lundi 16 février 2015

GENESIS - La fin d'une époque - (1977/1980) 3ème et dernière partie, par Philou





Le punk fait rage en Angleterre en ce début d'année 1977 et se balader avec un disque de YES, d'ELP ou de GENESIS sous le bras, peut vous valoir un bon coup de rangers dans les bollocks.

"Wind And Whutering" (1977)
Tout cela n'empêche pas GENESIS de faire la ré-ouverture (à guichets fermés) du Rainbow Theatre de Londres les 1,2 et 3 janvier avec un nouveau batteur : l'excellent Chester Thompson (Wheather Report, Frank Zappa). Depuis quelques jours, un tout nouvel album "Wind And Wuthering" est arrivé dans les bacs et va grimper à la 7ème place des charts anglais.
Tony Banks prend petit à petit, la direction du groupe en composant tout seul 3 morceaux et c'est vrai qu'en écoutant ce disque, il nous prouve qu'il est vraiment un "Maitre ès Claviers"
Quand à Steve Hackett, il est de plus en plus frustré car les autres musiciens ne retiennent pas ses compositions. Il se sent étouffé dans ses ambitions personnelles et commence sérieusement à se poser des questions quand à son avenir au sein de GENESIS.
C'est vrai qu'avec du recul, on se demande pourquoi Banks & Co ont préféré un instrumental plutôt banal comme "Wot Gorilla ?" à "Please Don't Touch" composé brillamment par Steve Hackett ?

Malgré toutes les turbulences qui secouent le groupe, "Wind And Whutering" contient son lot de titres de très grande qualité et la magie romantique Genesienne y est toujours présente. En effet, le grandiose "Eleventh Earl Of Mar", le long et complexe "One for The Wine", le magnifique "Blood On The Rooftops" (signé Steve Hackett avec sa sublime intro à la guitare classique) et la ballade romantique "Afterglow" qui clôture l'album, sont vraiment des moments de pur bonheur. Par contre, le (trop) sucré "Your Own Special Way" de Mike Rutheford et les 3 morceaux instrumentaux retirent à l'album, une cohérence qui aurait pu être parfaite.
Si on veut chipoter, on a même parfois l'impression que la touche jazz/rock de Phil Collins a du mal à s'accorder avec le romantisme rêveur de Tony Banks ("Wot Gorilla ?", "In That Quiet Earth").
Quoiqu’il en soit, le groupe s'embarque pour une énorme tournée mondiale qui débute en Angleterre et se poursuit aux USA, au Canada, au Brésil, pour s'achever en Europe.

Mike Rutheford

GENESIS est à Paris au mois de juin 1977, pour une série de 5 concerts au Palais des Sports.
Les concerts sont enregistrés et donneront naissance au 2ème album Live de GENESIS "Seconds Out".

Pour les collectionneurs, je signale qu'un EP comprenant 3 titres, enregistrés pendant les sessions d'enregistrement de "Wind And Whuthering" a été publié en mai 1977 sous le titre "Spot The Pigeon". Les 3 chansons ("Pigeons", "Match Of The Day" et "Inside and Out") sont inclues dans le coffret CD/DVD "GENESIS 1976-1982".

"Second's Out" (1977)
En Octobre 1977, c'est la sortie du double Live "Seconds Out". La prise de son est d'une pureté surprenante pour un album en public.... les enregistrements ont été retouchés, c'est sûr, mais ça sonne tellement bien qu'on ne va pas bouder son plaisir !!! Le groupe joue en toute décontraction, comme débarrassé de l'emprise théâtrale de Peter Gabriel et la prestation de Phil Collins au chant est éblouissante. Ce dernier ne délaisse pas totalement sa batterie et rejoint souvent Bill Bruford pour de longues suites rythmiques de folie. Les 5 musiciens assurent avec une précision qui ferait pâlir de jalousie un orchestre symphonique et réussissent l'exploit, sur certains titres, de surpasser les versions originales. Le discret Steve Hackett déclare même : -"L'aspect musical est bien plus mis en avant, les gens peuvent noter la basse, les claviers ou la batterie plus facilement que dans les concerts précédents où le coté visuel l'emportait".

Par contre, la set-list de "Seconds Out" est décevante et plutôt incohérente, surtout lorsqu'on a eu la chance et le bonheur d'assister à un de ces concerts.
La preuve en est, avec le témoignage de notre spécialiste Pat, qui était présent le samedi 11 juin 1977, lors du passage à Paris de GENESIS pour le "Wind And Whutering Tour".
Pour faire un bond de plus de 37 ans en arrière, cliquez sur le lien ci-dessous :
 Genesis Live 11/06/1977

La tournée s'achève le 3 juillet, Steve Hackett fait savoir qu'il va quitter le groupe et déclare : -"Je venais de réaliser un disque solo, j'avais un tas d'idées, je composais de plus en plus, mais le groupe ne semblait guère impressionné par mes morceaux"-
Son départ est annoncé officiellement en octobre 1977, une semaine avant la sortie du double live "Seconds Out". GENESIS continue sous la forme d'un trio et c'est Mike Rutheford qui décide de cumuler les rôles de bassiste et de guitariste solo. Pour la scène, c'est le guitariste américain Daryl Stuermer qui va pallier le départ de Steve Hackett.


"Et il n'en resta que trois..."

