mardi 16 mai 2017

BACK ROADS "II" (mai 2017), by Bruno



     Lyon, ancienne capitale des Gaules, et aussi d'après la presse, un temps nouvelle capitale du Rock à la fin des années 70. Elle pourrait à nouveau se distinguer par une scène Rock vivace et combative ; et pas seulement par l’événement historique du scrutin du premier tour des présidentielles avec l'étonnant zéro "vote blanc"

     En 2014, ces lyonnais avaient déjà séduit avec un album mature et riche, inscrit dans la continuité d'un Heavy-rock érigé par les éternels Led Zeppelin et Thin Lizzy, et entretenu par les Gov't Mule, UFO, Soul Doctor, Great-White, Screamin' Cheetah Wheelies, Black Star Riders, etc, etc. 
Cette année, précisément ce mois-ci, arrive leur second essai. Alors ? Confirmation ? Continuité ? Oui. Continuité et confirmation, et certainement pas un "copier-coller" du précédent. Et puis non, ce n'est pas vraiment une confirmation dans le sens où ce "II" se révèle être d'un niveau supérieur.

     Le collectif prend toujours soin de fournir un visuel agréable et accrocheur à la présentation du packaging (emballage) de leur CD. Cette fois-ci, elle s'inscrit dans la tradition des belles pochettes de Rock progressif des 70's, notamment celles dessinées par Roger Dean. Néanmoins en récréant une atmosphère bien moins lumineuse ce celles de ce dernier. Ici, le graphisme de la pochette paraît retranscrire une atmosphère mystérieuse et inquiétante, et hors du temps. Peut-être un lieu épargné où l'homme n'a pas encore laissé sa terrible trace destructrice. Un dessin qui pourrait être une référence, ou un hommage à la saga du "Fleuve de l'éternité" de Philip José Farmer. A l'heure où les principaux intéressés ne cessent de se plaindre du téléchargement, il est logique de proposer un objet agréable à la vue. 
Une volonté à saluer, d'autant plus pour un groupe qui doit malheureusement se résoudre à s'auto-produire pour pouvoir enregistrer. Pas facile d'évoluer dans un monde où les infrastructures artistiques préfèrent ménager leurs peines, et leurs fonds financiers, pour se concentrer sur de la télé-réalité et produire (ou exploiter) de jeunes recrues mues avant tout par une certaine avidité de notoriété, même éphémère.

     La troupe est sur les dents ; elle en a marre de devoir ronger son frein. Cela fait déjà un petit bout de temps que le 1er essai a été réalisé, et le quintet doit avoir plus que hâte de présenter son nouveau matériel. De prouver que la réussite du premier n'était pas un coup de chance. Et le temps passe si vite. Serait-ce la raison pour laquelle ce nouvel essai débute par le bien nommé « Frenetic Traffic » ? Un morceau qui déboule telle une avalanche. Un trop plein d'énergie que l'on peut enfin libérer dans une extase régénératrice. C'est franchement échevelé. Un tempo élevé porté par la basse et la batterie sur lequel les guitares tissent leurs riffs (d'abord acrobatiques puis plus coulés – avant de risquer la tendinite -). Une bonne et cinglante entrée en matière qui pourrait néanmoins faire craindre que le groupe se cantonnerait désormais à un Heavy-Metal typé Iron-Maiden, Krokus, Battle Axe et consorts. Ou plutôt un mélange des trois.
Retour au calme – tout est relatif – avec un « Lot Lizard » à la rythmique syncopée, au riff riche et croustillant, aux racines bluesy, fait de liés, de notes glissées et de cordes à vide, entre un Southern-rock bien velu et Whitesnake.

« Dancing with the Devil » est béni par un riff accrocheur et savoureux ; de ceux qui se suffiraient à eux-même, que l'on prend plaisir à jouer sur sa guitare. L'autre frappa-dingue de Détroit, le Motor City Madman, aurait pris grand plaisir à en faire sien. Celui de « Put You on Hold », d'apparence plus fenderien (tonalité proche de celle du micro simple, voire d'un P90, avec le croustillant de l'aulne ou du frêne) est du même tonneau. 

