jeudi 11 juin 2015

ERIC SERRA - DOUCEMENT LES BASSES ! par Pat Slade







Octobre 1983 Casino de Paris






Beaucoup de mes chroniques commencent souvent par des souvenirs de concerts et ce n’est pas pour rien, puisque voir un artiste en live est quand même beaucoup plus excitant que de le voir en vidéo, mais arrêtons ici les évidences.

Pour une fois, je ne parlerai pas d’un groupe, ni d’un chanteur (Bien qu’il chante et fasse partie d’un groupe), mais d’un musicien qui, à force de travail dans l’ombre des autres, a su se faire une place au grand jour. J’ai vu Eric Serra pour la première fois le soir du vendredi 14 octobre 1983 au casino de Paris derrière Jacques Higelin. Il était caché derrière une guitare basse (Une Fender JB Fretless) que je trouvais énorme en rapport à sa taille plutôt petite et son corps plutôt frêle. Je connaissais déjà son jeu de guitare après l’avoir entendu sur  l’album de Jacques Higelin «Higelin 82» et sur  la B.O du film «Le dernier combat» de Luc Besson en 1983. Mais ce soir d’octobre, j’allais voir ce petit diablotin de la basse en mouvement et non dans le noir du sillon d’un disque vinyle. A première vue, je vois un gamin, un ado de 24 ans qui joue de la basse derrière maître Jacques (Je dis «maître Jacques», mais ce dernier n’est pas du genre à tirer la couverture à lui) et d’entrée, je ne suis pas déçu : «Œsophage-Boogie, Cardiac’ Blues» ou le jeu de Tapping se mélange au Slap, au Step. Toute la panoplie technique du bassiste y passe avec des effets de Glissando et de vibrato de temps à autre. Même chose sur «Cayenne» toute la palette de son talent passe par ses mains, avec pratiquement toujours la tête tournée vers son manche, tout en sautillant en rythme comme un lapin ayant avalé un vibromasseur avec des piles «Qui durent plus longtemps». Eric Serra joue avec sa guitare très haute sur son torse comme un Jaco Pastorius (La référence) et non comme certains qui s’en servent comme cache sexe, comme un Robert Trujillo par exemple. 

Ce petit gars du Val-de-Marne né en 1959 sera très tôt baigné dans la musique grâce à un père poète et chansonnier qui, dès l’âge de cinq ans, lui enseignera la guitare et à 11 lui offrira sa première guitare électrique. D’un naturel curieux, il s’intéresse aux autres instruments comme la batterie ou le piano, mais c’est  une guitare au son grave, un grand manche et quatre cordes qui va trouver grâce à ses yeux. Il essaye de reprendre les jeux des grands bassistes de l’époque comme Stanley Clark et Jaco Pastorius. De toute manière, le jeune homme est doué et apprendra en autodidacte avec tout ce qui lui passera entre les mains. Et comme tous les jeunes de 15 ans amoureux de musique, il est de bon aloi dans la vague progressive de l’époque de monter un groupe qui fera aussi des covers de Led Zep et Deep Purple. Son nom sera FLEP.

Eric Serra et Jacque Higelin, Casino de Paris 1983
Sa carrière commence à 16 ans, un âge où d’autre ne savent pas encore ce qu’ils feront plus tard de leur vie. Il accompagne le chanteur Michel Murty, un auteur-compositeur-interprète-Artiste peintre qui depuis 1964 tourne dans les cabarets parisiens et participe à certaines  émissions de télévision (Dont le grand échiquier). Comme beaucoup de musiciens, il débute en faisant des sessions pour d’autres artistes comme le musicien Guinéen Mory Kante et le Sénégalais Youssou N’Dour qu’il retrouvera plus tard sur la scène de Bercy en compagnie de Jacques Higelin, Catherine Lara et Didier Lockwood.

