mercredi 1 mars 2017

My DYNAMITE "Otherside" (février 2017), by Bruno



     Je me souviens de cet été où je prenais un malin plaisir à passer le premier opus des Black-Crowes en attendant les réactions qui ne manquaient pas, évidemment, de faire la confusion avec les Rolling Stones. Parfois, on me demandait même de quel Stones il s'agissait 😊. Aujourd'hui, plus de vingt-cinq ans plus tard, si l'on passe subrepticement cet "Otherside", c'est le nom des Black Crowes qui émergera de lèvres interrogatrices ou confiantes.
Cyniquement, on pourrait même avancer que l'on a là le meilleur des frères Robinson. Quelque chose coincée entre la fougue de "Shake Your Moneymaker", la flamboyance de "By Your Side" et l'assurance de "Before the Frost... Until the Freeze". De qoi rendre jaloux ou admiratif les frères Robinson.. Et qui sait, peut-être de quoi leur donner envie de renouer avec leur passé glorieux.
Mais pas de quoi attenter un procès, car si l'affiliation paraît évidente, il n'est nullement question de plagiat. C'est simplement que "Otherside" cultive un jardin semblable dont le terreau est fait des Faces, Rolling Stones, Pot Liquor, Humble Pie, Wilson Pickett, Juicy Lucy, Led Zeppelin, Otis Redding, Eric Quincy Tate, voire de Lynyrd Skynrd. Et, juste pour mentionner quelque chose de nettement plus récent, des Sheepdogs.

Le groupe au complet avec choristes, ou copines. 

     Oui, je sais. On avait déjà dit ça pour leur premier et bon opus éponyme de 2012. Mais là, le groupe enfonce le clou ! Déjà en allant parfois se pavaner fièrement sur des terres Country-rock, dans un style plutôt proche du groupe d'Atlanta. Mais, comme si cela ne suffisait pas, le quintet est passé en sextet avec le recrutement d'un clavier. Et, évidemment, le jeu évoque irrésistiblement celui de feu-Eddie Harsh (1). Ce qui n'est pas une mince comparaison, Eddie ayant toujours su apporter sa pierre à l'édifice. Avec une certaine discrétion et humilité, mais toujours avec pertinence. Ici, ce Mick Cooper semble avait bien retenu la leçon et apporte richesses et couleurs sans jamais ébranler l'ensemble. Cependant, le jeu de Cooper est plus honky-tonk et en conséquence, dans le jeu des références, il serait plus juste de citer Ian McLagan ; précisément époque Faces.
Précédemment, il y avait bien eu le concours d'Andy Burns sur des chansons, mais il fallait vraiment être très attentif pour parvenir à déceler quelques notes.

     En aparté, notons qu'il semble que les claviers ait le vent en poupe ; qu'il y ait une tendance en développement qui consiste à intégrer des claviers au Rock actuel. Plus particulièrement au Heavy-rock et affiliés. Non plus comme un accessoire bien occasionnel mais bien comme une part intégrante. Ainsi les Spiritual Beggars, Blackberry Smoke et Rival Sons ont embauché un claviériste, Blues Pills en a incorporé des parties sur sa dernière galette. Même le dernier Glenn Hughes , "Resonate", pourtant assez brutal, laisse le champ libre à l'orgue Hohner D6 de Lachy Doley.

     Ce nouvel élément permet au combo d'élargir son horizon sans se compromettre. Sans abandonner tout ce que l'on retrouvait sur le premier essai. Disons que c'est moins "toutes guitares en avant", que la musique est à la fois plus travaillée et plus roots. Plus rurale. ainsi, les références telles que celles des Humble Pie, Led Zeppelin et Aerosmith, si elles demeurent, elles sont dorénavant nettement en retraits. Là, il n'y a pas à tortiller du cul, ce sont bien les Black Crowes qui nous viennent immanquablement à l'esprit. Au moins à partir de la deuxième piste ("Witch Hat"). Et comme pour le précédent, nul plagiat. My Dynamite a bien suffisamment digéré ses influences pour savoir créer sa propre musique, sans que jamais cela ne sonne comme une copie ; même bien camouflée.
Oh, la belle James Trussart

     Certes, on pourra toujours leur reprocher de s'être trop inspiré des Black Crowes, et certains ne se sont d'ailleurs pas gênés pour s'empresser de descendre en flèche cet album - c'est leur droit -. Mais bon, s'il fallait vilipender tous les groupes et artistes qui ont basé leur travail sur celui d'autrui, la liste serait longue et interminable.
Maintenant, il faut bien concéder que Pat Carmondy a probablement dû apprendre à chanter en écoutant en boucle l'intégralité de la discographie de Chris Robinson. Même si, comme déjà dit précédemment, Carmondy maîtrise mieux les effets vocaux, et est bien plus en osmose avec l'orchestre que Robinson.

