mercredi 17 novembre 2010

Stevie SALAS Colorcode "Back from the living" (1994), par Bruno

HEAVY-FUNK-ROCK

     Stevie Salas a souvent été présenté comme le fils spirituel d' Hendrix, Eddie Van-Halen, et de George Clinton. Ce qui est assez réducteur car à l'écoute de ses disques, il est évident que Stevie, empreint d'une vaste culture musicale, est le fruit d'un foisonnement des genres, avec une nette préférence pour tout ce qui « groove ». Souvent comparé à Hendrix (du moins au début des 90's), on peut effectivement, à l'instar de Robin Trower et de Frank Marino, le considérer comme un de ses continuateurs, notamment par rapport à sa curiosité, sa recherche, et l'expérimentation du son.

     On retrouve également, parfois, quelques progressions d'accords propre au gaucher ; ainsi, qu'une certaine nonchalance naturelle qui se transforme en énergie salvatrice sur scène. Bien qu'à l'écoute de ses premiers opus, il semble que, dans le genre, il soit bien plus proche de Trower que de Jimi, surtout dans les chorus ; il reprend d'ailleurs, avec les honneurs, le fameux « Too Rolling Stoned » sur l'album « Electric Pow Wow » (superbe album avec une pléiade d'invités)
     En fait, on peut écrire sans exagérer que Stevie Salas est un savant condensé d' influences disparates, et bien digérées, allant de Robin Trower à Van-Halen, en passant par Funkadelic, Aerosmith, Prince, Led Zep, James Brown, David Bowie, T.M. Stevens, Jeff Beck, Donny Hatthaway, Steve Stevens, Santana, Red Hot Chili Peppers, Cheap-Trïck, Sly Stone, Living Color, (ouf..) entre autres. On pense donc bien naturellement à Dan Reed Network (le fameux « Slam » produit par Nile Rodgers), mais Stevie est plus percutant, « rentre-dedans », plus « Loud », et aussi parfois plus expérimental. Sa musique a souvent été dénommée Hard-Funk. Son style repose essentiellement sur un jeu explosif et groovy, qui pourrait faire passer le titre le plus enlevé des Red Hot pour un reggae (un peu exagéré, quoi que...). Sa main droite allie la souplesse d'un Hazel, Trower, Hendrix à la fermeté d'un Page (dont il ressort quelques plans sur "Without love"), West, Townshend, voire d'un Iommi. Tandis que la gauche cumule, avec une facilité déconcertante, le jeu en accords (avec position académique ou pas), avec celui de chorus, de soli effrénés, sautillants, enjoués, vivaces, dynamiques. Ce qui lui permet ainsi de jouer sans problème, sans jamais faire pâle figure, au sein d'un power trio en concert. Ce qu'attestent les deux titres présentés en clôture.




     Stevie s'est nourri du jeu de guitares des icônes susnommées en incluant une touche plus moderne due à son insatiable curiosité envers le matériel de guitare, des amplis aux pédales d'effets, que l'on devine fort nombreux. Un véritable sorcier des sons, combinant divers effets pour obtenir des sonorités nouvelles, toujours en privilégiant un son organique, viscéral, épais, plus ou moins sale, car paradoxalement malgré son armada d'effets, Stevie ne sonne jamais « clinique », propre, édulcoré. Par contre, comme sur l'album « Viva la noise » (à mon sens, le moins bon, alors que c'est celui qui profita d'une réelle promotion), c'est parfois limite indigeste à cause d'une surenchère d'effets en tous genres. Cela le l'empêche pas pour autant d'aborder aussi la guitare électrique sans aucun effet supplémentaire. Et là, il est évident que derrière un matériel imposant, il y a un guitariste d'exception, qui semble pouvoir aborder tous les genres avec la même facilité. Précisons que c'est un grand amateur de Wah-wah, et que l'on en retrouve à toutes les sauces (des plus légères ou plus lourdes). La marque nippone, Guyatone, lui dédia une pédale, la Wah-Rocker.

     Inutile de spécifier quelles sont les guitares qu'il emploie, car il joue sur tout (il en posséderait près d'une centaine, dont quelques vintages improbables), si ce n'est qu'il doit être le seul à encore utiliser des Ovation électriques (la Breadwinner et la Deacon).
Quant au timbre de sa voix, il suit en toute logique les influences déjà mentionnées, tel que Hendrix, James Brown, Clinton, Sly Stone, avec toutefois une tonalité plus rauque, mais moins profonde et moins puissante.
     Salas s'est fait un nom en accompagnant George Clinton et Rod Stewart dans les années 80, ainsi qu'en tant que musicien de studio. Une anecdote à cet effet : lors d'une séance studio ennuyeuse et répétitive, Stevie pète les plombs. Fatigué de devoir, à maintes reprises, refaire un solo sur une musique qui ne l'inspirait guère (il faut bien manger), il branche divers effets simultanément et fait vraiment n'importe quoi sur sa gratte, en triturant dans tous les sens le vibrato, et en étant certain que le résultat allait faire sortir de ses gonds le producteur. Et là, contre toute attente, ce dernier s'extasie et ne tarit plus d'éloge envers ce "trait de génie". Et pour le coup, grâce à ce "coup de génie", tout le show-biz de L.A. ne parle plus que de lui, ce qui lui ouvre pas mal de porte. Hélas, Stevie s'aperçoit bien vite qu'à L.A. (comme ailleurs) les relations sont très superficielles. L'engouement retombé, et passé de mode, il se retrouve vite sans travail (ses opinions et son attachement à certaines associations amérindiennes n'y sont peut être pas pour rien), et pratiquement sans "potes".

