mardi 22 octobre 2013

MIKE LECUYER "L'heure bleue" (2013) + l'INTERVIEW par ROCKIN-JL

LA CHRONIQUE

Un  Mike Lecuyer c'est toujours un petit événement; 2 ans après son retour à la musique avec l'excellent  " de Montparnasse à Montréal" (clic)  ,  le revoici avec un nouvel album, publié sur son label Bluesiac; label qui a aussi signé  2 groupes qu'on aime bien ici: les Witch Doctors et les Chics Types. Mais nous reviendrons plus loin avec l’intéressé évoquer ses nombreuses actions "bluesistiques".
Mais il est temps de gouter cette cuvée Lécuyer 2013. Une "Heure bleue" qui commence justement avec un coup ...de rouge,  le festif "Le ciel est bleu" ("Le ciel est bleu, le vin est rouge, on peut être heureux tout en chantant le blues") . Intéressant, en effet sans se lancer dans des analyses approfondies, si le blues est souvent associé par les gens qui le connaissent de loin à la dépression ("le ciel est noir, j'ai perdu mon job, ma femme est partie et mon chien m'a mordu" (ou l'inverse)..), il est avant tout la musique de la vie, des peines mais aussi des joies et des fêtes, il est bon de le rappeler de temps en temps. Un titre nonchalant, laid back à la Tony Joe White, sans doute l’influence des bayous de Dordogne où notre homme s'est retiré...A noter sur ce titre la présence remarquée de Bernard Zuang, un vieux complice, à la slide et à l'harmo. L'occasion de parler des musiciens qui accompagnent Mike, à savoir outre Bernard Zuang, Matthieu Wanderscheid et Gérard Chaumarel (des "Stringers in the night") (guitares), et Jacques Galissaires (harmonica).
(cliquer sur les photos pour les voir en plus grand)

 On continue avec le swinguant et dansant  "Rock'n'Roll Mojito Party", tout est dans le titre, avant
"J'ai prié pour..."  un blues au texte bien torché et plein d'humour ("j'ai prié pour du flouze et l'bon dieu m'a donné qu'du blues"), du grand Lécuyer et du blues en français dans ce qu'il a de tout meilleur.
Sur les 13 titres je ressortirai aussi  "Brune blonde ou rousse" avec en invités Laurent Lahaye et son accordéon plus les Harpsliders (Manu Slide, guitare et Pappy Washboard, percus),  déclaration d'amour à la bière, décidément il nous fait une thématique breuvages... Après cette bienvenue pause réhydratation  arrive à mon sens LE morceau de cet album: "Chaque mois" avec Roland Tchakounté et son guitariste Mick Ravassat, un superbe blues métissé au rythme afro caractéristique de Tchakounté, qui co-chante dans son dialecte, et le résultat est irrésistible, sans parler des paroles encore une fois bien troussées et drôles ("chaque mois vers le 12 suis deja dans l'rouge vers le 13 je sucre les fraises le 15 ça m'dézingue le 17 suis à sec le 19 pas d'boeuf "..). Mis à part quelques gars comme Bill Deraime ou Benoit Blue Boy y'a pas grand monde qui peut  sonner  comme ça par chez nous.
"Frankenstein boogie" est la reprise d'un titre de Mike sorti en 1977, son premier 45 tours, où l'on note encore le beau travail à la guitare de Bernard Zuang; Mike qui redevient sérieux avec "Je suis descendu à la mer aujourd'hui", qui traite de la pollution et de l'indifférence générale autour des désastres écologiques.
"Pas l'temps pas l'temps" est construit autour d'une belle guitare à la Dire Strait (ou JJ Cale vu que la bande à Knopfler lui a tout piqué). Autre invité sur "La vie est une belle p...", le pianiste Guillaume Petite sur ce  honky tonk blues mené par le piano, avec harmo et un coup de kazoo. On termine ce bel album avec "Funky blues 77" , et à la guitare un autre complice des premières heures "le Révérend" Lionel Raynal, un blues funky autobio sur lequel Monsieur Lécuyer nous raconte son histoire, ses disques, ses compagnons . "j'ai donc hiberné pendant 25 ans"  nous confie t'il, que s'est il passé donc pour que tel Hibernatus il se réveille pour notre plus grand plaisir? Et bien nous allons lui demander puisqu'il nous fait l'honneur d'être parmi nous!

