vendredi 9 décembre 2011

JOHN HIATT "Dirty Jeans and Mudslide Hymns" (2011) par Luc B.

John Hiatt. Le pur song-writer américain, dans toute sa splendeur et sa sensibilité. Le monsieur, qui va sur ses 60 balais, est sans doute moins célèbre du grand public que certains de ses illustres confrères, mais ses albums sont de toute beauté. C'est qu'il a pris son temps, et divers chemins pour enfin se trouver. Entre Nashville, Los Angeles, un premier album en 1974, des tournées de folk, des disques carrément british new wave, du blues, un poste de guitariste rythmique chez Ry Cooder... Mais à la fin des années 80, ça y est, son nom brille de mille feux... dans le métier. Il cumule les récompenses diverses, et ses chansons sont reprises par tous, y compris Bob Dylan. On l’a aussi retrouvé sur l’album de Joe Bonamassa « Dust Bowl » chroniqué dans Le Déblocnot' il y a peu… Cet album, DIRTY JEANS, son vingtième, ne donne pas dans le blues, ou le bluegrass, mais dans un country-folk solidement ancré dans la tradition, saupoudré de rock bien charpenté. Enregistré à Nashville (ben voyons…) avec Kenneth Blevins à la batterie, Doug Lancio à la guitare, et Patrick O’Hearn à la basse.

Une entame du tonnerre, avec « Damn this town » à la construction springsteenienne (le pont), son riff d’intro, lourd et profond, la slide qui se promène, et la voix. Quelle voix ! Pas sur-puissante ni écorchée, mais profonde, gorgée de nuances, ces voix particulières, comme celle de Randy Newman, autre song-writer de talent. Un premier titre impeccable, suivi du plus doux « Til I get my lovin’ back », très country, avec pedal steel. « I love that girl »  arrive ensuite, et là on ressent l’influence de Van Morrison, évident dans la voix, la manière de chanter, un titre plus guilleret, dont on retient immédiatement la mélodie, qu’on se prend à siffloter… des signes qui ne trompent pas ! Bon, là, je me pose la question : va-t-on passer en revue tous les titres un par un, parce que franchement, non seulement il n’y a rien à jeter, mais les superlatifs vont me manquer. Ecoutez la simplicité et l’authenticité de « All the way under », cette guitare pincée, l’accordéon, la contrebasse. Trois fois rien, mais les riens qu’il faut ! Ou au contraire, le lyrique « Hold on for your love », immense et mélancolique, sur une base de montée et descente d’accords simples, juste relevés par un piano, la voix en avant, douce et posée au départ, mais poussé haut par la suite (il a un peu de mal avec le temps, le John, à monter dans les tessitures) le refrain déchirant, et cette guitare avec reverb, ronde et profonde… Un superbe morceau à vous filer les frissons, sans doute le clou du disque. John Hiatt convie à sa table (de mixage !) toutes les composantes de la musique pop américaine, comme pouvait le faire Robbie Robertson de THE BAND, comme un John Mellemcamp. On retrouve les thèmes de l’identité, la terre, des racines, les errements comme dans « Train to Birmingham », les déclassés, tous les fantômes d’une Amérique profonde et vraie. Il y aura aussi un hymne à New York dans la dernière chanson, et les attentats du 11 septembre, « New York a eu le cœur brisé, mais se relèvera encore ». Un longue intro, suspendue, inquiétant, et cette grosse caisse qui bat la pulsation. Sur le même thème, ça me rappelle "My city of ruins" de Springsteen sur THE RISING.

Ici avec son pote Lyle Lovett
Comparé à des opus plus anciens, comme BRING THE FAMILY en 1987, on constate tout de même que la voix de Hiatt en a pris un petit coup. Y'a 25 ans, il se permettait d'avantage d’acrobaties, ses possibilités vocales étaient plus étendues, le style aussi était sans doute plus enjoué, rappelant Huey Lewis. Un quart de siècle plus tard, DIRTY JEANS sonne plus sombre, empreint de nostalgie. Mais on ne s'en plaint pas, car cette maturité lui sied parfaitement, donne de l'épaisseur, un vécu. Une alternance de tempos médiums et lents (à part « Detroit made » et « Love that girl » plus rythmées), des textes forts et sensibles sur des arrangements lisibles, des entrelacs de guitares joliment troussés (acoustique, Gibson ES, Slide, Steel, Pedal Steel… les amateurs devraient adorer), rien d’ostentatoire, juste un peu d’emphase quand il le faut (quelques violons sur un titre), un écrin sobrement produit par Kevin Shirley (Iron Maiden, Journey, Rush, et même Tina Arena !) pour mettre en valeur la voix superbement rouillée de John Hiatt… Un superbe album.  






Personnellement, si j'étais auteur-compositeur américain, je n'oserai plus sortir dans la rue en sachant qu'un autre a pondu ça... "All the way under"...



Ca, c'est pas mal non plus...



Et un p'tit bonus. Pour ceux qui ne pigent pas l'anglais, en gros, y cause d'un certain Luke Machin-Chose du Débloctruc qui serait génial, ou un truc comme ça...



Cet article est aussi paru dans le n°27 de décembre de la revue BCR.

 JOHN HIATT  "Dirty Jeans and Mudslide Hymns"
11 titres  -  51 mn


8 commentaires:

  1. Il me semble que, d'après les extraits, il y ait pas mal de John Fogerty dans ce dernier opus.

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  2. Shuffle master11/12/11 18:40

    J'ai ressorti Perfectly good guitars qui a tourné tout le week-end. Grand disque, également, un peu moins connu que les autres.

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  3. merci Shuffle, ai pas celui là , je le commande derechef; sinon j'aime beaucoup l'album "slow turning"

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  4. Shuffle master11/12/11 20:15

    Slow turning, évidemment, Stolen Moments TB aussi. Tu connais les premiers, réédités par 2 chez BGO? Ca vaut quoi?

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  5. je ne les connais pas, je n'ai que ceux de la période fin des 80's Slow turning, Bring the family, Stolen moments. Sinon connais tu son live à Budokan?

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  6. Shuffle master12/12/11 13:49

    Je n'ai pas de live. Les quelques extraits que j'ai écoutés du Budokan ne m'ont pas emballé.

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  7. Salut Luc! Même si les opus de John Hiatt ne révolutionnent pas la rock music, tout celà reste d'un grand niveau et notre homme est un grand song-writer!
    Pour ma part "Bring the family" (ah! Lipstick sunset et la slide de Ry Cooder!)"Stolen moments" et "Slow turning" sont mes préférés. Celui ci est pas mal non plus!
    Amicalement

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  8. Mais la musique rock a-t-elle besoin d'être révolutionnée ? Grande question ! Moi, je la trouve bien comme elle est, avec toutes ses composantes. Et dans son genre, John Hiatt est un orfèvre. Merci de passage !

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