lundi 9 janvier 2017

BARBARA A PANTIN (1981) - par Pat Slade







Le temps d’un concert






En 2017, le 25 novembre exactement, déjà 20 ans que nous quittait la grande dame brune. Je ne voulais pas attendre toutes les commémorations qui vont saluer celle qui restera comme l’interprète la plus emblématique et la plus charismatique de la chanson française. En puisant encore dans mes souvenirs, je vais revenir à l’année 1981 à l’hippodrome de Pantin, un endroit qui servait de cirque à la troupe de Jean Richard et qui plus tard deviendra la salle du Zenith. A partir de 1980, il va accueillir des spectacles musicaux et surtout de rock. Les premiers à avoir inauguré l’endroit capable d’accueillir 3.500 personnes seront l’Allman Brothers Band et Kiss. Mais ce n’est qu'en 1981 que je mettrais les pieds sous le chapiteau jaune et bleu et cela pour une bonne raison, Barbara faisait son retour sur scène depuis son Olympia en 1978, une grande occasion à ne surtout pas manquer.

Devant le gratin de la politique, du show-business et d’un public plutôt rajeuni, celle qui disait que «Le noir est couleur de lumière» me fera ressentir ma plus grande émotion et mon souvenir le plus inoubliable d’une artiste en scène.



«Ce fut un soir en novembre…»






25 représentations sans relâche du 28 octobre au 21 novembre 1981 devant une salle complète de deux milles personnes chaque soir. Barbara aménagera elle-même la salle à sa façon : une moquette rouge et un rideau en velours de la même couleur qui fermait la scène. L’aménagement nécessitant beaucoup de velours, les pompes funèbres furent sollicitées pour en céder. Pour le public, des sièges en plastique assez rudimentaires, mais pour la somme de 85.00 francs (12.96 euros), il ne fallait pas s’attendre à  des fauteuils Chersterfield, surtout que la capacité du chapiteau qui pouvant accueillir 5.000 places, sera ramenée à 2.200, un gain de place appréciable pour ne pas se marcher sur les pieds. Près du chapiteau, deux roulottes prêtées par Jean Richard, Barbara y vivra pendant toute la durée des représentations et ne retournera pas dans sa retraite de Précy sur Marne.


Barbara à Paris, c’était des concerts sans promotion, le bouche à oreille suffisait et la vente des billets s’envolait. Mais le défi était de taille, chanter sous un chapiteau non  loin du périphérique sur les bords du canal de l’Ourcq avec la fraîcheur et l’humidité de l’automne qui annonçait les futures neiges de la fin du mois d’octobre, le public répondrait-il présent ? Pour beaucoup de mauvaise langues, elle courait à un échec cuisant, mais ses détracteurs vont faire grise mine quand cette dernière fera un retour triomphale 3 ans après l’Olympia.

Vêtue d’un pantalon et d’une tunique en velours noir des fois rehaussées d’un poncho en laine, elle commencera ses spectacles à 21h00 tapante, le dernier vêtement qui l’habillera sera les lumières de Jacques Rouveyrollis. Une scène très peu chargée en accessoire, l’indispensable piano noir et le Rocking Chair achetée il y a longtemps lors d’une vente aux enchères. Ses deux compagnons de route, Gérard Daguerre aux synthétiseurs, lui qui a été longtemps le pianiste de Sylvie Vartan et Roland Romanelli à l’accordéon et aussi aux synthétiseurs (Dont il est un des pionniers avec J.M Jarre), il signera aussi les arrangements musicaux.

Et c’est parti pour une soirée sur les ailes d’un ange, un public rajeuni, une intro au synthé déchire le silence et la dame brune apparaît pour entamer son nouveau titre «Regarde» dédié au nouveau président de la république élu François Mitterrand qui viendra discrètement assister au concert de son amie. Un concert de Barbara est une grande messe ou chacun communie avec l’artiste, une histoire d’amour réciproque, fusionnelle, une osmose totale entre elle et ses disciples. On ne tousse pas, on ne se mouche pas, on peut à la rigueur verser une larme sur certaines chansons, mais la ferveur pour Barbara reste une profonde admiration. Hormis les applaudissements, pas de bruit incongrus pendant un morceau, le respect à une artiste qui se fait rare. Ne sachant pas si elle remontera sur une scène une prochaine fois, on profite, on savoure, on s’abreuve jusqu'à plus soif de ses paroles, on photographie son image jusqu’à en vouloir devenir aveugle et la garder comme la dernière qui restera. Pendant 32 titres, même les mouches se sont arrêter de voler pour ne pas faire de bruit.

Tous les grands morceaux y passent : «Perlimpinpin», «Drouot», «L’enfant Laboureur», «Marienbad» pour ne citer que ceux-là, un véritable passage en revue de sa carrière. Le soir du samedi 21 novembre, jour de ma présence, après «Gottingen» qui sonnait le glas de cette rencontre, Barbara revient avec plusieurs feuillets de papier et commence à chanter «Pantin», une chanson spécialement écrite pour célébrer ce rendez-vous. Elle quitte la scène, mais le public refuse de partir et la réclame en chantant «la petite cantate» suivi par «Dit quand reviendras tu ?» chanté en chœur avec l’artiste. Un public qui reprend des titres de Barbara pour l’empêcher de quitter la scène, pour la retenir de force et cette dernière ne se fera pas prier. Revenant saluer son public, un laser rouge en fond de scène inscrit : «Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous». Repartie en coulisse, elle réapparaît les bras remplis de fleurs qu’elle jettera dans le public, dans son public, dans son histoire d’amour.

De ce spectacle sortira un disque avec seulement 23 titres et une vidéo. L’intégrale du spectacle sur CD sortira en 2012.   

Lorsqu’elle disparaîtra le 24 novembre 1997 (Elle disait détester le mois de novembre), c’était toute une période de la chanson française qui s’achevait. Juliette Gréco dira «C’était une personne indispensable, éminemment utile et quelqu’un de gai, d’heureux, de généreux et de joyeux. Elle n’est pas morte, elle s’est absentée.»  

Barbara, la douleur de l'absence.    




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