mercredi 16 septembre 2015

BOOMERANG (1971), by Bruno

    


     Tous ceux qui se sont intéressés de près ou de loin au Rock, et plus particulièrement au Heavy-Rock, des années 60 et 70, connaissent forcément Vanilla Fudge. Ne serait-ce que par l'impact que ce groupe a eu sur nombre de groupes. Surtout ceux qui ont compté dans leurs rangs un claviériste, dont Deep-Purple et Uriah-Heep.
On connait l'énorme carrière dont a bénéficié sa section rythmique, soit les célèbres Carmine Appice et Tim Borgert. Mais qu'est-il advenu du chanteur et claviériste, Mark Stein, après la dissolution du quatuor ?


Mark Stein

      Le combo éclate quelques mois après la sortie de "Rock'n'Roll", le dernier 33 tours de Vanilla Fudge sortie en septembre 1969, qui essayait de rattraper le train qu'il avait contribué à mettre sur les rails, parfois considéré comme leur meilleur. Les deux compères, Carmine et Tim, pas vraiment remis de la claque "Led Zeppelin" (la fameuse tournée commune), voulaient arpenter des lieux nettement plus Blues et Heavy, et partirent donc pour d'autres (tumultueuses) aventures, après un dernier concert le 14 mars 1970. 
Stein ne parvient pas à s'en remettre. Vanilla Fudge était sa raison d'être et il a du mal à appréhender l'avenir sans. A un point tel qu'il refuse l'offre d'Ahmet Ertegün de faire un disque solo. Heureusement, il se ressaisit et forme rapidement un nouveau groupe. Il hésite à monter une nouvelle mouture du Vanilla Fudge, mais se décide finalement à partir sur de nouvelles bases.

     Probablement pour avoir un total contrôle sur ce nouveau projet, il engage des musiciens sans aucune notoriété, sans grande expérience musicale même. Le guitariste, Richard Ramirez, n'aurait alors que 16 ans (!). Tandis que James Galluzi (batterie) et Jo Casmir (basse et chant) sont de parfaits inconnus. 
Ainsi naît BOOMERANG.
Stein n'a pas rompu les ponts, et ainsi on retrouve Phil Basile, le manager de Cactus (le nouveau combo de Borgert & Appice) venu à la rescousse prêter main forte pour les affaires. (Toutefois, Stein dira plus tard que Phil Basile était bien plus concerné par Cactus, cela au détriment de Boomerang
Rapidement, un contrat est conclu avec RCA, et dans la foulée un disque est enregistré et publié dans le courant de l'année 1971.

     Avec ce disque, Mark Stein tourne le dos aux 60's. Bien que les claviers soient toujours présents, ils sont désormais en retrait, et surtout, il n'y a plus une once de psychédélisme.
Il est bien inscrit dans son temps, totalement dans la mouvance des fers de lance des groupes de Heavy-Rock avec claviers. En bref, il suit la traînée de poudre laissée par les récentes sorties des Deep-Purple, Uriah-Heep, Lucifer Friend's, Steppenwolf, Warhorse.


Jo Casmir

     D'entrée, Boomerang oeuvre avec un pur titre de Hard-Rock 70's, avec riff gras et monolithique, nappage d'orgues, batterie lourde et basse volubile, solo de wah-wah (bien dans le temps) et chant agressif. On a vraiment peine à croire que les musiciens ne soient pas de vieux mercenaires, rodés par de longues heures de scène et de studio. Stein savait ce qu'il faisait en embauchant ces inconnus, et puis il devait lui être 
impossible d'embaucher des « bras cassés » après avoir travaillé cinq années avec le tandem mythique de la section, rythmique.