     Mais que l'on ne s'y trompe pas : lorsque l'on met en avant un riff particulier de Back Roads, cela ne signifie pas que le quintet assoit une chanson sur un unique gros riff répétitif. Jamais il ne peut se contenter d'un seul, ou même d'un unique plan rythmique pour ses chansons. Il faut que ça bouge. Que ça soit évolutif, changeant. Sans aller jusqu'au déraisonnable, à alambiquer le propos jusqu'à en être verbeux. Et sans chercher à pactiser avec le progressif. Certes, pour pondre une telle musique, il y a un certain travail intellectuel, néanmoins cela demeure toujours foncièrement organique. C'est du Heavy-rock qui a gardé la mentalité Rock'n'Roll. Chaque morceau vit, se plaît à changer de parures sans changer de tons, de couleurs. Pas de cassure brutale grévant la cohésion, au point où une oreille distraite pourrait ne pas discerner nombre de changements. Ça reste toujours concis.
Même « Trouble Hotel », d'obédience plus lourde - sans avoir le pesant d'un Black Sabbath - du genre proto-Heavy-Metal (Granicus, Leafhound, Budgie), d'apparence primaire, ne peut se résoudre à végéter – ici même à s'enliser -. Au contraire, il évolue en s'extirpant lentement pour finalement se raccrocher aux berges d'un Heavy-rock 70's lumineux (où un riff à la couleur franchement « Bad Co » s'immisce, comme pour un hommage).
 "Into the Swamp" remet les gaz et dépasse allègrement les limitations de vitesses, aveuglant les radars impitoyables dans un nuage toxique et corrosif. Une pièce qui nous renvoie au bon souvenir de Riot, celui des "Narita", "Fire Down Under" et "Restless Breed".

Plus surprenant, « Free Fall » propose de goutter aux joies d'un Funk en mode Heavy, à la croisée des chemins de deux monde : celui de Trapeze et celui de Mother's Finest. Groovy, délectable, percutant et vif. 

Serait-ce parce que Nicolas Ammollo ne goutte pas particulièrement au heavy-funk de « Free Fall » qu'il déboule comme un forcené sur « Duel to the Death » ? Probablement pas. Cependant, ce pourrait être le cas tant il paraît alors sous l'emprise d'abus de caféine et d'autres expédients, semblant s'évertuer à éventrer les peaux de ses toms et de sa caisse claire. On ne le tient plus ! En dépit de quelques lignes de slide, « Duel to the Death » fait dans le Heavy-Metal. Approprié car le sujet est un regard désabusé, pessimiste sur l'involution de la société humaine. Un processus qui semble aujourd'hui difficilement réversible.

Avec « Stop, Blow Hot and Cold », Sylvaine en a gros sur la patate et crache son exaspération des mecs malsains, des lâches égoïstes qui s'incrustent. Des parasites pourrissant l'existence. «  … by dint of tears and prayers, the same story begins again. After hundred tears and flowers, I opened my door and you put a chain. … Sometimes so sweet, sometimes so sour … you crash my heart, you make a mess, betrayer. You'd better cath another girl ». Une pièce mordante, qui, suivant les mouvements, se complaît tantôt dans un environnement propre à Led Zeppelin (le riff principal et d'intro, totalement pagien), tantôt dans un propre à AC/DC (avec les chœurs des adeptes du divin nectar de houblon. On croirait même entendre une Gibson SG dès lors que les guitares accélèrent le tempo).

     Est-ce une volonté ? Ou bien seulement la sensation, forcément subjective de l'auditeur, mais ce « Back Roads » seconde salve semble faire partie de ces groupes qui ne craignent pas de placer un de leurs meilleurs titres en clôture. A moins que la raison soit tout simplement qu'il n'y ait pas eu de morceau bâclé – ou mal aimé, délaissé -, enregistré à la hâte pour combler ou charger un disque. A moins que le groupe, lui, n'était pas totalement convaincu de sa valeur. Quoi qu'il en soit, certains mouvements de ce « The Ships of Fools » me filent des frissons (pourtant, je ne suis plus un jeunot qui découvre le Rock, s'extasiant facilement à la moindre écoute d'une pièce accrocheuse). Dès l'intro, avec son arpège qui laisse résonner les cordes à vides (façon Led Zep ou Black Sabbath de "Fluff" et "She's Gone"), enrobé d'une très légère overdrive, et la plainte de Sylvaine, on sent qu'il se passe quelque chose. « Madness roars across the universe. Brightness the blue ship spins across the emptiness ». 
Alors que l'on croit être invité à une incantation d'un Heavy-psychédélique, il surgit, dans un déferlement de toms et de power-chords sursaturés, un riff funky, sec, tendu et nerveux. Un riff sur lequel Sylvaine calque, avec morgue et colère retenue, un chant qui claque comme un fouet. Le bassiste Frank Montreux apporte de la profondeur en s'accaparant quelques plages pour poser sa voix sourde et sombre, chargée de regrets. « We wander in the world, so lonely and scared, like a herd of lost birds ». Il y a une substance épique sur ce "Ships of Fools". Final en beauté ? Je veux ! Rock'n'Roll !!! 🙌🙌🙌

