mercredi 16 mars 2011

THE BEAT FARMERS "The Pursuit of Happiness" (1987)


Western-Rock'n'Roll


Un harmonica qui résonne au loin, comme un appel presque plaintif évoquant les grands espaces ; une voix lui répond, lui raconte son histoire, un chorus de guitare résonne, introduisant une rythmique rock basique mais soutenue, à l'essence américaine, qui aurait pu se retrouver dans le répertoire d'un des meilleurs Springsteen, Petty ou Mellecamp. Le chant se fait plus dur, et l'harmonica termine sa complainte en quelques soubresauts. Ainsi débute « The Pursuit of Happiness », le 4ème album des Beat Farmers. Un quatuor hétéroclite de musiciens, riche en couleurs. Joey Harris, dernier arrivé (en remplacement de Buddy Blue), à la guitare, slide, et chant. Jerry Raney, à la guitare, harmonica, remplaçant à la batterie, et chant. Rolle Love Dexter à la basse et Country Dick Montana à la batterie, piano, accordéon, chant baryton, et, très occasionnellement, à la brutalisation de guitare. Ces quatre-là sont comme un échantillonnage de la population sudiste des USA. Love fait office de Punk-rocker bardé de tatouages, Raney semble être un croisement entre Dylan et Keith Richards (Dan Baird ?), Harris serait plutôt du genre Tom Petty, un érudit de la musique populaire, et Montana est un improbable cow-boy au look de Buffalo Bill, amateur de country-rock rustaud et de whisky, à la voix de baryton et qui ferait passer Johnny Cash pour Patrick Juvet.





The Beat Farmers, c'est un foisonnement d'influences disparates, qui donne au final un rock assez enjoué qui baigne dans la Country, le Swamp-rock, le Blues-rock, le Rock, l'Americana, le Rock'n'roll des 50's, le Southern-rock, avec de temps à autre un soupçon de Punk-rock et/ou de Tex-Mex. Sans omettre, occasionnellement, une pointe de ritournelle hérité des Beatles. Un rock qui revendique plus fièrement des racines sudistes, que Californienne, et qui garde un œil affuté et intéressé sur l'univers du Rock. Du Rock, du vrai, de l'authentique, pas celui des fossoyeurs qui, comme le dénonçait Zappa, « We're only in it for the money ». Non, il est évident que ces lascars là n'avaient aucun plan pré-défini d'une carrière quelconque.
Le son est roots, coincé quelque part entre celui des 1ères formations dites de Southern-rock, du Blues-rock Texan et du Rock des Bob Seger, Mitch Ryder et Tom Petty.

Avec ce quatrième album, ce groupe de San-Diego a quelque peu épaissi le son, sans le radicaliser. Les potards ont été poussé d'un cran ou deux pour exciter les lampes, engendrant une sonorité plus crunchy, plus grasse, s'approchant de sonorités plus Heavy sans l'atteindre (pour le dernier album, Manifold, les guitares se parèrent d'une pédale de distorsion plus consistante, entamant ainsi leur charme et leur personnalité).



Ainsi, « Ridin' » a des accents Rock Sudiste, alors que « Dark Light » pourrait évoquer un Swamp-blues-rock, avec son bottleneck autiste qui reste coincé entre deux frettes jusqu'à son envol en solo. « Make it Last », qui suit, inverse la vapeur en offrant un country-rock poppy, avec un petit quelque chose des Beatles (ce qui lui permis un temps de passer sur les ondes). La 1ère face s'achève sur un titre qui flirte avec le Hard-blues, et un chanteur qui semble déverser son fiel, de manière presque Punk (sur des paroles hélas trop simples pour donner vraiment du corps à la chanson).
La deuxième face démarre sur des chapeaux de roues avec l'enjoué « God is here tonight », qui, là encore, semble conter une histoire. « Big Big Man » offre un bon duel de grattes dont on voudrait qu'il se prolonge un peu plus. « Elephant Day Parade » porte bien son nom avec son rythme saccadé, presque pesant (mais les guitares ne le sont pas). « Rosie » est une émouvante reprise de Tom Waits qui prête au recueillement ; arpèges de guitares, chant nuancé mais sobre et notes subliminales d'orgue lors du refrain. « Texas » sent le rodéo, les ranchs, les cavalcades, le tout dans une ambiance rock festive. Lui succède« Big River », avec une ligne de basse assez semblable à la précédente ; Dick Montana en profite pour pousser la chansonnette de sa voix de baryton imbibé, et se fendre d'un court solo de guitare des plus catastrophiques.
Les guitares de Jerry et de Joey, un peu à la manière de certaines formations de Southern-Rock, ne cessent d'intervertir les rôles ; ils jouent généralement deux parties distinctes, l'une donnant la mélodie lorsque l'autre appuie la rythmique. Les soli sont parfois partagés, sans jamais s'attarder en de longues envolées, évitant tout bavardage futile.

Recto original de la pochette du 33 tours


On pense évidemment à Jason & The Scorchers, mais ces derniers sont nettement plus Heavy, voire punk-rock, alors que les Farmers restent plus proches d'un rock-roots. Sinon on pourrait les comparer à Del-Lords, Los Lobos, Lone Justice, Col. Parker, The Mighty Orq, Mojo Nixon, certaines réalisation d'Omar Dykes des 80's, mais il n'y a jamais eu qu'un seul Beat Farmers.

Le 8 novembre 95, Country Dick Montana, alors qu'il chantait, meurt sur scène d'une crise cardiaque. Jerry, Joey et Rolle, très ébranlés, décident de dissoudre le groupe trois jours plus tard. Tous continueront à jouer dans des formations différentes, qui gardent néanmoins toutes des liens, à différents degrés, avec la musique des Beat Farmers. Toutefois, en 2005, les musiciens se réunissent à nouveau, avec Buddy Blue qui reprend sa place, sous le patronyme The Farmers. Cette fois-ci, leurs concerts ne se feront pas en dehors de la Californie. En 2006, c'est au tour de Blue de faire une crise cardiaque fatale. The Farmers continue avec notamment un nouvel opus en 2009, où, malheureusement, malgré sa bonne tenue générale, l'absence de Blue ou de Harris se fait cruellement sentir.

A ma connaissance, encore un groupe très rarement évoqué par les médias français (de mémoire seul De Caunes & Chalumeau avec Houba-Houba, et le magazine Guitar & Bass avaient parlé d'eux).


  1. Hollywood Hills - 4:17
  2. Ridin' - 4:05
  3. Dark Light - 4:08
  4. Make it Last - 4:01
  5. Key to the World - 3:22
  6. God is Here Tonight - 3:39
  7. Big Big Man - 3:56
  8. Elephant Day Parade - 2:43
  9. Rosie - 2:23 (Tom Waits)
  10. Texas - 3:24
  11. Big River - 2:37 (Johnny Cash)




1 commentaire:

  1. Les clips vidéo c'est vraiment la plaie... Le passage de la couleur, des grands espaces, de l'harmonica, au studio aseptisé, faux-concert, filmé dans un noir et blanc pseudo esthétisant, et les filles qui se tremoussent au premier rang, c'est une horreur absolue. Ca ne colle pas une seconde. Le physique du chanteur, bien peigné, bien sapé, non plus. Il y a un décalage très gênant entre la musique et les images, au détriment de la musique, malheureusement, car la chanson en elle-même est bien. Avec de grosses intonations Springsteen période 78/80 (les "back" de guitares).

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