mercredi 14 septembre 2011

Jimmy PAGE & The BLACK CROWES "Live At The Greek" (1999) par Bruno


Led - Crowes ?
     L'aventure débuta par un concert de charité le 27 juin 1990, au Café de Paris à Londres, présentant Sir James Patrick Page accompagné par les Black Crowes. La réaction du public fut au-delà des espérances. Les musiciens comme le public avaient ce soir là, le sourire jusqu'aux oreilles.

     Quelque temps auparavant, les deux protagonistes (Page et le groupe) étaient en Stand-By. Page n'avait pas souhaité continuer la collaboration Page-Plant, et les Black Crowes n'avaient plus de maison de disques (leurs précédentes réalisations n'avaient pas atteint les chiffres des deux premiers disques).
Le premier contact remonte à 1995, où après un concert des Black Crowes au Royal Albert Hall, Robert Plant était venu les rejoindre dans leurs loges pour les saluer. Ce dernier les connaissait depuis qu'ils avaient assuré sa première partie en 90. Plant n'était pas venu seul et en profita pour leur présenter son vieil acolyte, Jimmy Page. Le courant passa, les hommes se découvrant des affinités musicales: Led Zeppelin évidemment, mais également le Blues et le Rhytm'n'Blues (on se souvient de leur reprise de Hard Too Handle d'Otis Redding). A partir de ce moment-là, Page garda le contact avec les Corbeaux, se croisant parfois lors de festivals, montant occasionnellement sur scène pour une jam épique. Jusqu'à ce que vint le jour où Page fit appel à leur service pour un concert de charité (pour une association en faveur des enfants défavorisés du Brésil, et une autre qui s'occupait de la rééducation d'enfants en difficulté). Ce concert ne comporta que deux titres de Zeppelin, le reste étant composé de grands classiques de la musique contemporaine, dont Woke Up This Morning, Oh Well, You Shook Me et Shake your Money Maker. La salle, qui comportait quelques invités de marque (dont Vincent Furnier et Roger Taylor) fut conquise.

     Suite à ce retentissant succès, Peter Angelus (manager des Crowes) proposa à Page de retenter l'expérience mais cette fois-ci pour une tournée américaine, et avec un matériel de Zeppelin plus conséquent. Après avoir pris conseil auprès de son propre manager, Page partit rejoindre le groupe d'Atlanta pour constituer un répertoire et le travailler. D'après Rich Robinson, très critique envers lui-même, loin d'avoir une attitude de Rock-Star blasée et fière, les Crowes n'avaient pas la capacité suffisante pour restituer correctement le feeling, le rythme, le groove de titres tels que Nobody's Fault By Mine, Ten Years Gone et House of the Holy. Pour ces raisons, bien que travaillés par le groupe, ils se gardèrent bien de les présenter au maître de cérémonie.
     D'un commun accord, les hits du dirigeable furent écartés au profit de compositions moins connues (disons du « grand » public). Ainsi, Immigrant Song, Black Dog, Rock'n'Roll, Stairway To Heaven, Dazed and Confused, Communication Breakdown, Kashmir, furent écartés. Seul rescapés de ces incontournables, Heartbreaker et Whole Lotta Love. Ce dernier certainement pour donner l'occasion à Jimmy de ressortir le Thérémine (qu'il n'est pas le seul à utiliser, bien qu'on ait fait croire un moment qu'il en était le concepteur, alors que l'invention date de 1919).
Cependant, pour ma part, je dirais que si les chansons choisies ne sont pas les plus connues, elles ne sont pas pour autant moins bonnes.

     Au répertoire de Dirigeable furent rajoutés des classiques du Blues, ainsi que, selon le souhait de Page, Oh Well de Peter Green (qu'il adore) à l'époque Fleetwood Mac et Shapes of Things des Yardbirds (qu'il avait déjà parfois joué du temps de Led Zep - en 73, notamment -).
Et afin de bien faire comprendre que les Black Crowes n'étaient nullement un groupe d'accompagnateurs, de faire-valoir, on incorpora des compositions de ces derniers. Et non des moindre s: Horsehead, Remedy, She Talks to the Angels, No Speak No Slave et Wiser Time. Toutefois, c'est Led Zeppelin qui resta largement à l'honneur.

