mardi 7 juillet 2026

GOTLIB : Les Rubriques a Brac et les Dingodossiers par Pat Slade



Ce qui fait la force des “Rubriques-à-Brac”, c’est ce savant mélange entre contenu sérieux (un peu) et humour ravageur (plein pot). Gotlib jongle avec les codes de la pédagogie pour mieux les faire exploser. Vous n'apprendrez peut-être pas grand-chose sur Darwin ou Einstein peut-être un peu plus sur Newton qui revient souvent, mais vous vous taperez sûrement une bonne tranche de rigolade.

Un retour dans le passé pour les lecteurs de Pilote (Mâtin! Quel journal !), certain y verront de la nostalgie, d’autres découvriront le génie de Gotlib.

    le manuel du parfait dingue et l’encyclopédie du n’importe quoi





Soyons honnêtes, qui n’a jamais rêvé de décrocher un diplôme en “Bêtisologie” ou en “Dingologie” ? Gotlib vous attend avec son pinceau affûté et son humour corrosif : préparez-vous à un voyage unique, un peu fou, souvent absurde, mais toujours irrésistiblement drôle.


Gotlib ! Dès qu’on prononce ce nom, c’est tout un univers de folie douce, de caricatures délirantes et d’humour absurde qui s’ouvre à nous. Si vous ne connaissez pas encore Marcel Gotlib (ce qui serait fort étonnant !), laissez-moi vous embarquer pour un petit voyage au cœur des “Rubriques-à-Brac” et des “Dingodossiers”, ces deux chefs-d’œuvre de la BD française qui ont marqué des générations de lecteurs, et continue de faire rire aux éclats les novices comme les fans de la première heure.

Gotlib, le roi du gag qui déglingue.

Avant de plonger dans nos rubriques fétiches, prenons une minute pour planter le décor. Marcel Gotlib, né en 1934, est un pilier de la bande dessinée franco-belge, un maestro du comique visuel et verbal. Il a révolutionné la BD avec son style inimitable, mélangeant dessins parfois très simplistes et blagues ultrafines, souvent décalées, parfois même politiquement incorrectes, mais toujours savoureusement drôles. C’est dans les années 1960-70 qu’il crée les “Rubriques-à-Brac” dans le magazine Pilote, sa série phare, suivie plus tard par ses fameux “Dingodossiers”. Deux séries cultissimes, qui, chacune à leur manière, démontrent l’immense talent de Gotlib pour raconter des histoires truffées de gags, quasi pédagogiques, mais surtout hilarantes.

Professeur Burp

Les Rubriques-à-Brac“ résume la science de la bêtise appliquée. Imaginez un cabinet de curiosités bizarroïdes où vous pourriez trouver des bêtises sur tous les sujets possibles et imaginables. C’est un peu ça “Les Rubriques-à-Brac”, Gotlib y joue les profs loufoques qui dispensent des cours absurdes mêlés de dessins caricaturaux. On y trouve de tout, de la préhistoire à la physique quantique, en passant par l’histoire, la littérature, les animaux, et même la nature humaine... toujours vus à travers un prisme déformant et hilarant. Les ”Rubriques-à-Brac“, le pendant encore plus déjanté des ”Dingodossiers“. Ici, Gotlib joue avec les codes de la culture, de la science, de l’histoire et du langage pour créer un univers où tout est possible, sauf la logique !

Chaque page est une explosion humoristique, construite autour d’une idée simple, mais déclinée en une multitude de blagues visuelles ou textuelles. Les personnages fétiches sont là, évidemment : le fameux professeur Burp, symbole de ses explications farfelues où rien ne se tient jamais vraiment, mais où l’on rit franchement. 


Les "Dingodossier" est un peu la bible des trucs inutiles, un peu comme ”Le Catalogue d’objets introuvables“ de Jacques Carelman mais indispensables. Chaque dossier est un condensé de faux savoir, où Gotlib dézingue avec subtilité les travers de la société, de la science, ou du comportement humain. Et derrière cet humour se cachent des personnages qui ont marqué toute une génération en les mettant à la sauce satirique la plus piquante.

Par exemple, on trouvera un “Dingodossier” sur “Comment passer pour un intellectuel”, ou encore “Les techniques pour éviter le travail”. Ces dossiers sont de véritables modes d’emploi absurdes et souvent jubilatoires, où l’on reconnaît des situations vécues, amplifiées à l’extrême. Gotlib, avec sa plume acérée et son coup de crayon expressif, nous rappelle que l’autodérision est la meilleure arme contre la bêtise et le conformisme.

Et puis n’oublions pas ses personnages, prenons par exemple Professeur Burp, l’archétype du savant fou à la chevelure hérissée et aux expériences qui tournent toujours mal. Ce personnage, exemple type de la caricature du scientifique  maladroit, nous entraîne dans des aventures où les explosions, rats mutants et inventions ridicules sont monnaies courantes. Il incarne cette fascination-répulsion envers la science fascinante quand elle promet monts et merveilles, hilarante quand elle déboule dans le chaos total. ”Les Dingodossiers“, manuel du parfait dingue. Gotlib manie le second degré avec une aisance déconcertante. Derrière la légèreté apparente, se cache souvent une satire bien mordante. ”Les Dingodossiers“ et les ”Rubriques-à-Brac“ ne sont pas seulement des recueils de blagues, ce sont des miroirs déformants qui nous renvoient à nos propres absurdités.


