lundi 24 février 2014

JEFFREY LEE PIERCE - "Ramblin' Jeffrey Lee & Cypress Grove With Willie Love"- (1992) par Ramblin' Philou




JLP Blues


En 1992, Jeffrey Lee Piece traine son âme de damné et son corps calciné jusqu'aux Pays Bas, à Spaarnwoude pour enregistrer un album solo aux studios Zeezicht.
Son groupe, le GUN CLUB, n'existe officiellement plus et n'intéresse vraiment plus grand monde.
JLP, fasciné depuis des lustres par le blues, va tenter d’exorciser ses vieux démons en enregistrant cet album : onze titres qui sont mis en boite en janvier 1992, en compagnie de Tony Chmelik alias Cypress Grove (guitare), Simon Fish alias Willie Love (batterie), Carl La Fong (basse) et Kimberley S (harmonica).
Pour les connaisseurs, Willie Love, le pseudonyme qu'a choisit le batteur Simon Fish, était en réalité le nom du pianiste qui a accompagné Sonny Boy Williamson II et celui de Tony Chmelik, Cypress Grove, vient d'une chanson de Skip James, "Cypress Grove Blues".

C'est Jeffrey Lee Pierce qui produit lui même l'album, l’enregistrement est confié à Peer Rave, un technicien qui a déjà bossé avec Henry Rollins et Urban Dance Squad.
Passionné par le blues rural du delta, Jeffrey Lee vénère les pionniers comme Leadbelly, Blind Willie Mac Tell, Son House, Muddy Waters, Skip James, Bukka White, Tommy Johnson, Tommy Mac Clennan, Willie Brown, Sonny Boy Williamson II, Elmore James et surtout Robert Johnson et Charley Patton, qui sont aujourd'hui devenus de véritables légendes.
Avec cet album, "Ramblin' Jeffrey Lee & Cypress Grove With Willie Love", Jeffrey Lee Pierce veut remonter au source du Mississippi et faire un album de blues, un vrai, profond et authentique...

de
Jeffrey Lee Pierce, Cypress Grove & Willie Love.

Le GUN CLUB avait déjà enregistré plusieurs reprises de blues pour l'album "Fire Of Love" en 1981 : "Cool Drink Of water Blues" de Tommy Johnson et surtout "Preachin' The Blues" de Robert Johnson une version sauvage et violente qu'un certain Jack White a certainement écouté des centaines de fois. Par ailleurs, l'ex-guitariste des White Stripes ne manquera pas de déclarer des années plus tard, que les chansons du GUN CLUB  "devraient être enseignées dans les écoles".
Bien moins agressif sur cet album, JLP rend un vibrant hommage aux grands noms du blues (Lightnin' Hopkins, Howlin' Wolf...) mais également à des artistes moins connus du grand public comme Willie Brown.
En écoutant ce disque, on constate que Jeffrey Lee Pierce a sacrément progressé au niveau guitare. En effet, il a passé des mois à s'entrainer et cela s'entend vraiment, son jeu a gagné en précision .... attention, ici, pas de prouesses techniques à la Steve Vaï ou à la Joe Satriani, mais juste de l'efficace et du rugueux, le tout joué avec ses tripes. 


Au niveau du chant, JLP ne gémit et ne hurle plus comme un prêcheur hystérique mais cherche une nouvelle sonorité dans sa voix qui devient plus grave, plus profonde.
Une voix qui déraille parfois et qui affiche un mépris total pour les bonnes convenances de la tonalité. Ces imperfections amplifient le pouvoir émotionnel de sa voix qui laisse jaillir la douleur liée à ces blues intemporels.
Jeffrey Lee Pierce (Photo : Alain Duplantier)
On retrouve sur "Ramblin' Jeffrey Lee & Cypress Grove With Willie Love", seulement 2 compositions originales du chanteur du GUN CLUB, "Go Tell The Mountain" et "Stranger In My Heart". Toutes les autres chansons sont des reprises de standards de blues sur lesquels l’âme bluesy et déchirée de l'enfant vaudou destroy renait.
C'est le vibrant "Goin' Down" de Don Nix  qui ouvre les hostilités et même si la version de JLP n'a pas la puissance de feu de celle de Stevie Ray Vaughan ou de celle de Jeff Beck, c'est le son cristallin de la guitare de Jeffrey Lee qui me scotche d'entrée de jeu :  il a digéré un bon paquet d’influences et les fait sonner comme s'il avait vendu son âme au diable....
Tout seul ou en duo avec Cypress Grove en acoustique ( "Pony Blues", "Future Blues", Alabama Blues") ou accompagné de son groupe qui nous gratifie d'une prestation toute en retenue ("Bad Luck & Trouble", "Long Long Gone"), Jeffrey Lee Pierce nous offre bien plus qu'un hommage au blues et à ses pionniers : il s'invente un alter-ego, Ramblin' Jeffrey Lee, qui répond aux échos des plaintes lointaines qui s'élèvent au dessus des plantations de coton, entre Senatobia et Clarksdale.  


Cet album très réussi aurait certainement été suivi d'autres volumes ..... mais malheureusement, l'état de santé de Jeffrey Lee Pierce s'est sensiblement dégradé et ce n'est pas avec la quantité phénoménale d'alcool et de drogues qu'il ingurgite que cela risque de s'arranger.
Après une éphémère re-formation du GUN CLUB pour l'ultime album "Lucky Jim" en 1993 (la chronique : ICI ) et une tournée en Europe et aux States, il retourne s'installer en Californie.
Début 1996, il se rend chez son père pour y écrire son autobiographie "Go Tell The Mountain" , avant de décéder, foudroyé par une hémorragie cérébrale, le 31 mars 1996.

La liste des morceaux :

"Goin' Down" (Don Nix), "Pony Blues" (Charlie Patton), "Future Blues" (Willie Brown), "Long Long Gone" (Frankie Lee Sims), "Bad Luck & Trouble" (O. Hicks/J. West), "Alabama Blues" (Robert Wilkins), "Good Times" (Sam 'Lightnin' Hopkins), "Stranger In My Heart" (Jeffrey Lee Pierce) "Go Tell The Mountain" (Jeffrey Lee Pierce), "Moanin' In The Moonlight" (Chester Burnett/Howlin' Wolf), "Hardtime Killin' Floor Blues" (Skip James). 






                              Gun Club "miami" (1982)
                              Gun Club "mother juno (1987)
                              Gun Club & Jeffrey Lee Pierce "Live/ Best Of & Bootlegs
                              Gun Club "fire of love" (1981)
                              Gun Club "las vegas story" (1984) 
                              Gun Club "lucky jim" (1993)  
                              Gun Club "larger than live" (2008)

VIDÉOS :

"Go Tell The Mountain" Live 1993.




"Alabama Blues" acoustique (1994)

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