     Il a toujours su s'entourer de musiciens d'exception, et ses collaborations sont fort nombreuses : T.M. Stevens, Bootsy Collins, son ami Richie Kotzen, Sass Jordan (pour qui il composa quelques titres et joua sur 2 de ses albums, "Rats" & "Racine"), Bernard Fowler (choriste des Stones, avec qui il fonda l'excellent Nicklebag, qui reprend principalement le style abordé avec "Back from the living"), Brian Tichy (Billy Idol, Gilby Clarke, Foreigner, Pride & Glory, Derek Sherinian, Kenny Wayne Sheperd,...), Buddy Miles (avec qui Il fonda l'éphémère « Hardware » avec Bootsy Collins), Jerry Cantrell, Dave Abbruzzese, Bernie Worrell, Mick Jagger.

     Sur "Back from the living", c'est le cogneur Brian Tichy qui tient les baguettes, et l' exubérant et infatigable T.M. Stevens la quatre cordes. Des musiciens de choc, spectaculaires, d'un tempérament et d'une présence, pour ainsi dire, hors norme. Ces deux gaillards ne sont pas là pour faire de la figuration, et cela s'entend. Brian ne ménage pas ses fûts en cognant tel Animal (non pas l'ancien comparse de Lemmy, celui des Muppets), et T.M. sort de temps à autres le grand jeu avec slap, wah-wah, tapping, donnant ainsi une impression de puissance et d'assise inébranlable.
Alors que le précédent, "Electric Pow-Wow", était un superbe patchworks de Heavy-Rock music avec moult invités, celui-ci renoue avec le mixage de Funk bouillonnant et de Heavy-rock musclé qui avait fait le succès de son premier opus. Ici, dans une version plus ramassé, plus dure, plus Heavy, avec quelques éparses petites touches psychédéliques, dotée d'une meilleure production et de musiciens exceptionnels. Un Heavy-funk-rock brut, sans claviers, sans arrangements (hormis des cuivres pour "Born to Mack") autres que les chœurs, les effets de Salas, et de Stevens. Une musique qui donne l'impression d'être jouée live, et d'ailleurs, la différence avec les deux titres en concert est ténue (bien sûr, il y a le public en sus).
A noter la participation de Sass Jordan en tant que choriste sur quelques chansons.
Toutefois, on pourra toujours faire le reproche à Salas de trop charger ses disques. En effet, ceux-ci dépassant toujours les 60 minutes (55 minutes pour "Back from...", sans compter les quatorze minutes lives), ils comportent toujours un ou deux titres dispensables, quand ce ne sont pas quelques interludes comiques ou expérimentalo-psycho-bidouillés. Celui-ci étant peut être le plus linéaire quant à la qualités des compositions.
  1. Tell your story walking - 4:02
  2. Crack killed apple jack (Gravy booty mix) - 4:01
  3. I once was there - 4:41
  4. Wonderin' - 4:58
  5. Start again - 4:25
  6. Born to mack - 3:41
  7. The flying truth - 4:19
  8. Without love - 4:13
  9. A journey into the middle ages - 6:03
  10. Much ado about buttin' (suckermangrubby mouth mix) - 2:44
  11. Amelia - 4:28 (Joni Mitchell)
  12. God I'm going down - 3:13
  13. Shake this town - 4:26
  14. Start again - Live - 7:10
  15. The walls came down - Live - 7:08


P.S. : D'origine amérindienne, il est sensible à la réhabilitation des « Native Americans », comme le souligne parfois l' « Art-wort » de ses pochettes et quelques chansons. Dans ce disque notamment, on retrouve à l'intérieur du livret et du compact, une photo d'une main ouverte présentant un sticker de l'American Indian Movement, avec la mention "Free for Free for Leonard Peltier" (activiste amérindien incarcéré depuis 1977, accusé, d'après ses nombreux défenseurs, à tort d'un double homicide d'agents du gouvernement).



(plus une noire...)





Autre article (lien) :

Stevie SALAS - "Be What It Is" - (2009)

2 commentaires:

  1. Je rêve de voir ce mec en concert, Salas est un putai* de génie!!
    Ton com' est une vraie bible, je l'imprime illico et je l'encadre!
    D'Hardware, j'ai Third Eye Open, avec Collins et Miles, inégal aussi, mais avec des passages dantesques( le 2eme morceau, Waiting on you, démarre sur le break de Bonham de Whole Lotta Love et Stevie décline l'intro du solo...).

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  2. C'est bien le problème avec Salas : aucun de ses albums n'est parfait, mais pourtant, tous comportent leur lot, plus ou moins fourni, de pépites.
    Celui-ci, avec peut-être "Be what it is", me semble le plus linéaire.

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