Ensuite, et c'est là que les choses deviennent intéressantes, car au lieu de continuer sur la lancée d'un rock lourd en vogue aux quatre coins de la planète, Boomerang délivre quelque chose de nettement plus fin avec « Fisherman » ; une superbe chanson aux intonations Southern-rock porté par un piano très « Billy Powell » et une slide langoureuse, qui préfigurent les premières galettes de Lynyrd-Skynyrd. Avec « Hard Times », on change à nouveau de décor en passant à une ambiance acoustique ; avec guitare à l'avenant et orgue discret, et court solo en reverse, le tout dans une atmosphère évoquant James Gang et Led Zeppellin III
« Mockingbird », un Hard-boogie-blues en mid-tempo à la rythmique conventionnelle, mais enfiévré par un chant habitué de Stein, secondé par Casmir qui donne alors l'image d'une chanteuse puissante issue du Blues ou du Gospel. Tandis que « Cynthia Fever », un Hard-blues entre Trapeze et Deep-Purple Mark III, mais d'un niveau moindre, - plus lourdaud - avec quelques intonations à la Glen Hughes s'érige comme le maillon faible de la galette). 
« Brother's comin' Home » est une composition plus ambitieuse avec ce piano soutenu par un petit orchestre à cordes. Le chant mélancolique rend hommage au retour de vétérans du Viet-Nam. Pas loin d'un bon Elton John ou d'une bonne ballade Southern-Rock.
 « The Peddler » finit l'album par un Hard-rock classique, avec son introduction un peu pataude, et un gros break teinté de Boogie à la manière d'un Deep-Purple (avec un bon solo de guitare fluide mais nerveux, qui semble répondre à la provocation de l'orgue Hammond). Seulement 16/17 ans le guitariste ?  On a de la peine à le croire.




     L'album est court : seulement 31 minutes (environ), et on aurait bien aimé avoir un peu de rab. Il y a parfois une relative naïveté qui perce, mais ce premier essai est tout de même d'un très bon niveau. Et on se demande comment cet unique disque officiel ait pu demeurer obscur, inconnu dans nos contrées, pendant tant d'années. Tout comme le groupe d'ailleurs. Certes RCA n'a jamais eu la réputation de soutenir les "jeunes" groupes, d'en faire la promotion (radin ?), mais tout de même, il y a une flopée de galettes qui a au moins gagné le statut de "disque culte", encensée par les amateurs du genre, et qui n'a pas ce niveau.
Possible aussi que la forte médiatisation du binôme Appice - Bogert ait créée une ombre épaisse couvrant les efforts de Stein.
Par contre, à l'exception de Stein, sur scène, les musiciens, impressionnés par le public, auraient eu des difficultés à assurer.

     Mark Stein démontre ici qu'il est un grand chanteur, capable d'opérer avec aisance dans divers registres. Un chanteur occulté par les nouveaux ténors du Heavy-rock, mais qu'un certain Tommy Bolin n'avait pas oublié, puisqu'il l'engagea pour sa carrière solo, en 1976. Il est donc présent sur « Private Eyes »... Hélas, Bolin décéda la même année. 
De même qu'Alice Cooper qui l'embarquera pour une tournée en 1977. En 1978, il rejoindra Dave Mason et on le retrouvera sur les disques "Mariposa de Oro" et "Old Crest On A New Wave". Sur "Some Assembly Required", de 1981, il ne fait plus que les chœurs ; la même année, il jouera des synthés sur "Gypsie Ride" de Les Dudek.
En 1984, ce sera le retour de Vanilla Fudge, dans sa mouture originale, avec la sortie d'un nouveau disque, après quinze années, "Mystery".

Quant à Jo Casmir et James Galluzi, ils semblent ne pas avoir persévérer dans la musique. Du moins, ils n'ont pas laissé la moindre trace d'une quelconque activité dans ce domaine. 
On retrouve, pour la dernière fois, Richard Ramirez (dorénavant nommé Rick Ramirez) sur l'unique réalisation de Striker en 1978. Un album de Hard-blues funky qui serait de très bonne tenue. Après le split de ce groupe en 1980, il jouera au sein de Bruzer (avec Vinny Appice - qualifié comme une rencontre de Prism et de Cheap-Trick -), Pamela Moore Band et The Ruffians (1985).

     Il existe quelque part, perdu dans la nature, un second disque, sobrement baptisé "Boomerang 2", jouissant d'une aussi bonne réputation (le peu que j'ai pu en écouter le confirmerait).




,80





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