jeudi 9 septembre 2010

Frank MARINO "Juggernaut" (1982) par Bruno

MARINO à son zénith


     Frank Marino est un guitariste-chanteur canadien, né Francesco Antonio Marino le 20 novembre 1954 (un scorpion) à Montreal de père Italien et de mère Arabe. Après avoir joué longtemps de la batterie, il passera à la guitare à treize ans. Il montera le Mahogany Rush en 1970. Un power-trio qui se transformera en quatuor avec l'incorporation de son frère, Vince, à la guitare rythmique en 1980.


     Frank Marino est un guitariste véloce et inspiré, dont les racines plongent dans le Heavy-blues psychédélique de la fin des 60's. Sa guitare favorite est une Gibson SG 61, complétée d'un vibrato (modèle Vibrola de Gibson). Pour compléter son matériel, il l'a fait customiser en remplaçant les micros d'origine par des Di Marzio. Tout récemment, il a adopté une guitare de luthier, faite suivant ses recommandations, qui épouse la forme et la configuration typique des SG. On le vit, au début des 80's, s'afficher avec une Gibson LesPaul
Il prit rapidement l'habitude de modifier ses amplis, son pré-ampli (pour rechercher un compromis entre un Fender Twin et un Mesa-Boogie), et même ses pédales d'effets, afin qu'ils soient le plus musical possible. Sa voix est assez grave, et s'éraille assez vite dès qu'il monte un peu en puissance.

     La légende selon laquelle il aurait été visité par le fantôme d'Hendrix, alors qu'il était hospitalisé, et qu'en sortant, il connaissait tous les riffs du Voodoo Child, ne serait, d'après Marino himself, qu'une pure invention publicitaire colportée par la presse, et indépendante de sa volonté. Une publicité qui le nuira par la suite.


     Certes, ses premiers disques portent indéniablement l'ombre du gaucher mythique ; toutefois, cela n'enlève rien à leur originalité, et beaucoup les considèrent encore aujourd'hui, comme la fleur de ses réalisations (« Child of Novelty » demeure le meilleur classement qu'il ait réalisé au Billboard). Mais déjà Frank, ou plutôt, en ce temps là, Mahogany Rush, a un son plus Heavy. En fait, même s'il y a effectivement du gaucher dans son jeu et dans son chant, Marino s'est au fil des albums, non pas affranchi, mais largement enrichi de diverses autres influences, tout en affirmant sa personnalité. Ainsi c'est en toute logique le premier, « Maxoom » le plus Hendrixien, et jusqu'en 1974, il se présente encore avec une Fender Stratocaster (elle sera encore employée, mais en de rares occasions). Les effets, dont la wah-wah, bien que toujours à "portée de pied", se feront progressivement plus rares, discrets, utilisés avec parcimonie. Plus tard, les opus catégoriquement Heavy-Power-Rock'n'Roll frénétique, comme "What's next" et « The Power of Rock'n'Roll », par exemple, ce rapprocheraient plus d'un Ted Nugent en hyper-tension, alors que "Full Circle" est plutôt Jazz-progressif-rock. 

     Le dernier album en date, le bon « Eye of the storm », mixe tout cela et d'une certaine manière représente le fruit d'une longue carrière sans compromission.
Marino avoue volontiers l'influence majeure de Santana, Duane Allman et Johnny Winter (pas vraiment évident). Pour résumer brièvement son style, on pourrait le décrire comme un croisement entre Hendrix et Nugent. Ce dernier pour la fougue et la vitalité que Frank apporte à sa musique, ce qui n'inclut en rien la personnalité et le caractère de Gonzo. Certaines compositions évoquent également, avant l'heure, Uli Jon Roth. Frank donne maintes fois l'impression d'irradier d'un mysticisme notoire.

     JUGGERNAUT semble quelque peu à part dans la discographie du Canadien. Déjà le son est extraordinaire. En 1982, peu de réalisations pouvaient se targuer d'avoir une telle dynamique et définition. Même sur un vieux tourne-disque low-fi, cet opus explosait le haut-parleur (évidemment, tout est relatif, l'album datant de 82, mais même la remasterisation de 98 ne semble qu'avoir été faites pour coller au mieux au vinyl d'alors).
Seulement 8 titres, mais que du bon, pour près de 45 minutes d'extases de Heavy-Hard-Blues-Rock, où les influences Hendrixiennes semblent désormais faire parties du passé. Marino a affermi, muri, sa personnalité musicale. Il a de plus mit de côté des tics propres au guitar-hero, en évitant soigneusement de se perdre dans des soli démonstratifs et égocentriques. Du solo il y a, mais que du bon, voir de l'exceptionnel. Plus dans le feeling que dans la technique, et ce, toujours avec maîtrise et précision. 

     Cela débute admirablement par Strange Dreams (écouter le lien ci-dessous, SVP). Midnight Highway, plus classique, fait presque pâle figure, coincé entre cette belle entrée en matière et la suite, Stories of a Heroes. Ce dernier est une ballade rock au léger parfum Southern. On retrouve là une maîtrise qui n'est donnée qu'aux musiciens de métiers, de ceux qui ont cumulé des années de concerts, des kilomètres de routes, avec les joies, la fatigue et les incertitudes qui en résultent. Ce titre est tout en retenue (pas une habitude chez le gaillard qui a souvent pêché par bavardage), jusqu'à la progression en puissance démarrant au bout de 4 min 30, pour exploser dans un très beau solo de guitare. Cependant, cette retenue a mis Frank à cran, qui se lâche alors avec Free, dans un Heavy-metal-rock quelque peu oppressant. 
La seconde face enchaîne avec un Heavy-Rock'n'Roll Bluesy qui balance dur, comme un commando d'orcs : un pas à gauche un pas à droite, joyeux d'aller au charbon couper des jarrets. Et là encore, Marino fait le break avec un solo admirable, jouant autant avec les silences que les notes. Ditch Queen oeuvre dans le lourd, du Hard-Blues brutal et offensif (repris récemment par John Norum). For your Love, Heavy-rock / Classic-rock, est un bon titre mais qui ne suit pas la comparaison avec le reste.
Le titre éponyme clôture l'album en s'immisçant dans le Heavy-Metal de haute-volée dans une ambiance apocalyptique.

     Dégoûté de l'industrie musicale et des médias, Frank Marino arrêta tout en 1992. Il coupa tous liens professionnels, et on n'entendra plus parler de lui pendant plusieurs années. Il renouera, tranquillement, avec sa carrière en 1998.

P.S. : La pochette est une adaptation (ou un pillage ?) d'une peinture à l 'huile de Frank Frazetta de 1966 (utilisée pour l'illustration d'un livre de Lin Carter, « Thongor against the Gods »).




Hélas, pas de clip, ni de séquence vidéo valable de cette période

3 commentaires:

  1. Shuffle Master8/9/10 20:06

    Instructif, comme d'habitude. A priori, un peu hard pour moi.... plus le coup du mysticisme....un peu rédhibitoire.

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  2. Pas sûr, pas sûr. Le mysticisme, c'est une impression personnelle pour décrire une facette de certaines compositions. Sur cet album, ce ne sont plus que des réminiscences.
    "Stories of a Hero", "For your love" et "Maybe it's time" pourraient te plaire.

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  3. superbe album précédé par 2 autres excellent:What's next et The power of rock&roll.

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