paraît court, en fait, c’est la baguette qui est vive.
Mouvement 2 - [9:14] Le célèbre largo débute par une mélopée crépusculaire aux trombones et aux cordes. Un thème enchanteur au cor anglais apparait (0’42), nostalgique. Est-ce là l’idée d’un chant de funérailles indiennes que le compositeur voulait incorporer ? Il est développé par les violons dans une variation mélancolique. Tant pis pour la platitude : c’est absolument sublime ! La flûte et le frémissement des cordes proposent une seconde complainte plus nerveuse et articulée (4’30). Les motifs s’entrecroisent dans un rêve éveillé. Le hautbois (7’40) qui se prend pour un oiseau guilleret, nous sort de cette ambiance recueillie puis, nous entraîne vers un tutti qui introduit une variation conclusive. La composition est à la fois d’une telle rigueur et d’une telle beauté que l’on se demande vraiment comment un « débutant » aurait pu composer une page aussi géniale.
Mouvement 3 - [20:52] Le scherzo est vigoureux, frénétique, en notes piquées pour accentuer la cadence, les timbales tentent d’interrompre la danse des cordes et bois ponctuée voire bousculée par les cuivres. Dans le trio central (3’05), souvenir d’une fête villageoise bohémienne, les clarinettes s’amusent (4’02 - je n’ai jamais entendu ailleurs un vibrato aussi cocasse avec ces instruments). Ančerl se voulait magicien de la fête ce jour-là. Une coda termine le mouvement en rappelant le motif initial de la symphonie.
Mouvement 4 - [28:46] Parler du thème puissant, noble et universel qui éclate dans l’allegro final est une gageure. Tout le monde a entendu quelque part ces accords martiaux aux cordes repris par les cuivres. Ecoutez la vidéo, c’est préférable à toute explication alambiquée et réductrice qui viendrait de ma plume. Tout le mouvement va se déployer sur des rappels des thèmes précédents entrelacés dans le matériau propre au mouvement. La clarinette entonne un dernier thème (2’00). Le développement est jubilatoire mais jamais sa richesse ne pose la moindre difficulté à un auditeur même peu mélomane. C’est cela le miracle Dvořák transcendé par la direction d’Ančerl. La musique évolue vers une marche héroïque. Une brève et noble accalmie confie aux cors le prélude d’une coda flamboyante et glorieuse (8’20).







Discographie alternative
L’enregistrement de Karel Ančerl est facilement disponible. Ayant évoqué la filiation de cette symphonie N°9 avec les N°7 et N°8, deux doubles albums, qui réunissent les trois, méritent également une mention.
Le chef allemand Christoph von Dohnányi (né en 1929) a dirigé pendant 18 ans le magnifique orchestre de Cleveland. En 1986, cet artiste peu médiatique, précis et amoureux des détails et de la clarté, ne pouvait que réussir le rajeunissement de la discographie de ces symphonies de Dvořák. Pari réussi, un ensemble remarquable et une symphonie du Nouveau Monde qui talonne par sa vivacité la vision d’Ančerl (Decca).
Enfin un autre grand chef Tchèque, Rafael Kubelik (1914-1996), a enregistré une intégrale des 9 symphonies dans les années 1960-70 à la Philharmonie de Berlin. Elle est disponible. On peut largement se satisfaire de l’album des 7, 8 et 9 (Dgg). C’est sans doute avec les couleurs soyeuses des cordes de cet orchestre que l’on pourra entendre des sonorités brahmsiennes. C’est retenu, chambriste, d’un intimisme quasi féminin. Ma femme adore à juste titre cette douceur.





        Pour les 2 albums

Vidéo : la symphonie du Nouveau Monde par l’Orchestre Philarmonique Tchèque dirigé par Karel Ančerl (Allegro con fuoco)






samedi 28 mai 2011

LE JOURNAL SECRET D'AMY WINGATE de Willa Marsh (2010) par Elodie


A priori Amy Wingate n’a rien, mais alors RIEN, d’une héroïne de roman. La cinquantaine, vieille fille et enseignante en retraite anticipée, elle vit seule dans une maison victorienne d’une petite ville anglaise de bord de mer. Déprimée, solitaire et désabusée elle n’est même pas assez âgée ou acariâtre pour une version britannique de Tatie Danielle. Il manque les jeunes filles et leur projet de mariage pour se croire dans Jane Austen et quelques meurtres mystérieux pour du Agatha Christie. On peut imaginer plus excitant comme point de départ.