     Le résultat ? Un très grand set d'essence Hard-blues joué avec décontraction et assurance, le tout avec un feeling monstrueux. Un set mettant le public à genoux, éberlué tant par la prestation d'un groupe que beaucoup avait enterré trop vite, que celle d'un Page rajeuni et transcendé ; apparemment heureux comme un poisson dans l'eau. Les concerts remportèrent tous un succès retentissant (Joe Perry montera un soir sur scène pour jammer sur You Shook Me). Tels des vikings conquérants (remenber Immigrant Song ?), ils mirent le feu aux salles qu'ils investissaient. No quarter !

     Les 18 et 19 octobre 1999, ils jouèrent Greek Theater de Los Angeles. Ces deux concerts furent enregistrés, puis, après une sélection des meilleures prises, commercialisés initialement via internet. Un choix délibéré pour leur permettre de garder tout contrôle, éviter les diktats des labels. Néanmoins, suite à des demandes croissantes, le groupe signa avec SPV.

     Malheureusement, à cause de clauses contractuelles avec leur ancienne maison de disques, Columbia, les chansons des Black Crowes ne purent être gravées sur disque (cependant quelques malandrins ou autres pirates ne se gênèrent pas).


     A l'écoute de cet enregistrement, s'il est indéniable que le timbre de Plant peut manquer cruellement sur certaines compositions, on découvre un concert exemplaire. La mise en place est impeccable. Bien que sérieusement proche des originaux, cela reste du live. Ainsi, certains breaks autorisent quelques légères libertés, tout comme quelques belles interventions et envolées d'Eddie Harsch aux claviers et de Chris Robinson à l'harmonica. Quant à Page, rasséréné par le soutien indéfectible de ses jeunes et nouveaux comparses, il laisse libre cours à son imagination et son inspiration. Certes, s'il n'a plus la dextérité d'avant, s'autorisant quelques petits cafouillages, il est encore capable de véhiculer des émotions à l'aide de sa guitare, lorsqu'il ne met pas le feu avec. Grâce à la paire de bretteurs, Rich Robinson et Audley Freed (fraîchement récupéré du défunt, et regretté, Cry Of Love, en remplacement d'un Marc Ford moribond miné par les excès) on retrouve ce son particulier ; ce son chaud, rond et profondément chaleureux, propre aux premiers albums de Zeppelin. Plus précisément, un juste milieu entre le « II » et « Physical Graffiti ».
Steve Gorman fait honneur à la frappe lourde et la technique du regretté John Bonham, et Sven Pipien au groove de John Paul Jones (ha... ce son de basse sur Heartbreaker).
Chris Robinson ne fait pas la gageure de tenter de mimer Robert Plant ; il reste naturel, fidèle envers lui-même et le public. Il ne triche pas, ne se cache jamais derrière des gadgets électroniques ; pas le genre. Du coup, si aux premières écoutes, on s'attend à attendre la voix de Plant en réponse aux riffs et chorus emblématiques, on perd rapidement ce réflexe tant Robinson se fond dans cette fusion onctueuse de Blues lourd et de Rock dur.
Jimmy libéré, allégé du fardeau de porter sur ses épaules les structures parfois complexes de certaines compositions, se lâche totalement.
Entre ces deux objets volants identifiés, la magie opère. On sentirait presque l'électricité irradier. 
Les longues improvisations inhérentes aux prestations lives de Led Zep dans les 70's ont été écartées pour gagner en efficacité. Même le long break psychédélique de Whole Lotta Love a été réduit à sa plus simple expression. Rock'n'Roll !
de gauche à droite : Ed Harsch, Rich Robinson, Chris Robinson, Jimmy Page, Steven Gorman et Audley Freed (il en manque un)
     Jamais jusqu'à ce jour, un groupe n'avait été aussi proche du son "Led Zep". Même des spécialistes tels que Great-White et Heart (pourtant Ann Wilson est capable de restituer, aux inflexions près, le chant de Plant) n'avaient atteint ce degré de perfection. C'est que les Black Crowes ne donnent jamais l'impression d'être en représentation, d'être là pour faire une application, un travail d'école.  Certes la présence de Page ne peut y être étrangère, mais il y a autre chose. Il y a une immersion profonde avec foi, sincérité et conviction. 


"La presse a souvent écrit que notre inspiration venait des Rolling Stones et des Faces. Pourtant l'influence de Led Zeppelin sur les Black Crowes est réelle et manifeste." dixit Rich Robinson.