L'INTERVIEW

 Bonjour Mike et merci de répondre à quelques questions, et la première question que j'ai envie de te poser c'est "où, quand et comment es tu "tombé dans le blues" ?
Comme la plupart des gens de ma génération : en écoutant les premiers disques des Rolling Stones ,  Animals,  Yardbirds, etc… puis John Mayall, Cream et autres Fleetwood Mac. Et grace à tous ces groupes anglais, j'ai commencé à jouer dans des groupes au Lycée Lavoisier (Paris)  et avec mes potes on est "remonté"  aux sources américaines à partir des noms des compositeurs sur les pochettes de disques : Chuck Berry, John Lee Hooker, Robert Johnson, Muddy Waters, Willie Dixon, Slim Harpo, etc… Mais je dois avouer que la première fois que j'ai écouté "Crossroads" par Robert Johnson (longtemps après la version de Cream) j'ai eu un peu de mal, idem pour Son House avec qui j'ai passé une soirée à Londres en 1970 et j'étais sûrement un peu trop "jeune" pour pouvoir apprécier ce genre de blues très roots. Son House en concert m'a autant "scotché" que Jimi Hendrix 2 ans auparant à l'Olympia mais pour des raisons totalement opposées, d'un côté l'électricité et le génie guitaristique, de l'autre le dépuillement total et l'authenticité !


 Pour ceux qui ne connaitraient pas ton parcours, tu as été dans la presse musicale au début des années 70 avant de sortir trois 33 tours dans les années 77-80 puis comme tu le dis toi même d'"hiberner pendant 25 ans" ; sans être indiscret pourquoi ce retrait de la musique, même si je suppose que tu gardais une oreille dessus..
Disons qu'il y a eu un ensemble de circonstances qui ont fait que j'ai arrêté de jouer : un peu de lassitude et de déception car en dehors de mes propres disques, j'avais 2 ou 3 autres projets de productions discographiques qui n'ont pas abouti… et  j'ai eu aussi une nouvelle passion en bossant comme maquettiste chez Hachette car j'ai été parmi les pionniers du Macintosh (PAO et multimédia) ce qui m'a amené jusqu'à la fin du 20e siécle où là, le virus de la musique est revenu via justement le multimédia :-)

 Depuis ce come back on peut dire que tu es un vrai activiste du blues, radio, internet (France blues, la chaine du blues), le tremplin de Blues sur Seine et le label Bluesiac; y' avait il un manque que tu essaies de combler en "fédérant" les ressources du blues?
En fait c'est venu petit à petit. Le multimédia au début des années 90 et bien sûr internet car en 1997 ou 1998 j'ai fait une page perso sur Mygale.org (cherchez sur wikipedia :-) qui s'appelait Blues Blanc Blues où j'ai commencé à créer une modeste base de données de tous les morceaux français pouvant être considérés comme du blues. Et puis j'ai commencé à écrire quelques chroniques de disques. Et en 1999, après avoir découvert l'existence de web rings aux Etats-Unis, j'ai créé La Chaîne du Blues (fr) dont le but était( et est toujours) de regrouper les sites francophones de blues. Je pensais en réunir 30 la première annéee et en fait
on était 50 au bout d'1 mois et demi ! C'est à ce moment-là que j'ai retrouvé d'anciens musiciens ou amis perdus de vue et surtout j'ai découvert une nouvelle scène blues française très interessante avec des tas de groupes que je ne connaissais pas !
Ensuite ca a été le Tremplin Blues sur Seine en 2000 lancé par Jean Guillermo (maintenant président de France Blues) où j'étais membre du jury pour cette première édition et que je coordonne depuis 2001. Ensuite W3 bluesRadio en 2006 avec Phil Bonin et Bluesiac en 2008…
Alors, est-ce un manque, je ne sais pas trop, oui un peu peut-être, mais c'est surtout l'envie tout simplement. Toutes ces activités sont pratiquement du bénévolat, il faut donc que j'y trouve mon compte par le plaisir ou l'adrénaline :-)