L'auteur
Mais l’habit ne fait pas le moine, il ne faut pas se fier aux apparences et tutti quanti ! Une fois encore, ce petit livre (non je ne lis pas que des pavés de 400 pages au moins, contrairement aux rumeurs absurdes qui circulent parfois ici !) cache bien son jeu et se révèle peu à peu être un concentré d’esprit anglais, humour et subtilité compris.



Tout commence lorsque Amy, consciente de sa morosité et de son irritabilité croissante, et suivant les conseils de son médecin, commence à tenir son journal. Cette plongée dans les pensés les plus secrètes d’Amy met à jour un personnage beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît. La dame bien sous tous rapports, invitée chaque dimanche chez un jeune couple plus-que-parfait est d’une lucidité incroyable sur le couple et les relations sociales. Elle s’amuse à observer les intrigues amoureuses qui se nouent et se dénouent avec l’arrivée dans le groupe d’un second couple, bien moins épanoui. Avec une cruauté délicieuse, elle ne tient pas toujours la place qu’on attend d’elle et démonte le politiquement correct comme dans ce passage sur les enfants. « Très tôt, j’ai du m’assurer de faire éclater un mythe : non, je n’adorais pas donner son bain au bébé. Il ne fait essentiellement que baver, hurler, ou les deux à la fois. Lorsque j’ai compris qu’on s’apprêtait à me transformer en forçat à l’heure du bain… " mais si, elle est fantastique avec les enfants, ma chère, elle adore ça, la pauvre petite, vraiment…. " j’ai été bien contrainte de prendre certaines dispositions. J’ai fait en sorte de lâcher une fois ou deux le bébé sur la table à langer, après quoi j’ai bien failli le noyer – des peccadilles de cet acabit…. J’ai été rapidement rétrogradée et je suis désormais affectée aux contes. »

Mais Amy ne se contente pas d’observer. Elle est aussi actrice de sa propre vie et d’une façon surprenante lorsqu’elle croise le chemin d’un jeune punk, auquel elle commence par s’attaquer (si si je parle bien d’une agression physique, aussi incroyable que cela paraisse !) avant de s’en rapprocher en nouant avec lui une amitié ambiguë.
Et puis qui dit journal intime dit aussi introspection et retour sur sa vie et son passé. Un passé qui là encore laisse voir d’autres facettes d’Amy, pas si vieille fille qu’on ne le pense au départ, et surtout détentrice de secrets qui font définitivement voler en éclat le portrait de l’insipide quinquagénaire brossé dans les premières pages.

Au fil du roman, le personnage se fait de plus en plus déroutant, mais aussi attachant, sympathique, ironique, drôle, parfois méchant, bref, humain. Avec une grande finesse, Marcia Willet alias Willa Marsh, bouscule nos certitudes et chamboule l’idée que les villes filles de cinquante ans au look sage et bourgeois mènent forcément une vie tranquille et conformiste. Mais peut-être que l’auteure qui a commencé à écrire à 50 ans et a néanmoins publié depuis une vingtaine de romans sait de quoi elle parle…



LE JOURNAL SECRET D’AMY WINGATE (2010), Editions Autrement, 206 pages

vendredi 27 mai 2011

MINUIT A PARIS de Woody Allen (2011) par Luc B.


Nous avions laissé un Woody Allen perplexe et désabusé, dans son précédent opus, VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU. On le retrouve léger et nostalgique dans ce 43ème long métrage (si mes comptes sont bons…). Et on le retrouve visiblement heureux de tourner à Paris, ce dont il rêvait depuis un moment (après Londres et Barcelone) mais que des tracas financiers lui interdisaient jusqu’à présent. Sur un air de Sidney Bechet, le film commence donc par une visite touristique de la capitale française, une série de plans sous le soleil, puis sous la pluie (tiens, drôle d’idée… mais justifiée quand on sait la suite) puis en soirée, et enfin la nuit. Une première scène d’ouverture met les choses au point, avec quelques saillies contre la politique américaine et l’aile droite des Républicains, représentée par le futur beau-père du héros, traité de dément hystérique !