     Pour on ne sait qu'elles raisons, My Dynamite a attendu cinq ans pour sortir un second disque. Cinq années, c'est long. Très long pour un jeune groupe. Bien assez long pour disparaître à jamais. Pourtant, les membres sont toujours les mêmes, à l'exception bien sûr de la nouvelle recrue. Enfin, quoi qu'il en soit, cette nouvelle cuvée est franchement réussie. Le groupe a mûri, s'est amélioré, est devenu plus fin sans perdre de sa verve.
Pourtant, à la première écoute, l'album peut sembler relativement terne, surtout en comparaison d'un départ plutôt brûlant et pugnace. C'est que plutôt de se contenter de faire rugir les guitares, de balancer des gros riffs gras, le sextet a préféré mettre l'accent sur la composition. C'est-à-dire que ce qui fait ici la force des chansons, c'est avant tout un travail fouillé et accompli d'écriture. Non pas dans un sens proprement dit "progressif" mais bien dans l'optique de grands groupes de classic-rock dont les morceaux évoluaient au fur et à mesures. Pas nécessairement alambiqué, mais un simple développement avec différentes parties, bien liées et totalement parentes. Les breaks ne sont jamais abruptes ou tranchants. Les progressions et les changements sont effectués avec une fluidité permettant de faire vivre le morceau, de le faire évoluer  sans le brusquer, sans changer de visage. Parfois un peu comme si l'on modifiait les couleurs d'un même tableau.

     Par exemple, si l'on prend le cas de "Love Revolution", sur le premier mouvement la chanson a l'arrogance de ne s'appuyer que sur deux accords qui se prélassent sur un tempo lent. Rapidement, l'orgue (du genre Fender Rhodes) étoffe avec délicatesse la partition. Une sympathique ballade presque bucolique. Puis les guitares extrapolent, rajoutent un accord, et quelques ornementations. Et ensuite ça vire bien Rock, Heavy, en gardant pourtant le même rythme. Juste en plaquant plus fermement les accords, en appuyant plus sur les cordes, en jouant du potentiomètre de volume (et probablement d'une pédale d'une douce overdrive), en cognant plus sèchement les peaux et en s'éraillant les cordes vocales, sans hurler ni piaffer.
Outre le son, il y a d'ailleurs là une aura foncièrement Zeppelienne, en sachant exploiter les silences, et laisser vibrer et vivre les instruments, en évitant soigneusement le fouillis sonore. Fait que l'on peut aussi attribuer à Humble Pie.
Un peu dans le même genre, il y a "Otherside", probablement le grand titre de l'album. Une composition faussement orgueilleuse, proche des Rolling Stones de l'époque de "Let it Bleed" et de "Sticky Fingers" avec néanmoins plus de mordant. Et avec quelques similitudes avec le "Gone" (le côté un peu bordélique en moins) du groupe d'Atlanta (issu du cd "Armorica") . Les deux grattes s'imbriquent, se soutiennent, se séparent puis s’enlacent, comme dans une chorégraphie moderne, à la fois énergique et harmonieuse. Après le solo, les instruments font corps, s'accélèrent et durcissent le tempo. L'orchestre trace alors la route, engoncé dans une Ford Mustang GT 350 décapotable avec deux choristes sur les genoux, ne recherchant que l'ivresse du vent dans les cheveux (ou plutôt de la crinière).

     Pourtant, le disque débute sur un rythme belliqueux qui électrise les marécages. "Bound the End", avec son piano honky-tonk et sa slide, invite les fantômes errants et autres swamp-thing a se joindrent aux humains, le temps d'un soir, dans un juke-joint miteux pour danser et boire au rythme d'un Heavy-boogie rock festif et braillard. Un truc qui pourrait sortir du "Done With Mirrors" d'Aerosmtih (une mixture de "She's on Fire" et de "Let the Music do the Talking", le piano en sus).
Dans le genre brutal (un bien grand mot ici), "Motor Talkin'" pourrait lui un titre perdu de "The Southern Harmony and Musical Companion". Un gros Heavy-boogie avec une wah-wah défectueuse, dont l'actionnement bruyant du potard ressemble à un didgeridoo ivre, soufflant ses notes dans l'eau. Bizarre ...
Toujours du Heavy-boogie, Hard-blues même avec "State We're In". Ça flanque des coup de lattes à droite et à gauche. C'est plutôt bon bien qu'assez conventionnel. Un bon solo nerveux et le piano l'extirpent d'un état passable. Dommage que le final, aux fières allures d'Humble Pie, ne se développe et ne perdure pas.
Par contre "Witch Hat" est plus roots et bien plus sincèrement honky-tonk grâce au piano qui s'ébroue dans un pur style d'un Ian McLagan (époque Faces, donc), avec un petit parfum de bibine frelatée. L'ambiance est à la fête, des ondes positives et régénérantes irradient de cette fringante composition.