 Un mot sur 2 groupes que tu as signé sur Bluesiac -ce qui me fait bien plaisir puisque j'ai été parmi les premiers chroniqueurs à croire en eux- , les Chics types et les Witch doctors ?
les Witch
 Les Witch Doctors (comme d'autres artistes Bluesiac tels que Jeff Toto Blues,Yann Lem, Eric Ter (maintenant chez dixiefrog) et bientot Stringers in the night), j'ai fait leur connaissance au tremplin Blues sur Seine et quand ils m'ont dit qu'ils preparaient leur 2e album, je leur ai proposé de signer chez Bluesiac. Il faut absolument les voir en concert : énergie, humour, présence scénique... En plus si c'est en bar ou en jam, après leurs sets habituels, ils peuvent continuer toute la nuit : ce sont des vrais juke-boxes, ils connaissent tout le répertoire fifties et sixties, c'est incroyable !
Quant aux Chics Types, je ne les connais pas encore vraiment. Je connaissais Cédric, basse et harmonica, par l'intermédiaire de son émission de radio "Le Blues Café" (co-animé avec Francis Rateau).  Je vais donc les découvrir  le 9
Alabama blues des Chics
novembre au Festival Blues sur Seine. Le cd et le livre "Alabama Blues" m'avaient bien plu et quand Cédric m'a contacté pour le projet de l'édition en 33-tours vinyle, j'ai trouvé ça un peu saugrenue comme idée et puis Daniel Blanc (autre artiste Bluesiac) (clic ) m'appelle en me disant qu'il voulait que son prochain disque soit un vinyle ! Alors je me suis dit que si les "jeunes" avaient envie de replonger dans le vinyle, hé bien pourquoi pas ! Et comme dirait mes amis québecois : c'est l' fun et ça me rappelle mes premiers disques !

 Justement les Witch, les Chics Types, mais aussi d'autres recrues de ton label, et toi même, avez un point commun : chanter  en français alors que beaucoup chez nous préfèrent le faire en anglais, pense tu que les bluesmen français doivent plutôt s'exprimer en français ?
Oh non, aucune "obligation". Moi je chante en fr et j'ai créé un label pour défendre ça mais chacun fait comme il veut… même si je pense que c'est mieux en français pour la compréhension et l'échange avec le public. En fait,  tout dépend si tu veux faire passer des idées ou des émotions au même niveau que la musique (pour moi c'est indissociable), c'est ce qu'on appelle une chanson ou bien si c'est surtout la musique ou la musicalité qui compte. En anglais, c'est plus la musique qui prime, les mots sont plus sonnants que signifiants, disons que c'est comme cela que je le ressens, mais il n'y a pas de vérité absolue. A la grande époque de la pop française (fin des 60's, début des 70's) presque tous les groupes chantaient en fr (sauf Magma évidemment avec le kobaïen !) et maintenant c'est l'inverse. That's life.
Ceci dit quand j'entends des Charles Pasi, des Nina Attall, des Beauty and The Beast, etc,  je suis bluffé par leur niveau d'anglais et leur accent, ce n'est plus du tout du yaourt comme ca pouvait être le cas il n'y a pas si longtemps !Mais c'est vrai aussi que j'ai un petit pincement au coeur quand je réécoute les premiers disques en francais de Fred Chapellier, Xavier Pillac ou Mr Tchang , j'adorais, alors que maintenant ils ne chantent qu'en anglais… mais ce sont toujours de super musiciens avec de très bons nouveaux disques… alors, qu'en conclure ?
J. Galissaires/ A. Vandervoorde/ Mike / G. Chaumarel