Rachel McAdams, Owen Wilson et le réalisateur
Puis l’intrigue en elle-même peut commencer : Gil est un scénariste hollywoodien, conscient d’écrire de la daube. Il est venu à Paris avec sa future femme, Inès, en touriste, et pour finir de travailler à son premier roman. Gil est fasciné par la Ville Lumière, et délaisse Inès et un couple d’amis barbant et pédant (lui surtout, qui sait tout sur tout!), pour se consacrer à de longues promenades nocturnes. Un soir, à minuit, alors que Gil cuve sur des marches, des fêtards l’invitent à les rejoindre, et il se retrouve dans une brasserie au style 1920, face à Zelda et Scott Fitzgerald, et un certain Ernest Hemingway…

PARIS A MINUIT s’affiche clairement dans la veine des comédies fantastiques de Woody Allen, comme ALICE, SCOOP, ZELIG, LA ROSE POURPRE DU CAIRE. L’auteur propulse son héros dans un autre espace, un autre temps (sans jamais justifier quoi que ce soit, on s’en moque) avec comme thème central : c’était mieux avant. Car Gil est persuadé que le grand Paris, le vrai, l’unique, c’est le Paris des années 20, avec ses fêtes paillardes et son ébullition artistique. Et le défilé de « stars » n’en finit pas, de Cole Porter animant des fêtes au piano, Gertrude Stein (poétesse américain, féministe) ou Picasso. Et c’est par l’intermédiaire du peintre espagnol que Gil va rencontrer Adriana, modèle et maîtresse des cubistes, dont il va tomber amoureux. Dans une autre scène cocasse, Gil prendra un verre avec Salvador Dali, Man Ray et le jeune Luis Buñuel ! Evidemment, plus Gil retrouve les années 20 (chaque soir à minuit) moins il ne supporte ses contemporains.


Les fêtards des années 20
Le télescopage temporel est un ressort efficace pour qui s’en sert bien, et dans les deux sens. Et Woody Allen est un maître en la matière. Ainsi, cette scène : chez un bouquiniste des bords de Seine, de nos jours, Gil tombe sur un ouvrage d’Adriana écrit 50 ans plus tôt, qui dans sa préface raconte qu’elle a connu un drôle écrivain américain, Gil, qu’elle aimait, et qui lui avait offert des boucles d’oreilles. Avant minuit, donc, Gil s’empresse de trouver des pendentifs (n’en trouvant pas il « emprunte » ceux de sa femme !) pour les offrir à Adriana ! A l’inverse, lorsque Gil écoute Picasso décrire un de ses tableaux en 1920, revenu de nos jours, dans un musée exposant ce même tableau, il pourra briller devant ses amis ! Le héros se sert du passé pour modifier son présent, et inversement. Vous vous souvenez de TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU ? On y voyait W. Allen espionner les conversations de son voisin psy, et notamment les confessions d’une patiente (Julia Roberts) sur ce qui la faisait craquer pour un homme… Et le lendemain, Woody se pressait de provoquer une rencontre avec Julia, pour mettre à profit ce qu’il avait appris la veille ! MINUIT A PARIS nous offre donc une variation autour de ce thème, le destin aiguillé. C’est aussi un hommage à tous les artistes que Woody Allen vénère, les musiciens de jazz, les écrivains, mais aussi les peintres (une scène à Giverny, dans les jardins de Claude Monet). Dans TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU, on voyait un ballet dont les danseurs portaient des masques de Groucho Marx. Ici, ce ne sont pas des masques, le cinéaste fait vraiment revivre ses idoles ! Ce film est aussi une ronde des sentiments, dont Adriana est le centre, convoitée par plusieurs prétendants.