     De belles pièces chiadées - mais aucunement pompeuses - de Classic-rock qui sent la campagne, du Heavy-rock estampillés 70's et, du Country-rock. Enfin, dans le style des Stones et donc, forcément par filiation, des frères Robinson. On en sort pas, au contraire. Ainsi, si "So Familiar" semble suivre le même chemin que "Witch Hat", dès que la pedal steel entre en scène, on se retrouve dans la maison de Gram Parsons. Heureusement, sans crin-crin ni banjo, et en dépit de cette pedal steel stéréotypée et larmoyante, on évite un conformisme lénifiant.
On danse le lay low ou le Line Dance en santiago et stetson sur "Can't Tell Lies". Rien de bien folichon, ça sonne comme du Blackberry Smoke en mode Country. C'est rigolo, on marque le rythme du pied et on clame bien haut que l'on ne peut mentir à Jésus. Ça s'étoffe sur la fin, avec accélération et chœurs à l'avenant. Hélas, un peu tard ...

Un peu seul au milieu de ces Country-rock et Heavy-boogie, "Don't Steal the Light" qui clôture le cd, est un retour au calme ; une sobre pièce acoustique, guitare folk, violoncelle et chant, telle que le pratiquaient avec aisance les groupes de Heavy-rock des années 70. On peut d'ailleurs trouver quelques points communs avec le "Sucking on the Sweet Wine" d'Humble Pie.

     Bon, c'est certain, le nom des Black Crowes va forcément surgir à l'écoute de ce disque. Et c'est légitime. Ce qui ne l'est pas c'est qu'il risque d'être exposer à l’opprobre et aux crachats. Ce serait alors oublier que les Black Crowes eux-mêmes ont longtemps été accusé de n'être que des charognards se repaissant des restes des Faces, Stones, Mott the Hoople et autres Humble Pie.
De plus, My Dynamite n'est pas aussi bravache que les Corbacs d'Atlanta. Jamais même, au contraire de ces derniers, le combo ne glisse vers des errances psychédéliques ou des improvisations (ou semblant) propres au jam band. Bien que la tonalité de ce cd évolue principalement dans un lieu sacré où les Faces et Black Crowes sont rois, My Dynamite garde en lui cette facette Australienne (les gars sont de Melbourne) qui fait que, généralement, le groupe reste uni, soudé dans un effort commun ; même lors des passages dévolus aux solistes.
     Pour leur premier jet de 2012, on avait avancé que l'on pouvait bien le considérer comme le meilleur disque des corbeaux depuis "By Your Side". "Otherside", bien que moins Rock, bien moins Heavy, est indubitablement un degré au dessus.





On en avait déjà parlé (le premier album) : "My DYNAMITE" (2012) (clic/lien)

(1) Eddie Harsch qui, le 4 novembre 2016, à seulement 59 ans, a rendu l'âme ; à Toronto, dans la ville où il était venu au monde. Eddie qui avait commencé à se faire remarquer en accompagnant James Cotton, et qui a aussi joué (basse et claviers) sur les disques "Life, Love and Leaving" et "Seven Easy Pieces" des Detroit Cobras
Eddie devait rejouer avec les anciens compagnons de route Rich Robinson, Marc Ford et Sven Pipien, mais le destin en a décidé autrement.


y♬

2 commentaires:

  1. Mmouais...Faut pas lire le commentaire et écouter le disque après, on est déçu.

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    1. J'ai également été un peu déçu aux premières écoutes (probablement distraites). Cela me paraissait un peu mou du genou. Certainement parce qu'il n'y a rien de vraiment catchy.
      A mon sens, si l'on apprécie un tant soit peu les Black Crowes, ont doit impérativement aimer cet "Otherside". Sinon, c'est du snobisme.
      Par contre, j'ai constaté qu'en voiture, les "Motor Talkin'", "Bound the End" et "Can't Tell Lies" passaient mal (je zappe). Mais au casque, l'intégralité est un vrai régal.

      Et puis, pas d'gros ou d'enveloppé à la guitare, ce n'est ni redneck, ni rosbeef ; donc, il y a des chances que ça passe.
      Certes, je n'ai pas focalisé sur la batterie, sinon que pas plus tard qu'hier, au sujet de je ne sais plus quel morceau, je me disais que le jeu de cymbales était pertinent : jamais envahissant ni hasardeux, toujours là pour appuyer un changement de tonalité ou introduire un refrain, avec des notes et/ou des frappes différentes. Cependant, je ne suis guère spécialiste en la matière et on me rétorquera peut-être que c'est le b.a.-ba d'un bon batteur.

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