mercredi 6 septembre 2017

GUITAR SHORTY "Watch Your Back" (avril 2004), by Bruno




     Guitar Shorty réalise avec « Watch your back » un de ses albums les plus durs, et par la même occasion, peut-être son meilleur. Un véritable panier chargé de Blues fiévreux, crus, lourds et puissants, d'approche moderne, qui ne renie par pour autant ses origines issues du Texas et de Chicago. Seulement dix titres, et pas de déchet.



     David William Kearney, alias Guitar Shorty, est né le 8 septembre 1939 (à Houston, Texas) et enregistre pour la première fois en 1957, à Chicago, sur le label Cobra. Avec pas moins que le célèbre Otis Rush en accompagnement, grâce à Willie Dixon qui le remarque lors d'une prestation en Floride.

Dans sa longue carrière, il a l'opportunité d'accompagner des célébrités telles que Ray Charles, Sam Cooke,Little Milton, Otis Rush, B.B King, Johnny Copeland, T-Bone Walker, et Lowell Fulson
Il apprend beaucoup auprès d'un de ses héros, Guitar Slim, lorsqu'il part en tournée avec lui pour ouvrir ses shows. En s'inspirant des prestations de ce dernier, il rend ses concerts plus énergiques et physiques. Ce qui permet d'accroître sa popularité. Précédé de sa réputation, un label californien (Pull Records) lui fait enregistrer trois nouveaux 45 tours.

Selon ses propres dires, il aurait influencé Jimi Hendrix. Pas impossible sachant qu'aux débuts des années 60, il épouse la demi-sœur du grand Jimi, Marsha. Et le jeune James Marshall assistait parfois à ses concerts. Toujours d'après lui, Jimi lui aurait avoué avoir mis le feu à sa guitare parce qu'il ne pouvait pas exécuter comme lui des sauts arrière.
Il avance aussi cet ascendant au sujet de Buddy Guy. Les similitudes avec ce dernier sont, à certains moments, évidentes, notamment lors des soli, précisément sur les bends et le vibrato. Sa technique paraît d'ailleurs plus étendue. 

Toutefois, en dépit de sa réputation scénique (1), sa propre carrière discographique ne démarre pas. En 1971, il doit se résoudre à descendre en Californie pour travailler la journée en tant que mécanicien. Ce n'est qu'en 1975 qu'il peut commencer à vivre pleinement en qualité de musicien. Cependant, ce n'est qu'en 1989 qu'il enregistre, enfin, un premier long-player : « On the Rampage ». Malheureusement sur un obscur label, Olive Branch Records.
Enfin, en 1991, il est récompensé de sa pugnacité. Son album "My Way or the Highway", enregistré avec Otis Grand et son orchestre (sur JSP Records) est récompensé d'un Blues Music Award dans la catégorie du "meilleur disque de Blues contemporain".
Désormais, à 52 ans, sa carrière est bien lancée. Les six galettes suivantes reçoivent toute un accueil favorable. Guitar Shorty est dans la place

     Cet opus réalisé en 2004, sur Alligator Records, marque un nouveau tournant qui ne sera pas apprécié par tous. Notamment par les puristes. Si son Blues est canalisé, il n'a alors jamais été aussi explosif, chargé de distorsion, de wah-wah, flirtant sans vergogne avec le Blues-rock, jusqu'à guincher sans complexe avec le Heavy-rock. Une direction musicale plutôt étonnante de la part du label de Bruce Iglaeur ; à l'écoute, on s'attendrait bien plus à une production issue de Provogue, de feu-Blues Bureau International ou encore de Grooveyard Records. Si certains vont lui tourner le dos, d'autres vont sérieusement s'intéresser à son cas. En fait, sa production sur Alligator va élargir son audience.

     Jesse Harms, présent en qualité de claviériste, de producteur, et composant plus de la moitié des chansons, y est certainement pour quelque chose. En effet, car Jesse Harms n'est autre que le vieux compagnon de route de Sammy Hagar (depuis 1984 avec l'album "V.O.A."). Il est aussi membre des Waboritas, le groupe festif du même Sammy Hagar (depuis l'album "Red Voodoo"). On le retrouve aussi sur « Eat 'Em and Smile» de David Lee Roth. Une sérieuse carte de visite mais qui cependant n'inspire pas confiance aux puristes.
Et pour enfoncer le clou, et faire fuir par la même occasion les derniers courageux pointilleux, on retrouve également à la guitare rythmique, Vic Johnson, le guitariste des Waboritas. En connaissance de cause, on ne sera donc guère surpris de retrouver dans l'ensemble le son de ces Waboritas tel qu'il est présenté sur " Not 4 Sale" et "Livin' It Up!"
Cette sonorité héritée donc d'une frange Heavy-rock (qui elle-même a copieusement puisé dans l'héritage musical afro-américain) se marie parfaitement avec le jeu très énergique et ardent de Guitar Shorty. D'autant plus que le groupe ne donne à aucun moment l'impression d'un ramassis de "faire valoir"  en s'impliquant avec ferveur.

     "Watch Your Backc'est du Blues urbain, copieusement électrisé, avec les potards à donf ! L'opus le plus dur de Guitar Shorty
On pourrait lui reprocher de ne pas vraiment faire dans la dentelle, mais son plaisir, c'est de faire rugir sa gratte. A croire qu'il l'empoigne de toutes ses forces lorsqu'il joue ses bends vertigineux, qu'il comprime son manche jusqu'à en incruster les cordes que l'on imagine d'un tirant confortable pour résister à la tension.
"If it's too loud, you're too old" clamait haut et fort l'autre excité fort en gueule de Detroit. Suivant cet adage, Shorty ne paraît pas son âge. Car quelle énergie ! Quel son ! Jamais on ne croirait que ce gars affichait au compteur 63 ans au moment de la sortie de ce disque.