Impossible de parler de ces œuvres sans mentionner le graphisme. Gotlib n’est pas un dessinateur à la technique sophistiquée, mais c’est précisément ce style simple, souvent presque brouillon, qui donne tout son charme à ses pages. Ses personnages sont souvent des bonhommes ronds, aux traits exagérés, avec ce nez emblématique en pointe. Les expressions faciales sont hyper travaillées, ce qui fait que chaque case respire l’émotion, la surprise ou l’absurde.

Le découpage dynamique, les bulles remplies de jeux de mots, les petites vignettes symboliques ou délirantes en marge… tout concourt à créer un rythme de lecture dynamique, drôle et souvent imprévisible.

En relisant aujourd’hui “Les Rubriques-à-Brac” ou les “Dingodossiers”, on est frappé par la modernité de l’humour, malgré les décennies passées. Gotlib savait se moquer sans méchanceté, taquiner sans agressivité, et surtout, il poussait sans cesse les limites du gag, quand d’autres s’en tenait à la simple blague.

De plus, son œuvre est un hymne à la liberté créative : il n’a eu de cesse de casser les codes du bon goût et du politiquement correct avant même qu’on invente ces termes. Résultat ? Une BD vivante, foisonnante, jamais snob, qui parle à tout le monde et qui invite à décomplexer le rire.


Gotlib et Claire Bretécher

Enfin, Gotlib est aussi un personnage attachant dans le monde de la BD, un passionné qui a su fédérer autour de lui une équipe d’auteurs géniaux (Willem, Claire Bretécher, Mandryka, Alexis, Gossens pour ne citer qu’eux), et créer Le Journal de Fluide Glacial… bref, un univers complet où l’humour graphique règne en maître. Ce qui fait la saveur unique de ces personnages, c’est le style Gotlib un dessin simple en apparence, mais bourré de détails rigolos, un rythme effréné dans les dialogues, des jeux de mots à foison, et surtout une liberté totale dans l’écriture. On passe du gag le plus absurde à la critique sociale sans jamais perdre le lecteur.


Bougret et Charolle
 

Des personnages comme l’élève Chaprot cancre de son état, le commissaire Bougret et son adjoint l’inspecteur Charolles qui prendront vie dans le film ” Les vécés étaient fermés de l'intérieur“ en 1976 sous les traits de Jean Rochefort et de Coluche, le professeur Burp déjà cité, Isaac Newton et les multitudes de  pommes qu’il prendra sur la tête (et même un crocodile), mais il y a un personnage qui apparait dans les deux publications et qui deviendra un personnage emblématique, la mascotte, le fil rouge c’est la coccinelle... Après toutes ces années, les personnages de Gotlib continuent de nous faire marrer parce qu’ils parlent à ce petit grain de folie qui sommeille en chacun de nous. En ces temps souvent trop sérieux, ils nous rappellent que le rire est la meilleure défense contre la bêtise.

Qu’on soit fan de la première heure ou novice curieux, plonger dans les aventures des ”Dingodossiers“ et des ”Rubriques-à-Brac“, c’est comme prendre une bouffée d’air frais dans un monde qui vire parfois au sérieux trop pesant. Alors, la prochaine fois que vous feuillèterez ces albums cultes, prenez le temps de savourer chaque trait, chaque réplique, chaque clin d’œil. Car derrière le fou rire, c’est un véritable génie de l’humour qui s’exprime.

 

Allez, hop ! Un dernier conseil pour la route : ne tentez pas d’imiter le professeur Burp chez vous… sauf si vous aimez les explosions surprises.



4 commentaires:

  1. Shuffle Master.7/7/26 08:33

    Gotlib est un génie, pas plus pas moins. J'ai eu le premier Rubrique-à-brac dans les mains quasiment à sa sortie et il a été lu, relu et rerelu ( il a fini par tenir avec du scotch...). Je me suis payé la semaine dernière les intégrales 1967 et 1968 sorties par Dargaud/Fluide Glacial.

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    1. J'ai toujours les originaux (première édition) en assez bonne état

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  2. De sacrés souvenirs, déjà merci pour ce rappel que là où je suis-je n’en ai aucun sous la main ! Je profite du commentaire pour citer René Goscinny, pas de doute que le scénariste d’Asterix, Luky Luke, Iznogoud & le petit Nicolas apporte beaucoup au Dingodossiers, j’ai eu l’impression que Gotlib a bien profité de Goscinny pour explorer des univers encore plus absurdes, bien entendu les Rubrique-à-brac mais j’ai une tendresse pour la série Rhââ Lovely, d’autres aussi et pour finir, en parlant de BD que je n’ai pas sous la main : Pervers Pépère le chaînon manquant vers Hara Kiri ?

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    1. Combien de fois Gotlib a cassé de bois sur le dos de Goscinny dans ses caricatures. L'époque "Rhââ Lovely" et "Rhâ-Gnagna" c'est l'école "Fluide Glacial" le coté sombre et crade de Gotlib

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