     Devant la fluidité, la maîtrise irréprochable et une certaine complexité des lignes de guitares, on ne s'étonnera pas que Fabrice Dutour, le compositeur, intervient dans la très bonne revue de guitare, Guitar Xtreme. Avec clarté, il décortique des plans qui, à le voir, semblent toujours faciles d'accès. Et le collègue, Christophe Oliveres, n'est pas en reste.
En prêtant attention aux paroles - disponibles dans le livret - on remarque que Sylvaine a fait un réel travail d'écriture pour donner un sens aux chansons, et surtout pour éviter les thèmes et les paroles récurrentes au genre. Ainsi, elle occulte les propos machistes qui sont, hélas, bien trop présentes dans le milieu.  

     A mon sens, cet album monte progressivement en intensité. Non pas par la dureté et le tempo des morceaux – ce serait presque l'inverse -, mais par leur qualité et leur pertinence. Quarté gagnant, dans le désordre, avec le final "Free Fall", "Duel to the Death", "Stop, Blow hot and cold" et "The Ships of Fools". C'est évidemment totalement subjectif.
 Suite au premier essai, on avait dit que le groupe en avait sous la pédale. Ce que corrobore ce nouveau disque. Et tout laisse à croire, qu'il n'a pas tout dit, qu'il est loin d'avoir atteint ses limites.
     Tout comme le précédent, c'est au fil des écoutes que l'on découvre ce disque. Et pareillement, il n'y ait aucun déchet, aucune pièce apportée pour charger le disque. Même si, bien naturellement, certains pourraient y déceler ce qu'ils jugeraient comme un maillon faible. Mais qu'est-ce que cela signifierait quand tout est à un certain niveau d'exigence et d'indéniable qualité ? On a juste nos préférences. Point.
Ce "Back Roads II" s'apprécie à un niveau de volume plutôt confortable, ou au casque. Comme le précédent, difficile de cerner la musique à l'aide de quelques références musicales diverses, tant il est évident qu'il est le fruit d'une mixture longuement mijotée (dans un chaudron celtique : Lugdunum, capitale des Gaules) d'une multitude de groupes (d'autant plus, que Dutour semble avoir une culture musicale assez étendue). Si les fondamentaux sont issus du Classic-rock et du Heavy-rock des 70's, on pourrait aussi bien mentionner une foule de groupes du XXIème siècle (allant du Southern Rock au Heavy-rock) pour qui cette décennie demeure une période de référence (quasi dans la continuité des Black Star Riders, Thunder, Dead Daisies, Buffalo Summer et Snakecharmer). 


Nicolas Ammollo : Batterie, chœurs
Sylvaine Deschamps-Garcia : Chant. Auteur
Fabrice Dutour : Guitares lead, rythmique et acoustique. Compositeur
Franck Montreux : Basse, chœurs et chant
Christophe Oliveres : Guitares lead, rythmique et slide



🎶
Le premier album (clic/lien →) : "BACK ROADS" (2014)

4 commentaires:

  1. Pas mal du tout. Gros son. Le batteur mériterait d'autres cymbales....

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    1. Tu as raison. Je pense qu'elles sont perdues dans le mix, car en écoutant l'extrait live de "Lot Lizard"
      (j'l'avais pas encore fait) on découvre alors qu'elles y sont bien plus présentes (mais peut-être pas suffisamment pour une oreille experte de batteur).

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  2. Je suis revenu, avec des plumes en moins du cul
    mais me revoilou.
    Arf'

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  3. La pochette est une franche réussite. Je n'ai pas remarqué instantanément que les 2 cascades formaient le II. Vraiment bien vue.

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