lundi 1 août 2011

THE GUN CLUB - "Mother Juno" (1987) par Philou


Le chef d'œuvre de la deuxième vie du Gun Club

Enregistré en six jours pendant l'été 1987 en Allemagne à Berlin, "Mother Juno" est le 4 ème album studio du GUN CLUB (Plus exactement, le 5 ème, si on compte le mini-album "Death Party").
Suite à l'échec de "Las Vegas Story",  avec en plus les problèmes d'alcool et de drogues du chanteur, le légendaire et autodestructeur Jeffrey Lee Pierce, le groupe avait splitté 2 ans plus tôt. Mais heureusement, c'est le retour de Kid Congo Powers, après un  bref passage chez les Cramps et une participation aux Bad Seeds de Nick Cave, qui va motiver Jeffrey Lee Pierce de reformer le GUN CLUB.
Patricia Morrison est partie rejoindre les Sisters of Mercy et le batteur d'origine Terry Graham est rentré au bercail. C'est donc Nick Sanderson qui prend place derrière les fûts et la japonaise Romi Mori qui devient la bassiste du groupe.

Romi Mori, Jeffrey Lee Pierce, Nick Sanderson et Kid Congo Powers
 La production est assurée par Robin Guthrie, le génial guitariste des Cocteau Twins et ce dernier va créer un son plus élaboré, plus riche et pourtant bien en phase avec les chansons torturées de l'écorcé vif Jeffrey Lee Pierce. 
Dans une interview datant de 1990, où il se confit à Christophe Goffette, Jeffrey Lee tient les propos suivants :
-"Mother Juno" est supposé déployer une atmosphère noire et lourde, alors qu'ici, nous avons tenter de colorer notre musique au maximum. Nous ne cherchons pas à copier nos précédentes rondelles, sous prétexte qu'elles se sont bien vendues, ou que la réaction des médias a été positive. Je ne veux pas vivre sur mon passé, l'esprit du GUN CLUB ne doit pas rester figé sur "Fire Of Love" ou sur "Miami", tout cela date d'il y a bientôt 10 ans, il est temps de nous faire remarquer à nouveau." 
 Ce choix parait inattendu et même curieux et l'évolution musicale de groupe risque même de faire fuir les amoureux du blues-punk poisseux et crade de "Fire Of Love" ou de "Miami". Mais ceux qui auront insisté pourront découvrir et s'émerveiller devant de magnifiques chansons au lyrisme intense comme seul le GUN CLUB pouvait produire.
Rassurez vous, on n'est pas au pays de Candy quand même et on a toujours droit aux textes sombres et inquiétants remplis de spleen qui parlent de cruauté, de trahison, d'abandon, d'amour et de mort.

L'album regorge d'ambiances mystérieuses et inquiétantes, distillées à grands coups de riffs tranchants, d'effluves de slide et de larsen lugubres. 
 
Le disque démarre à bloc avec "Bill Bailley" un morceau rock très tendu, à peine remis, on prend ensuite le rageur "Thunderhead" ( The Ramones meets Jim Morrison) en pleine face, sur "Lupita Screams" Jeffrey, nous prouve qu'il est devenu un très bon guitariste.

Le tempo ralentit et Jeffrey  explore de nouveaux territoires musicaux avec la fascinante ballade très Rhythm 'n' Blues "Yellow Eyes". Sur ce morceau, la voix de JLP est réellement fascinante, et si après ça, vous ne trouvez pas que le chanteur du GUN CLUB a une des plus belles voix du rock, je vous conseille d'acheter vite fait des cotons tiges ou de consulter un spécialiste de l'audition très rapidement !!!
Si cela, ne s'arrange pas après la visite chez le réparateur de conduits auditifs, passez directement à la plage 8 : "My Cousin Kim", mettez un peu de son.... ce brulot punk sauvage devrait faire sauter le bouchon de cérumen (sécrétion visqueuse, jaunâtre de consistance molle, graisseuse, non soluble dans l'eau) !!!!!  

Jeffrey Lee Pierce (1958-1996)
En écoutant l'épique "Hearts"Jeffrey nous montre encore une fois l'étendue de ses capacités vocales, vous penserez certainement à un petit groupe du sud-ouest qui a écouté et écouté la musique du GUN CLUB
Le son plus pop de la tournoyante et émouvante ballade "The Breaking Hands" nous évoque clairement la marque de fabrique du producteur anglais Robin Guthrie. Un mur de brouillard de guitares slide et des synthétiseurs flottent au-dessus et autour de cette chanson mid-tempo (la plus belle ?) tout à fait unique dans la discographie du GUN CLUB. Cette merveilleuse chanson et également "Nobody's City" annoncent le style de l'album suivant, le non moins superbe "Pastoral Hide & Seek". 


Les tourments intérieurs de JLP, enlisé dans la drogue et l'alcool, jaillissent inévitablement de la moindre note de chaque chanson, ce qui donnent à cette œuvre criminellement sous estimée, un caractère d'urgence absolue. 
Jeffrey Lee Pierce, à l'apogée de ses capacités lyriques, nous envoute littéralement tout au long de l'album avec ses chansons intenses, tristes mais belles.

Il reste à mes yeux, le poète du désespoir, qui fut touché par la grâce à certains moments de sa carrière (sur cet album notamment), avant de s'évanouir petit à petit dans l'oubli...
Disque extrêmement riche et dense, "Mother Juno", combine de violents assauts électriques à des ballades lumineuses et délivre ses secrets soigneusement enfouis, écoute après écoute.... 

NB : Cette édition, datant de 2006, distribuée par Flow Records, propose un CD bonus intéressant, "The Berlin Tapes" qui contient de véritables raretés : les premières versions des chansons de "Mother Juno"

                              Gun Club "miami" (1982)                             
                              Gun Club & Jeffrey Lee Pierce "Live/ Best Of & Rare Albums"
                              Gun Club "fire of love" (1981)
                              Gun Club "las vegas story" (1984) 
                              Gun Club "lucky jim" (1993)  
                              Gun Club "larger than live" (2008)

Yellow eyes:

2 commentaires:

  1. une info qui pourra vous intéresser : nous publions une bio/essai sur Jeffrey Lee Pierce intitulée

    JEFFREY LEE PIERCE
    (AUX SOURCES DU GUN CLUB)
    Auteur : Marc Sastre
    ÉDITIONS LES FONDEURS DE BRIQUES
    160 pages - 15 €
    disponible en librairies à partir du 15 octobre 2013

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    1. Merci pour l'info... Nous sommes allés voir qui vous étiez, les Fondeurs de briques, bravo pour votre travail, et bon courage pour la suite...

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