Je disais que le thème du film était : c’était mieux avant. Sauf que… ce serait trop simpliste, et dans le dernier tiers du récit, Woody Allen élargit son propos. Car Adriana n’aime pas les années 20 (les siennes, donc), pour elle, le vrai et grand Paris, c’est la belle Epoque ! Et voilà le couple catapulté au Moulin Rouge, en compagnie de Toulouse Lautrec et Gauguin, ce dernier ne rêvant que d’une chose : la Renaissance et Michel-Ange ! Mise en abîme du procédé narratif, ingénieux, et qui plutôt que de se satisfaire d’un réducteur « c’était mieux avant » nous offre une réflexion douce-amère sur notre temps, la place que l’on occupe. On retrouve donc un thème largement illustré par Woody Allen, des personnages qui ne sont pas où il faut, ou pas avec qui il faut, et des choix que cela implique (ce qui était aussi le sujet de son précèdent film).


Marion Cotillard et Owen Wilson
Je vous passe les détails de l’intrigue (le beau-père qui engage un détective privé pour faire suivre Gil, et qui donnera un gag fameux en fin de film) et bien sûr l’épilogue, pour finir sur la distribution. Car là aussi, c'est un jeu de piste. Gil est interprété par Owen Wilson (habitué des comédies qui tachent), impeccable en gamin ahuri par ce qui lui arrive, et qui de scène en scène, devient une sorte de Woody Allen, prenant parfois les mêmes intonations (la scène des pendentifs…). On sait que le réalisateur depuis quelques temps prend des acteurs de substitution pour des rôles qu’il ne peut plus tenir (il a 75 ans). Marion Cotillard ne brille pas spécialement (ce n’est tout simplement pas une grande actrice…) Rachel McAdams (Inès) pétille de mille feux –je la préfère en brune - et on retrouve, parfois pour juste une réplique, Adrien Brody (Dali), Kathy Bates (Stein), Gad Elmaleh (le détective), Laurent Spielvogel, Michel Vuillermoz (Louis XIV !), Olivier Rabourdin (Gauguin), Atmen Kelif (le médecin), Léa Seydoux, et donc, Carla Bruni-Sarkozy. Et signalons le grand chef op' Darius Khondji, qui éclaire merveilleusement ce Paris fantasmé, et dont c'est la première collaboration avec Woody Allen.

Woody Allen signe un conte philosophique, léger et bien troussé, ingénieux, drôle. Une fois de plus le réalisateur prend toutes les libertés avec son intrigue, il lui suffit d’une vieille Peugeot pour illustrer son idée, et l’exploiter au gré de son imagination et de sa fantaisie. Il y a des Woody Allen dans sous influence Bergman, d’autres sous influence Groucho Marx, celui-ci est dans la veine des comédies américaines de Cukor ou Lubitsch.








MINUIT A PARIS (2011) écrit et réalisé par Woody Allen
Couleur - 1h35 - format 1:85

jeudi 26 mai 2011

JUDAS PRIEST - "Live In London" (2002) par Vincent Le Chameleon Métallique à Clous


Tim de choc.

Il leur en aura fallu du temps, à Judas Priest, pour parvenir à trouver la perle rare qui succéderait à Rob "The Metal God" Halford.
Son choix, le groupe l'avait finalement porté sur un parfait inconnu (trentenaire venu des Amériques) répondant au nom de Tim Owens.
Vocalement, les spécialistes, et tout d'abord le groupe, n'avaient pas tari d'éloges à l'égard de la nouvelle recrue. Il n'empêche qu'au moment (crucial)  de la sortie de ce premier album sans son emblématique chanteur, Judas et son Jugulator se sont pourtant bel et bien ramassés. Trop agressif pour les vrais amoureux du groupe, Jugulator n'aura pas réellement su trouvé son public.
Tim "Ripper" Owens.
Un Live plus tard, et quelques (trop longues) années plus tard aussi, la bande à Typton remettrait son titre en jeu avec un disque plus posé, quoique tout aussi moderne dans sa démarche. La faute à un album trop long (70 minutes), à des tempos trop lents, ou à l'absence de ses fameux duels de guitares sur lesquels le Priest avait aussi bâti sa réputation... Toujours est-il que, cet album (que je considère néanmoins comme très intéressant), aura signé la fin de cette si peu prolifique collaboration entre Tim et ce Judas Priest là. 2 albums pour 2 Live en 10 ans.
Demolition. Ce titre, pour le moins énigmatique, pour ne pas dire suicidaire, était-il à ce point annonciateur de l'état dans lequel le groupe allait être plongé ? Judas Priest, avec seulement 20 000 copies vendues de Demolition (rien qu'aux États Unis), est, en ce début de nouveau millénaire, un groupe à l'agonie, et dont l'avenir est alors plus qu'incertain. A moins bien sûr que Rob Halford revienne... La suite évidemment, nous la connaissons tous.