     Shorty joue sur des guitares G & L (2) et possède un son puissant rappelant beaucoup celui qu'utilise Buddy Guy depuis les années 90 (avec moins d'aigus), également dans la tonalité et le toucher à la wah-wah. Un chant proche de celui de John Mayall avec toutefois un brin de virilité d'âpreté supplémentaire. Elle déclame plus qu'elle ne chante, pêchant parfois par une certaine monotonie. Par contre, malheureusement, elle trahit le poids de l'âge lorsqu'elle tente de monter en puissance, se brisant presque. 

     Guitar Shorty réitérera la recette, avec un groupe différent, pour l'album suivant, "We The People", pour un résultat encore de qualité, bien qu'inférieur et moins homogène. Des similitudes qui en font pratiquement un frère jumeau. Un poil moins Heavy, mais dans l'ensemble plus rêche. Peut-être que Jesse Harms a laissé de profondes traces, d'autant plus qu'on le trouve encore sur trois titres de l'album (les dernières pièces des sessions de 2004 ?). 
En fait, probablement enchanté par les résultats de sa collaboration avec des musiciens plus jeunes et issus du milieu Rock, il renouvelle l'expérience de la collaboration avec une personne extérieure au monde du Blues. Cette fois-ci c'est Jerry "Wyzard" Seay qui s'y colle. L'indéboulonnable bassiste de Mother's Finest. Néanmoins, pour ce dernier, plus de reprises au menu, mais aussi, Guitar Shorty revient timidement à la composition. "We The People" bénéficiera d'un accueil pratiquement équivalent.

P.S. : Il reçu un « Blues music Awards » pour le meilleur album en 1991, et un deuxième en 2007 avec "We the People"
"Watch Your Back" se pointe à la onzième place du Billboard dans la catégorie "Blues".

Track listing


  1. "Old School" (Jesse Harms) — 3:59
  2. "Story of My Life" (Jesse Harms, Truitt) — 3:13
  3. "I'm Gonna Leave You" (Truitt) — 5:44
  4. "What She Don't Know" (Truitt) — 3:16
  5. "I've been Working" (Van Morrison) — 4:33
  6. "Get Busy" (Jesse Harms) — 3:41
  7. "Let My Guitar Do the Talking" (J.Harms, O'Keefe) — 4:50
  8. "It Ain't the Fall That Kills You" (J. Harms) — 4:04
  9. "Right Tool for the Job" (Truitt) — 3:44






(2) Outre les sauts arrières, on raconte aussi qu'on l'aurait vu jouer de la guitare la tête en bas, en se tenant sur sa tête.
(1) Marque créée en 1979 par messieurs Leo Fender et George Fullerton. Tous deux responsables de la création en 1946 de la société Fender qui dès ses premières années d'activités gagna rapidement en popularité grâce à une série d'amplificateurs pour guitare. C'est la série des "Woodies" habillés de tweed (un tissu autrefois utilisé pour les bagages), avec les premiers Deluxe et Princeton. Suivit d'une amélioration en 1948 et du premier Champion. Evidemment, la firme décolle avec ses guitares solid-body qui allaient à tout jamais changer la face de la musique. Avec d'abord l'Esquire commercialisée en 1950 (créée en 1949), puis avec la Broadcaster en 1951 - prestement rebaptisée Telecaster -, et bien sûr la célébrissime Stratocaster en 1954. Sans omettre la fameuse Fender Bass Precision dès 1951.
Malgré un certain succès commercial, Leo Fender vendit ses parts. Son médecin lui diagnostiquant un cancer, il préfère se retirer (tout en restant toutefois en tant que consultant - c'est tout de même son bébé, avec George -). Il vend ses parts pour une somme faramineuse pour l'époque. Au bout de quelques années, alors qu'aucun cancer ne s'est réellement déclaré, il crée une nouvelle entreprise : Music Man. Une marque qui restera surtout connue pour la StingRay Bass (utilisée par Tom Hamilton, Flea, Guy Pratt, Tony Levin, John Myung) et quelques amplis combo stéréo.
Enfin, en 1979, il quitte Music Man pour fonder G & L avec ses anciens associés de la première heure, George Fullerton et Dale Hyatt. Avec pour but d'innover tout en gardant en mémoire l'héritage des années glorieuses de Fender Musical Instruments Corporation.




🎶

6 commentaires:

  1. gege_blues6/9/17 08:58

    Excellent en effet, comme "Bare Knuckle" l'album qui m'a fait découvrir Guitar Skorty.

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  2. gege_blues6/9/17 09:00

    Shorty bien sur

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  3. J'ai comme GEGE découvert ce guitariste avec "Bare Knuckle" mais ce "Watch your back" est mon préféré. Outre Buddy Guy , on pourrait aussi citer Albert Collins pour les influences.

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    1. Pour Albert Collins, je dirais alors plutôt pour la précédente décennie où, effectivement, l'on retrouve quelques pièces bien funky dans le style du défunt Texan.

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  4. J'ai Wee the people, pas écouté depuis longtemps. Un poil trop rugueux pour moi, qui suis un esthète et une âme délicate.

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    1. Le son général de "Watch Your Back" est plus rond et moins abrasif que celui de "We The People". Mais bon, il est vrai que la sonorité de la gratte de Shorty est assez agressive. Parfois même de quoi irriter les tympans.

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