jeudi 22 mars 2018

LES ARDENNES , film de Robin Pront (2015)




Kenny &  Sylvie, à Anvers
Cette production belgo/néerlandaise  est le premier long métrage d'un  jeune réalisateur flamand, Robin Pront, âgé d'une trentaine d'années et  bercé au cinéma des frères Coen, mais aussi de Martin Scorcese, Spike Lee, ou Woody Allen. Un film basé sur une pièce de théâtre de Jeroen Perceval, coscénariste du film avec Pront et également un des acteurs principaux du film. Notons d'ailleurs que le cinéma belge se fait remarquer ces dernières années avec quelques toiles marquées d'un non conformisme qu'on ne trouve plus guère à Hollywood, pas plus qu'en France d'ailleurs, citons "Bullhead", "Belgica", "La merditude des choses", "Tueurs", "Angle mort"…
Tout commence dans une ambiance de  drame familial sur fond de misère sociale : avec la sortie de prison de Kenny après 4 ans passés derrière les barreaux suite à un braquage en compagnie de  son frangin (Dave, joué par Jeroen Perceval), un Kenny dont on devine vite tout le potentiel de violence  et de rage (joué par l’inquiétant  Kevin Janssens, une vraie "gueule", vu également dans "Tueurs" ou "Revenge" de Coralie Fargeat).
Derrière l'amour fraternel (il n'a pas dénoncé son frère, et celui-ci est venu le visiter toutes les semaines)  on comprend vite qu'il va y avoir un lézard puisque Dave s'est maqué entre temps avec Sylvie,  la nana du Kenny, et qu'ils ont tous les 2 décroché (de la came pour elle, de la bibine  et des plans foireux pour lui), elle est même enceinte et ils rêvent d'un petit pavillon et de tranquillité "je rêve d'une vie banale"  dit -elle. Un beau personnage et une belle composition de Veerle Baetens  ("Alabama Monroe""Des nouvelles de la planète Mars"), fragile et forte à la fois, voire la scène du groupe de paroles devant lequel elle raconte son combat contre la drogue. Mais le retour du frangin va briser ces beaux projets, d'autant que craignant - à juste titre - sa réaction, les tourtereaux décident de lui cacher la chose. Mais il n'est pas né de la dernière pluie et flaire vite le pot aux roses....Dès lors on se dit que tout ça va très très  mal se terminer.
Dans les Ardennes, Stef au premier plan
Effectivement, le passé de Kenny le rattrape et il s'embrouille avec un caïd local (dure scène de bagarre dans une laverie de voitures)  qu'il va buter par accident (dit-il) et demander l'aide de son frangin pour planquer le corps dans les Ardennes, où ils allaient en famille quand ils étaient gosses, avec l'aide de Stef, ancien codétenu de Kenny, qui y vit en marginal en compagnie d'un colosse travesti… C'est dans ces forêts sombres que tout va partir en sucette, en chair à saucisses plutôt… Mais  je ne vais pas plus loin pour ne pas dévoiler le final.
Beaucoup de choses intéressantes dans ce film, avec une première partie à Anvers, grise et désespérante. Cité, petits boulots, trafics:  on pense à du Ken Loach, mais là sans aucun espoir de s'en tirer, avec une violence qui ne demande qu'à exploser (le repas de Noël en famille avec la mère et Sylvie, plus glauque que festif)  puis, pour le final en thriller dans les Ardennes, on pense au Fargo des Coen et à Tarantino ; avec de belles images comme ce plan ou Dave court éperdument dans la foret lugubre (à la limite du gothique, on imagine bien un loup garou ou un vampire à ses trousses) et un humour (très) noir aussi avec le personnage du  travesti ou encore l'attaque d'une bande d'autruches évadées d'un élevage..("Plus jamais je tournerai avec des autruches c'est trop con" assure Pront).
Il y a longtemps que je n'avais pas vu un truc aussi noir, d'une telle violence viscérale, crasseux, sulfureux et désespéré ; jouissif mais à ne pas voir en cas de dépression ou si vous  pleurez toujours en regardant pour la trentième fois "Coup de foudre à Nothing Hill"...
ROCKIN-JL

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