Le départ de Steve Hackett ne perturbe absolument pas Tony Banks qui déclarera plus tard : -"Composer à 3 était en quelque sorte l'idéal. Nous avions été 5, ce qui était orageux, puis 4 ce qui était plus facile, mais donnait toujours le sentiment de 2 membres principaux et de 2 autres secondaires. Travailler à 3 a apporté un sentiment de libération"-


"And Then There Where Three ..." ou le dernier disque de GENESIS qui vaut encore le détour avant que le groupe devienne une firme commerciale, rigoureusement organisée, veillant à rester toujours conforme aux sons en vogue du moment.
Eh oui, ce disque s'est fait démonté à sa sortie et malgré les tonnes de critiques acerbes qui l'ont condamné au statut de pire album de groupe, il contient une collection de très bonnes chansons. Il n'est certainement pas assez progressif pour les fans du genre, mais reste brillant, créatif et très inspiré.
Le départ de l'orfèvre Steve Hackett bouleverse quelque peu le son genesien dominé sur cet album, par les claviers de Tony Banks.
Évidemment Mike Rutheford, (plutôt radin sur les vrais solos sur ce disque) n'arrive pas à la cheville du brillant Steve Hackett. Le discret bassiste et guitariste rythmique se voit propulsé au rôle de lead-guitariste et il s'en sort plutôt bien. Même si son phrasé est plus raide et moins fluide que celui de Hackett, l'ensemble n'en souffre pas trop. C'est vrai que le gars Steve se faisait de plus en plus discret, surtout sur les 2 derniers album du groupe, non ?
Tony Banks
Par contre, la batterie de Phil Collins est plus puissante et plus technique et son chant est absolument sublime. Les claviers de Tony Banks ont pris le dessus sur les guitares et les chansons sont devenues plus concises, plus simples et plus courtes (11 titres). Le ton général de l'album est plus direct, d'une efficacité plus immédiate et Mike Rutheford en personne confirme cette impression : -"Nous voulions être plus efficaces, faire des morceaux plus compacts. Je crois que la qualité du nouvel album est d'être plus vigoureux"-
C'est la fin d'un époque, c'est sûr, mais en aucun moment ce disque ne souffre d'un manque d'inspiration et la richesse mélodique est bien présente sur toutes les pistes.
Si vous n’êtes pas convaincu, (ré-)écoutez "Down And Out" "Burning Rope", "Deep In The Motherlode", "The lady Lies" ou "Scenes From A Night's Dream", c'est du GENESIS de 1er choix ! Si vous êtes plus romantique, les ballades "Undertow" ou "Snowbound" devraient vous faire un minimum d'effet.
Avec "Follow You, Follow Me", le groupe récolte son 1er tube international et annonce une transition vers un style plus radiophonique, plus accessible, plus commercial ... aïe, aïe, aïe.
Même à trois, GENESIS nous offre un bien bel album, n'en déplaise à tous ceux qui ont déversé leur fiel sur cette œuvre lors de sa sortie, en avril 1978.

Un message de Phil Collins à tous ceux qui ont vomi sur "And Then There Were Three..."

Après la tournée et un 1er voyage au Japon, le groupe décide de prendre un peu de repos à la fin de l'année 1978. Phil Collins, Mike Rutheford & Tony Banks en profitent pour se consacrer à leurs projets individuels.
Le plus actif, c'est ce diablotin de Phil Collins qui a déjà publié, avec la formation de jazz/rock BRAND X, 2 albums studio et 1 Live. Au printemps 79, il enregistre "Product" et déclare concernant sa participation dans ce groupe : "Genesis représentait pour moi l'épouse bien rangée et Brand X la jolie fille aux gros seins".
Tony Banks, avec "A Curious Feeling" (1979) et Mike Rutheford, avec "Smallcreep's Day", sortent à leur tour, leur disque solo. 

Pour son entrée dans les années 80, GENESIS va commencer à s'adapter aux nouveaux sons, avec une musique à l'emballage irréprochable, mais à la saveur un peu fade. Toutes ces tranches de rock radiophoniques vont cartonner dans le monde entier et se vendre comme des petits pains. Tant mieux pour eux, tant pis pour moi et les fans de la 1ère heure...

"Duke", le 1er album de cette nouvelle époque sort en mars 1980 et marque un tournant pour le groupe. Il reçoit un succès phénoménal qui lui permet de se hisser à la 1ère place des charts anglais. Chronique complète à lire ICI
S'il représente pour certains, l'album de la renaissance, il représente pour moi, la fin du voyage avec ce groupe exceptionnel. 

A lire également :
1ère partie : De Charterhouse à Los-Angeles                     
2ème Partie : De Broadway à Hilvarenbeek 

 

********** THE END **********


 "One For The Wine" Live 1980

3 commentaires:

  1. Nous avons terminé ce fabuleux voyage au même moment !!! Et quel voyage !

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    1. "Hello Paris in the springtime...."

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  2. "Wind & Wuthering" a été une nouvelles révélation pour moi de Génésis, j'ai toujours eu un faible pour cette album. La suite ? Hormis le coté commercial des albums, certains titres sortent du lot comme "Home by the sea", "Illégal Allien", "The Brazillian" (musical). La vidéo du "Mama Tour" en 1984 est à voir pour un Phil Collins moins coincé qu'en 1977,qui joue avec son public et qui fait une belle performance scénique sur chaque morceaux..

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