C’est au soir du 10 mai 1981 et avec la fête organisée pour la victoire de François Mitterand (Place de la république et croyez moi, il y avait du monde !) qu’il commence sa collaboration avec Jacques Higelin. Entre les concerts fleuve du grand Jacques comme le casino de Paris et les morceaux qu’il composera pour lui (Manque de classeSlim Black BoogieCoup de lune - Victoria), l’histoire durera sept ans et se terminera avec les concerts de Bercy en 1985. Et puis sa carrière va considérablement changer quand sa route va croiser celle d’un jeune réalisateur inconnu : Luc Besson, par l’intermédiaire de Pierre Jolivet (le frère de Marc humoriste de son état).






Que Sera Serra ?





Non, Eric Serra n’a jamais joué derrière Doris Day dans la chanson du film d’Alfred Hitchcock «L’homme qui en savait trop» : «Que Sera Sera » mais avec un titre pareil, je ne pouvais pas m’empêcher de le mettre comme entête du chapitre qui va concerner les rapports du musicien avec le cinéma, c’était de circonstance.


C’est après l’avoir vu sur scène que Luc Besson lui demande de composer la musique de son premier court métrage en 1981 «L’avant dernier», le début d’une collaboration qui s’avèrera fructueuse. Deux ans plus tard, il fait encore appel à ses services pour son premier long métrage  «Le Dernier Combat». Mais c’est en 1985 qu’Eric Serra va décrocher la timbale et marquer les esprits avec ses lignes harmoniques et mélodiques et une B.O. qui balance entre rock et jazz : la musique de «Subway». Le musicien se fera définitivement connaître du grand public et, en plus, il montrera le bout de son nez à l’écran en jouant le rôle d’Enrico le bassiste (Évidement ! Pas en joueur de clairon !) armé de sa basse Steinberger XL-2 5 cordes, frettée et fretless (Ne pas confondre avec la Spirit). Pour son travail sur la B.O, il sera récompensé par une Victoire de la musique bien méritée et le disque sera certifié disque d’or. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? «Le grand bleu» va rester dans la vague et cartonner avec une Victoire de la musique et un César de la
Eric Serra et Luc Besson
catégorie «
Musique de Film» et le Grand Prix de la Réalisation Musicale Audiovisuelle décerné par la SACEM. Le disque va s’écouler à trois millions d’exemplaires dans le monde, et pour la première fois, il donnera de la voix avec le titre «My Lady Blue». Il double la mise avec «Nikita», Victoire et César sont ses prénoms favoris depuis quelques années. Mais pour «Léon» pas de récompense, juste une nomination au César.

Subway
Il est appelé par les américains pour composer la musique de «GoldenEye», hormis la chanson chantée par Tina Turner composée par Bono. Son travail sera critiqué par les fans de la série qui préférèrent le retour du classique John Barry. Si Luc Besson lui a bien rempli son carnet de bal les 20 dernières années, pour la décennie suivante, Eric Serra travaillera pour d’autre réalisateurs. Il retrouvera Luc Besson entre 2006 avec «Arthur et les Minimoys» jusqu’à «Lucy» en 2014.





Eric Serra l’autre facette






A croire en lisant les lignes ci-dessus qu’Eric Serra n’a été qu’accompagnateur et créateur de musique de film, même si cela a été une grande partie de son occupation... Il a quand même pris le temps de faire de la scène avec un groupe. En 1998, il crée le groupe RXRA (Belle phonétique de son nom !)  un groupe de jazz avec quelques pointures du style à ses cotés comme Émile Parisien au saxo que l’on avait déjà pu entendre avec  Michel Portal et Johnny Griffin, Thierry Eliez le clavier qui a joué avec Didier Lockwood, le guitariste Jim Grandcamp, le batteur Damien Schmitt qui joua avec Jean-Luc Ponty et pour finir, un autre batteur et percussionniste, Pierre Marcault qui jouera au sein du groupe Offering avec Christian Vander. Un album est enregistré qui n’aura pas le succès escompté en France. Il fera trois versions pour l’international, pour l’Angleterre, l’Espagne et le Japon.

A 55 ans, le p’tit gars de Saint Mandé continue sa route, je ne lui dirais pas «Doucement les basses… !» Sûrement pas !

Si vous êtes tenté par une compilation, il en existe deux  et celle de 1999 est parfaite. (VIRGIN RECORDS FRANCE SA, EMI (0724384263850))






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