vendredi 26 juin 2026

DISCLOSURE DAY de Steven Spielberg (2026) par Luc B.


C’est touchant, 50 ans après RENCONTRE DU TROISIEME TYPE, papy Spielberg revient à ses gentils aliens hydrocéphales aux yeux globuleux, une relecture contemporaine de son grand succès dont on ne manquera pas de remarquer les similitudes. Logique pour un gars quasiment né l’année de l’affaire Roswell, qui sert de trame (éculée) à ce nouveau film. Les aliens, ça travaille le papa d'E.T. depuis tout petit.

Le film commence pied au plancher (au sens strict, avec ce premier plan d’un pied de catcheur qui écrase son adversaire !) en mode thriller d’espionnage, échange nocturne sur un parking à la lumière des phares, tu me files ça et je te rends ta copine, menaces, entourloupes. Le scénario est plutôt bien ficelé dans un premier temps - car ensuite ça se barre un peu en couilles - avec deux intrigues parallèles. D’un côté Daniel Kellner, héros spielbergien par excellence, le brave type que les évènements vont transcender, informaticien ex-hacker embauché par l’agence Wardex, pour protéger des fichiers vidéos ultra méga super confidentiels. Et qui pris de remords (on peut avoir été malhonnête et avoir une conscience politique) va se barrer avec les fichiers en question sous le bras.

De l’autre Margaret Fairchild, présentatrice météo d’une chaine tv de Kansas City, un peu nunuche, soudainement en proie à de drôles de comportements, à l'insu de son plein gré. Elle se met à parler toutes les langues, à lire et exploitée les pensées des autres. Cette partie la concernant est clairement filmée en mode comédie, et ça fonctionne très bien. Spielberg réalise notamment un beau plan séquence lorsqu’elle arrive au boulot, se prépare, sert de traductrice en coréen (!), et une fois à l’antenne s’exprime par des sons inconnus. Un bulletin météo qui ne manque pas d'interpeler les gens de chez Wardex, qui vont s'intéresser de près à cette Margaret.

Deux personnages liés par la même affaire, contraints de prendre la tangente, l’un en connaissant les tenants et aboutissants, l’autre effrayée par ce qu’il lui arrive. Tous les deux marqués à la culotte par d'un côté Noah Scanlon, qui dirige Wardex, prêt à tout pour récupérer ce qu’il pense être sa propriété (les données secrètes) et de l'autre Hugo Wakefield, son ex-bras droit passé du bon côté de la force, qui au contraire veut divulguer les informations au monde entier.

Spielberg entretient l’opacité du récit, quel est ce décor que des charpentiers construisent pour Wakefield, à quoi sert la fameuse commande que recherche Scanlon, pourquoi Margaret Fairchild devient le centre de toutes les attentions (bonne scène parano à l’hôpital), comment se persuade-t-elle de rentrer en contact avec ce Daniel Kellner qu’elle ne connait pas ?

La mise en scène enchaine les poursuites (un peu trop), solidement mais classiquement filmées. Je suis toujours épaté de voir des individus lambda échapper à des dizaines de pros, FBI, tueurs, agent secrets… Mais ne chipotons pas, car on apprécie le spectacle. Spielberg joue sur les reflets, les miroirs, portes vitrées, démultipliant les images sans pour autant changer d'axes. Très joli plan fugace lorsque Margaret prend l’aspect de la veuve de Scanlon, où la sortie de la caserne de pompiers. Certaines scènes rappellent les thrillers paranos 70’s, MARATHON MAN, LES TROIS JOURS DU CONDOR.

Daniel et Margaret vont entrer en contact et les deux récits n’en feront plus qu’un. La tonalité du film s'assombrit, mais l'action ne ralentit pas. Point d’orgue, cette bagnole encastrée dans un train, trainée sur des kilomètres, un convoi qui arrive en face… Spielberg recycle une figure souvent mise en scène dans les INDIANA JONES mais ça fait toujours son p'tit effet. Pas mal aussi le face à face entre un Noah Scanlon téléporté dans l'esprit de Jane Blakenship (la copine de Daniel) pour lui soutirer des infos. On sait maintenant pourquoi il est important de savoir manier la commande

Un peu plus tôt, Spielberg nous met dans la confidence. Daniel montre à Jane le contenu des fichiers qu’il détient. C’est là que ça commence à foirer. Un mouvement de caméra (Steven, c'est n'importe quoi ton traveling emberlificoté !) s’avance vers Jane pour recadrer ce qu’elle est en train de visionner. Et on voit. Et on n’aurait pas dû ! Parfois le hors champ est préférable. Vous vous souvenez de l’escroc Jacques Pradel et sa vidéo sur l’homme de Roswell ? Spielberg, en RTT ce jour-là, a dû confier sa caméra à Jean-Claude Bourret. Ce n’est pas de la naïveté, mais de la maladresse.

Plus tard dans le film, dans son ventre mou (on aurait pu élaguer vingt bonnes minutes), Spielberg ose des trucs qui laissent pantois en plus d’être moches. Ce flashback sur l'enfance de Margaret et ces bestiaux en 3D, droits sortis de BAMBI ! C’était si difficile de filmer un vrai cerf, un renard, plutôt que d’avoir recours au numérique ? Ou mieux, s'abstenir ? Quand Spielberg filme à l’ancienne, avec ces petits travelling avant sur les amorces, les mouvements de grue, on retrouve sa patte. Quand il use du numérique pour augmenter les effets immersifs, c’est moche. Alfonso Cuarón dans LE FILS DE L’HOMME nous régalait de ces prouesses techniques, mais c’était il y a 20 ans. Dans un Spielberg c'est presque anachronique.

Le film revient sur ses rails le temps d’une dernière course contre la montre vers un studio télé, mais déraille à nouveau lors de l’épilogue gnangnan. Ce qui faisait le charme de RENCONTRE, ne fonctionne plus aujourd’hui. A l’heure des réseaux sociaux, les héros du film choisissent la télévision comme médias d’information, et des journalistes pour la relayer. On comprend bien le message, surtout sous présidence Trump : journalisme, information, démocratie, vérité, mensonge d’état… On retrouve les thèmes de PENTAGON PAPERS

A mon sens il fallait rester dans la veine des thrillers paranos, cultiver le mystère, miser frontalement sur la parabole politique en s'éloignant de la SF et des soucoupes volantes. Fallait-il aussi nimber l’ensemble de spiritualité, de sous-texte religieux ? Pas sûr, mais en bon américain Spielberg a plus d'une fois tremper sa plume dans l’eau bénite (le coup de la sœur au couvent, c’est grandiose !).

DISCLOSURE DAY est souvent divertissant, mais devient trop sérieux ensuite. Les bons moments côtoient les à peu près. Le film doit beaucoup à Emily Blunt en miss météo pétillante et totalement dépassée, Josh O’Connor parait plus terne en hacker taiseux (mais le rôle le veut), Colin Firth est un méchant qui ne fait peur à personne, abdique trop facilement, ses dernières réactions laissent d’ailleurs perplexe.

Ce retour aux sources de la SF rate un peu sa cible, réjouissant au départ, mais pataugeant sur la fin.


couleur  -  2h25  -  scope 1:2.39


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