Quels gâchis tout de même ! Et vous remarquez que j'emploie de suite le pluriel. Vous comprendrez un peu plus loin pourquoi.
Live in London est le dernier, et le seul témoignage en image, de ce que fut le groupe sur scène avec Tim "Ripper" Owens.
Au regard de ces images absolument irréprochables, et de cette prestation tout aussi remarquable, je regrette encore plus amèrement le si piètre intérêt qui aura été porté au groupe à cette période.
Une certaine catégorie de (soit disant) fans ont tout simplement occultés que Judas Priest sur scène, grâce aussi à son répertoire, était et demeurait une vraie machine de guerre.
Porté par une production étourdissante, j'ai eu le sentiment profond que jamais je n'avais vu le groupe aussi puissant et cohérent durant toutes ces années. Jusque dans son look. "Classe" étant le mot qui convient.
Très jolie scène, bien qu'assez sobre, superbe mise en lumières, Judas Priest domine son sujet dès l'entame d'un "Metal God" lourd et pesant comme l'enfer.
Tandis que l'imperturbable Ian Hill, campé comme toujours à la gauche de la batterie, maltraite les cordes de sa basse, Scott Travis insuffle sur chaque tempo une rigueur rythmique qui confine au génie. Quel fantastique batteur il est !
Forcément, avec une section rythmique pareil, KK Downing et Glenn Typton sont à l'unisson pour nous envoyer leurs salves de rythmiques et de soli d'la mort. Quand Lemmy chante... les chiens crèvent, quand Judas joue... l'herbe ne repousse jamais.

KK Downing: Membre fondateur du groupe. A l'heure ou le groupe s'apprête à faire ses adieux scènique dans quelques mois, on apprend avec stupeur et incompréhension qu'il quitte les rangs. Des problèmes relationnels avec le management et certains membres de Judas Priest  (Rob ?!) en seraient à l'origine. Triste et consternant... Isn't it ?

Le public présent ce soir là n'est pas non plus venu faire de la figuration. Ça chante, ça scande, ça gueule, ça éructe... Judas Priest peut aussi se vanter d'avoir ce genre de fans. Ceux qui savent ce que veut dire "célébrer".
Quant à la prestation de Tim, ce dernier a eu la grande intelligence de ne pas chercher à singer celui qu'il aura remplacé. Moins théâtral, moins caricatural aussi, quand on pense à ce que Rob Halford pouvait parfois revêtir de grotesque, Tim, en étant plus sobre dans son attitude, nous permet de nous focaliser encore d'avantage sur tous ces titres d'anthologie. Car en dépit de deux extraits de Jugulator, et des trois de Demolition, il s'agit bien là d'anthologie à la gloire du Heavy Metal. Vocalement, le chanteur est là aussi irréprochable, quand bien même il pousserait sa voix un peu plus que de raison sur quelques passages, et sans que cela se justifie surtout. Mais bon...

Voilà qui m'amène enfin à vous parler de mon deuxième (énorme) regret. Le premier, vous l'aurez compris, c'est de ne pas avoir laissé sa chance à cette écurie là.
Car voyez-vous, alors que son équivalent CD comportait, lui, l'intégralité du show, soit 25 morceaux tout de même, le DVD a tout bonnement été tronqué d'un tiers du spectacle... Et pas des moindres !
Hérésie !!!!!! Ou sont passés les incontournables (indispensables) "You've Got Another Thing Coming", "Beyond The Realm Of Death", et autres "The Green Manalishi" ? (voyez la set list ci dessous).
Non mais c'est pas possible un truc pareil ! Qui a laissé passer (faire) ça ?!!!
Allez, je sais qu'il est un peu tard pour faire machine arrière, mais si vous ne leur avez pas donné leur chance en leur temps, donnez vous en une seconde à vous même.