De l’autre Margaret Fairchild, présentatrice météo d’une chaine tv de Kansas City, un peu nunuche, soudainement en proie à de drôles de comportements, à l'insu de son plein gré. Elle se met à parler toutes les langues, à lire et exploitée les pensées des autres. Cette partie la concernant est clairement filmée en mode comédie, et ça fonctionne très bien. Spielberg réalise notamment un beau plan séquence lorsqu’elle arrive au boulot, se prépare, sert de traductrice en coréen (!), et une fois à l’antenne s’exprime par des sons inconnus. Un bulletin météo qui ne manque pas d'interpeler les gens de chez Wardex, qui vont s'intéresser de près à cette Margaret.
Deux personnages liés par
la même affaire, contraints de prendre la tangente, l’un en connaissant les tenants et aboutissants, l’autre effrayée par ce qu’il lui arrive. Tous les deux marqués à la culotte par d'un côté Noah Scanlon, qui dirige Wardex, prêt à tout pour
récupérer ce qu’il pense être sa propriété (les données secrètes) et de l'autre Hugo
Wakefield, son ex-bras droit passé du bon côté de la force, qui au contraire veut
divulguer les informations au monde entier.Spielberg entretient l’opacité du récit, quel est ce décor que des charpentiers construisent pour Wakefield, à quoi sert la fameuse commande que recherche Scanlon, pourquoi Margaret Fairchild devient le centre de toutes les attentions (bonne scène parano à l’hôpital), comment se persuade-t-elle de rentrer en contact avec ce Daniel Kellner qu’elle ne connait pas ?
La mise en scène enchaine les poursuites (un peu trop),
solidement mais classiquement filmées. Je suis toujours épaté de
voir des individus lambda échapper à des dizaines de pros, FBI, tueurs, agent
secrets… Mais ne chipotons pas, car on apprécie le spectacle. Spielberg joue sur les reflets, les miroirs, portes vitrées, démultipliant les images
sans pour autant changer d'axes. Très joli plan fugace lorsque Margaret prend l’aspect
de la veuve de Scanlon, où la sortie de la
caserne de pompiers. Certaines scènes rappellent les thrillers paranos 70’s,
MARATHON MAN, LES TROIS JOURS DU CONDOR.
Daniel et Margaret vont entrer en contact et les deux récits n’en feront plus qu’un. La tonalité du film s'assombrit, mais l'action ne ralentit pas. Point d’orgue, cette bagnole encastrée dans un train, trainée sur des
kilomètres, un convoi qui arrive en face… Spielberg recycle une figure souvent mise en scène dans les INDIANA JONES mais ça fait toujours son p'tit effet. Pas mal aussi le face à face entre un Noah Scanlon téléporté dans l'esprit de Jane Blakenship (la copine de Daniel) pour lui soutirer des infos. On sait maintenant pourquoi il est important de savoir manier la commande…Un peu plus tôt, Spielberg nous met dans la confidence. Daniel montre à Jane le contenu des fichiers qu’il détient. C’est là que ça commence à foirer. Un mouvement de caméra (Steven, c'est n'importe quoi ton traveling emberlificoté !) s’avance vers Jane pour recadrer ce qu’elle est en train de visionner. Et on voit. Et on n’aurait pas dû ! Parfois le hors champ est préférable. Vous vous souvenez de l’escroc Jacques Pradel et sa vidéo sur l’homme de Roswell ? Spielberg, en RTT ce jour-là, a dû confier sa caméra à Jean-Claude Bourret. Ce n’est pas de la naïveté, mais de la maladresse.
Le film revient sur ses rails le temps d’une dernière course contre la
montre vers un studio télé, mais déraille à nouveau lors de l’épilogue gnangnan.
Ce qui faisait le charme de RENCONTRE, ne fonctionne plus aujourd’hui. A
l’heure des réseaux sociaux, les héros du film choisissent la télévision comme
médias d’information, et des journalistes pour la relayer. On comprend bien le
message, surtout sous présidence Trump : journalisme, information, démocratie,
vérité, mensonge d’état… On retrouve les thèmes de PENTAGON PAPERS. DISCLOSURE DAY est souvent divertissant, mais devient trop sérieux ensuite. Les bons moments côtoient les à peu près. Le film doit beaucoup à Emily Blunt en miss météo pétillante et totalement dépassée, Josh O’Connor parait plus terne en hacker taiseux (mais le rôle le veut), Colin Firth est un méchant qui ne fait peur à personne, abdique trop facilement, ses dernières réactions laissent d’ailleurs perplexe.
Ce retour aux sources de la SF rate un peu sa cible, réjouissant au départ, mais pataugeant sur la fin.





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