Il a toujours été difficile pour les membres de Led Zeppelin de recréer sur scène ce qu'ils avaient construit en studio. Et pour cause, entre les guitares souvent doublées pour épaissir le son, les soli qui s'imposent au devant de la rythmique, et sans omettre les manifestations de John Paul Jones aux claviers, il était impossible à ces quatre musiciens d'être fidèles aux versions studio. Ce qui donnait parfois en concert, malgré leur indéniable talent, des interprétations avec quelques passages bancals. Ici, ce n'est jamais le cas. D'ailleurs, cette configuration permet de ressucister sur scène des titres peu ou prou joués live. Ainsi, Ten Years Gone, The Lemon Song et Custard Pie semblent avoir été peu joués. Ne parlons même pas de Hey Hey What Can I Do, à l'origine la face B d'Immigrant Song.
En fait, ce qui a parfois manqué à Led Zeppelin sur scène, c'est un cinquième musicien.


1er disque
  1. Celebration Day 
  2. Custard Pie
  3. Sick Again
  4. What is And What Should Never Be
  5. Woke Up This Morning - (B. King ; J; Taub)
  6. Shape Of Things To Come - (P.Samwell-Smith ; W. Relf ; J. McCarty)
  7. Sloopy Drunk - (J. Rodgers)
  8. Ten Years Gone
  9. In My Time On Dying
  10. Your Time is Gonna Come
2sd disque
  1. The Lemong Song - (Page ; Plant ; Jones ; Bonham ; C. Burnett)
  2. Nobody's Fault But Mine
  3. Heartbreaker
  4. Hey Hey What Can I Do
  5. Mellow Down Easy - (W. Dixon)
  6. Oh Well - (P. Green)
  7. Shake Your Money Maker - (E. James)
  8. You Shook Me (W. Dixon ; J.B. Lenoir)
  9. Out On The Tiles
  10. Whole Lotta Love - (Page ; Plant ; Jones ; Bonham & Willie Dixon
L'édition japonaise comprend en plus, « Misty Mountain Hop » et « Into the Light ». A la place, l'édition SPV offre un « CD-Extra » avec un clip et une gallerie photos, totalement superflus.

Une tournée européenne était prévue, mais suite aux problèmes de dos récurrents de Jimmy, elle fut annulée.
Malgré tout, il y eut d'autres dates en 2000 (moins d'une vingtaine), mais seulement aux USA.
Encore cette année, Jimmy Page a rejoint sur scène les Black Crowes. 

Finalement, après des années 80 difficiles où il fut considéré parfois comme un has-been, Page est parvenu à revenir sous les feux de la rampe, et à y rester pendant une décennie grâce à quatre disques : Coverdale - Page (<-lien), No Quarter, Walking into Claksdale et ce Live At The Greek.





Extrait du concert du 10 juillet 2000 à New-York, au Jones Beach Amphitheater

4 commentaires:

  1. Bonne idée ! Faudrait que je ré-écoute. A l'époque, j'avais trouvé Pagey terriblement brouillon... snif... le héros de mes débuts de gratouilleur bruyant...

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  2. Quoi ? "Misty" sur une édition japonaise ? Un de mes titres préférés du Zep ! Ce live est de toute beauté, et la présence de seconds gratteux et du clavier enrichit les reprises, et comme tu le dis, restitue mieux les versions d'origine. On est dans une veine plus rock/blues que hard, de quoi faire découvrir et aimer Led Zep à ceux qui craindraient de s'y attaquer de face ! "Woke up" ou "Sloopy drunk" sont de grands moments de plaisir. Et puis, même si les tubes ne sont pas joués (tant mieux) quel répertoire ! Y'a un stock inépuisable de bonnes chansons !

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  3. J'aime The Black Crowes, ce groupe a relancé mon appétit d'acheter des CD car j'étais moins motivé au vue et à la médiocrité des sorties de l'époque en termes de nouveautés.
    Oui, cela a permis de remettre en selle J. Page il ne faut pas le nier.
    La remarque d'un cinquième musiciens au sein de Led Zep est pertinente mais je ne suis pas convaincu au final du résultat.
    Je préfère rester à écouter des lives avec Ce Son Led zeppelinien.

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  4. - Certains phrasés de Page sont effectivement brouillons. Mais c'est également un gage d'enregistrements lives non trafiqués.
    - il y a des pirates qui se baladent, notamment de la tournée 2000, avec quelques titres différents du "Live At Greek", dont "Misty Mountain Hop", et aussi "Wanton Song". Sans omettre les chansons des Black-Crowes.

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