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| Rue d'un quartier industriel pollué de Taipei |
Sonia a rapporté deux bols de soupe de nouilles au bœuf du restaurant
Taïwanais du coin. Elle les met à réchauffer dans le four micro-onde.
Nema, attirée par l’odeur alléchante, se lève de son bureau et
s’approche. Sonia explique :
- Le grand père de Quiaoling est venu lui donner un coup de main. Il
a préparé cette soupe traditionnelle.
- Hummm… ça sent trop bon ! ça me fait penser à un roman qui se passe
à Taipei au siècle dernier. Les repas y ont une grande importance.
Temps de partage, mais aussi de rapprochement… répond Nema.
Nous sommes à Taïwan, au début des années 1980. Un jeune étudiant en
faculté de commerce,
Liqun Yé,
que tout le monde surnomme
Petit Yé, fils d’un libraire de province, cherche à changer de logement. En effet,
la chambre qu’il partage avec un camarade est devenue invivable pour lui :
ce colocataire ronfle et en plus s’est mis à étudier la calligraphie et
affiche sur tous les murs ses exploits. C’est ainsi que
Petit Yé
prend une chambre dans la maison de
Madame Xin. Certes la chambre est très modeste, éloignée de la faculté, mais le
bonheur d’être enfin seul chez soi est inestimable pour
Petit Yé.
Ce garçon est jeune, à peine vingt ans, nonchalant mais studieux. Il aime
les auteurs comme Hemingway, Camus, Kierkegaard. Il rêve de femmes. Douces
et aimantes. Mais au quotidien il utilise sa vieille bicyclette pour aller à
la fac, en longeant les usines qui crachent des fumées noires. Il fait petit
à petit connaissance des locataires de la maison de
Madame Xin. Les descriptions de la ville et surtout de ces quartiers d’usines
vétustes et tassées sont très réalistes.
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| Hummm... les belles nouilles |
Dix-huit locataires. Deux étages.
Madame Xin
habite au second avec sa servante
Acan. A cet étage vit également
Mademoiselle Ma Hua, une jolie femme d’une trentaine d’année qui travaille comme receveur
adjoint à la poste, et un cousin éloigné de
Madame Xin. Au premier étage, là où vit
Petit Yé, se trouvent notamment la famille
Cai avec leurs deux enfants,
tassés dans l’unique pièce qu’ils peuvent louer avec le salaire de misère de
Monsieur Cai, et deux employées d’une usine d’électronique. Enfin parmi ceux qui vivent
au rez-de-chaussée, on notera un marchand de nouilles qui fait commerce avec
sa charrette à bras au coin de la rue, un retraité et
Zhegucai, un drôle de bonhomme qui veut lancer une affaire et être ami avec
Petit Yé.
Il se passe bien des choses dans cet immeuble. On va au travail le matin,
on rentre le soir, on se croise dans la cour. Il faut faire le ménage,
surtout entretenir la salle de douche commune, préparer des repas, ranger la
cour, bref organiser la vie en commun. Tout se passe dans une bonne entente
en général. Mais il y a des envies, des jalousies, des ragots.
Petit Yé
va être invité à partager régulièrement le repas du soir de
Madame Xin
avec
Acan
et
Ma Hua
au deuxième étage dans le salon commun. Cette habitude conduit à un
rapprochement entre
Petit Yé
et
Ma Hua. Une idylle naît en cachette. On suivra
Petit Yé
de la sortie de l’adolescence à une certaine maturité d’homme qui découvre
la femme au-delà des fantasmes érotiques issus de ses lectures.
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| Rue ancienne de Tapei |
Le temps passe.
Petit Yé
retourne chez ses parents pour des vacances. Il est content de retrouver la
librairie familiale, le calme de la petite ville, la campagne.
Ma Hua
lui écrit une première lettre, lui confirme son amour et qu’il lui manque.
Dans une lettre suivante,
Ma Hua
est très triste :
Madame Xin
est très malade ! Hélas,
Madame Xin
meurt et laisse un grand vide. Reste son immense portrait dans le salon
commun du deuxième étage, portrait d’une femme imposante et
bienveillante.
Les locataires vont avoir la surprise de découvrir que par testament de
Madame Xin chaque locataire devient propriétaire de son logement. A partir de ce
moment, tout va se dégrader. Le parent de
Madame Xin
se révèlera être un voyou, buveur, joueur, brutal. La famille
Cai
va vouloir racheter les chambres voisines. Plus personne ne veut faire le
ménage.
Liqun Yé
déménage et le temps passe.
Le temps passe. Une dizaine d’années plus tard,
Liqun Yé
a fait carrière dans le commerce d’électroménager. Il rencontre par hasard
Zhegucai
qui l’invite chez lui. Il a des nouvelles de
Mademoiselle Ma Hua…
Ce roman est le récit à la première personne de
Liqun Yé. Une façon de mêler réflexions personnelles et descriptions de lieux, de
personnes, de comportements.
Peut-être qu’il ne se passe pas grand-chose. Peut-être que l’objet du roman
est juste de faire réfléchir sur l’argent, le partage, la vie en commun. Car
au final, c’est ce testament, cette donation faite à chacun de son logement
qui paraît être un acte de charité et qui finalement n’apportera pas le
bonheur.
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| Huang Fan vers 1980 |
Huang Fan est né en
1950. C’est un écrivain Taïwanais très représentatif de la vie dans
son pays. Ce roman a reçu un prix à sa sortie en 1984 à Taïwan.
Ingénieur de formation, il décrit dans ce roman les fumées et la pollution
de la ville de Taipei.
Bonne lecture !
Pages 156
Flammarion






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