mercredi 14 décembre 2011

Company Of Wolves (1989) - by Bibi



Heavy-rock sans artifices

     L'année 1989, aux États-Unis est plus ou moins une année charnière. Les groupes de Thrash Metal et autres métallurgistes infernaux avaient atteint leur apogée les années précédentes et entamait leur déclin (ils referont surface au XXIème siècle), les shredders et l'écurie de Mike Varney commençaient à s'essouffler (d'ailleurs Varney, voyant ses ventes décliner, créa le Blues Bureau International en 1991), et le Rock ampoulé et surproduit d'un Hair-Metal mettant à l'honneur plus facilement les poseurs que les musiciens (l'ère où l'image importe plus que la musique a débuté – Radio Ga Ga-) par faute d'un manque de groupes réellement créatifs et distinctifs, ce qui finit par lasser les foules. Seuls les meilleurs, et ils furent peu nombreux, réussirent à passer le cap de la nouvelle décennie, et celui d'une nouvelle vague qui allait tout bousculer sur son passage : le grunge. Au milieu de cette effervescence, un petit groupe New-Yorkais osa jouer, comme si de rien n'était, un Hard-Rock frais, sans pathos, sans grosse saturation de la mort, ou fuzz dégoulinante, en faisant fi de toutes prouesse technique et tapageuse. Une musique plus proche d'un classic-rock serein, que de tout ce qui touchait au Hard-Rock et Heavy-Metal des 80's.

     Ainsi, les deux frères Conte (Steve, guitare & chant, et John, basse et chant), Kyf Brewer (chanteur, harmonica et piano) et Frankie Larocka (né Franco Christopher LaRocca - batterie), formaient un groupe assez iconoclaste pour l'air du temps. 
Leur Heavy-rock n'avait que faire des clichés alors à la mode, pour ce genre de musique. Point d'astiquage effréné de manche, pas d'hyper saturation d'amplis boostés aux transistors, pas de chants désespérés, aucune incursion de rap, ni de claviers efféminés. Rien de tout ça. Non, leur Heavy-rock se veut avant tout franc du collier, sans artifices, maîtrisé, doté d'un certain lyrisme et optimisme, une sensation de Heavy-rock positif ; le tout porté par un son relativement cru et sec (coincé entre un Americana burné et White Lion), avec parfois (comme sur le titre d'ouverture) un petit quelque chose en filigrane venant d'Irlande.
Entre un Classic Rock estampillé pur 70's pourvu d'un certain romantisme et un Rock américain proche d'un Bryan Adams des 80's (« Cuts like a knife », Reckless, » « Into the fire »), avec un petit quelque chose de Mike Tramp, des deux premiers Jimmy Barnes, du 1er de Little Caesar, des Stones, de Billy Squier, de Quireboys, du « Get Our Wings » des Duponts Volants, du 1er opus de Jet en moins teigneux, de celui de Kings of the Sun également, et d'une goutte - ou deux - de glam.
« My Ship » s'inspire même largement de Cheap-Trick, et « I don't wanna be loved » de Bon Jovi (sans les claviers).

     Une bonne production de Jeff Glixman qui permet au CD, malgré sa date de parution, de ne pas souffrir du temps passé. Une sonorité généralement évoquant bien plus la patte de Jack Douglas, que ce qu'il nous avait habitué à faire avec son travail avec le groupe Kansas. Une guitare crunchie, une basse ronde, parfois claquante, et une batterie boisée, naturelle. « No synthesisers ». Rien pour séduire les diktats d'alors.
Un très bon moment de Heavy-rock rafraîchissant, revigorant et nullement prétentieux. 


      Hélas, les deux opus suivants ne réitéreront pas cette réussite. Le premier, « Shakers and Tambourines » paru en 1997, est en fait un disque regroupant leurs démos. La qualité d'enregistrement est très bonne, mais les compositions souffrent d'un manque de consistance, et de mordant. On y retrouve les deux ballades, The Distance et Everybody's baby, dans des versions vraiment proches des originaux. On découvre aussi que certains titres ont servit de matière première et qui démontrent le travail effectué, la distance parcourue, entre ces démos et leur album éponyme.

     « Steryl Spycases » (2001) présente de forts bons moments, malgré une production (maison ?) qui sied moins à leur musique. L'ombre d'Aerosmith est plus présente, malgré un Kyf assagi (qui, parallèlement, remplace également LaRocka à la batterie). Un « Damned » en rejeton du « Dance Little Sister » des Stones ; un « Skin to Skin » plus Bryan Adams que jamais et un « Rhythm and Booze » qui met le feu, mais seulement à la fin du CD. Enfin, pas tout à fait, car il y a un titre caché, un bidouillage-jam sur la composition précédente. Un disque sympathique qui ne laisse cependant pas un souvenir impérissable (à l'exception de deux-trois titres). La durée, 38 minutes et la ballade anecdotique, contribuent certainement à cette impression. A envisager seulement en complément du premier.

     Depuis, Steve Conte a poursuivi sa carrière, avec les Crow Jewels, son groupe Contes (avec son frère), quelques collaborations (Willy DeVille, Eric Burdon, Chuck Berry, Paul Simon, Suzi Quatro, Billy Squier, Peter Wolf, et une pour un film d'animation, un manga, avec... des loups), son intégration dans les New-York Dolls, sa propre formation Steve Conte & The Crazy Truth, et actuellement avec Michael Monroe (l'ex frontman d' Hanoï-Rocks).

     Quant au chanteur, Kyf, après un petit succès avec un titre folk-rock/Americana, il a partagé sa carrière entre une carrière solo épisodique proche d'un Americana et un groupe, « Barleyjuice », où il y joue une musique Celtique mâtinée de Rock, dans une optique résolument festive, jouant de la guitare folk, de l'accordéon, de la cornemuse (pas manchot le gaucher !), chantant (sa voix semble avoir mué vers un timbre plus Springsteenien), et portant le kilt.

Frankie Larocka, continua en qualité de producteur, avec notamment deux gros succès : celui des Spin Doctors, et la B.O de « Philadelphia » avec Springsteen. Il joua sur le premier tube de Bon Jovi, "Runaway" (et non sur l'intégralité de l'album, comme cela a parfois été écrit), ainsi que pour Bryan Adams, John Waite et David Johanssen. Parallèlement employé chez Atlantic depuis 1984, c'est lui qui signera Mr Big. En juin 90, il passe chez Epic, et signe et co-produit les Spin Doctors. Gros succès avec leur « Pocketfull of kryptonite ». Il produit et conseille le groupe de Metal-indus Prong. Il décède le 5 décembre 2005 à l'âge de 51 ans (il souffrait de cardiomyopathie).


  1. Call of the Wild - 4:56
  2. Hanging by a Thread - 4:10
  3. Jilted ! - 4:18
  4. The Distance - 4:17
  5. Romance of the Rocks - 4:01
  6. Can't Love Ya, Can't leave Ya - 3:52
  7. Hell's Kitchen - 5:08
  8. St. Jane's Infirmary - 4:58
  9. My Ship - 3:14
  10. I don't Wanna be Loved - 4:51
  11. Girl - 4:22
  12. Everybody's Baby - 3:15





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