Après  25 ans d'absence, te revoilà sur le "circuit",  la scène musicale française a t'elle changé entre temps, est-il plus ou moins difficile de trouver des dates et des labels pour la musique "hors commerciale" ?Comme je l'ai dit précédemment, la scène blues actuelle est très dynamique et en fait il n'y avait pas vraiment de scène blues il y a 30 ans. Il y avait quelques artistes comme Verbeke, BB Boy, Deraime et Personne, qui chantaient en français et qui passaient à la radio (surtout Bill) mais ce n'était pas le foisonnement actuel. Il n'y avait pas de festivals dédiés, Par contre on arrivait à avoir des contrats d'artistes et les maisons de disques payaient le studio et la fabrication du disque, ce qui est devenu pratiquement impossible de nos jours  pour les musiciens de blues. Alors heureusement qu'il y a les home studios parce que sans cela on n'aurait certainement plus les moyens d'aller dans les studios que l'on fréquentait à cette époque.


Et  les nouvelles technologies dans tout ça ? D'un coté internet offre une vitrine aux artistes, d'un autre plus personne (de moins de 40 balais..) n'achète de disques…Oui tout change mais il ne faut pas tomber dans le piège "c'était mieux avant" (même si j'ai chanté "Ou est donc le bon vieux temps" :-) car d'une part ce n'est pas toujours vrai et d'autre part grâce justement aux nouvelles technologies on peut enregistrer son propre disque chez soi, c'était impensable il y a 20 ans !  Autre exemple, j'ai envoyé (par mail)  le morceau "La vie est une belle p…" presque terminé au pianiste Guillaume Petite et il a enregistré ses solos de piano chez lui sur son PC puis m'a renvoyé un fichier wav que j'ai ajouté à ma session ProTools sur mon Mac. Même les "vrais" groupes de blues s'y mettent et font ce genre d'apport car dans certains cas il serait impossible (financièrement) d'inviter un musicien qui habite à des centaines voire des milliers de kms.  Pour la vente des disques, c'est principalement en concert que ça se passe maintenant. Et puis le nombre de point de vente disques diminue chaque année (je ne compte pas les super marchés car on n'y trouve pas notre musique).

Mike/ M. Wanderscheid

 Venons en à ton dernier album "l'heure bleue" où j'ai trouvé plusieurs titres plus sérieux ( "je suis descendu à la mer" sur les désastres écologiques), ou mélancoliques ("Où est passé le passé"), que sur ton précédent album, alors, un coup de blues?
J'ai toujours été influencé par mon environnement : quand j'habitais à Paris ou en banlieue, je parlais du quotidien urbain (les transports en commun, les banlieusards, les cafés, etc. Et quand je parlais des vacances c'était à travers l'oeil d'un citadin et malade en plus !). Et comme j'ai quitté la Tour Montparnasse pour la Tour de Montaigne (en Dordogne) il y a 2 ans, il était logique que certains thèmes évoluent ou apparaissent et puis  il y a les événements "douloureux" de la vie (décès, séparation, etc)  et enfin il y a l'âge forcément. Et là, faut pas trop gamberger, juste pour écrire de nouveaux textes, mais pas trop lontemps non plus, sinon, effectivement, ça peut  te donner le cafard :-)

 3 chansons tournent autour des plaisirs de la table, particulièrement les boissons, le vin, la bière,  alors, disciple de Bacchus  le Mike?
Encore l'influence de mon environnement : le Sud-Ouest n'est pas réputé bon vivant pour rien !
"Le ciel est bleu" a un sous titre explicite : "Le vin est rouge". Mais plus que de vin c'est plutôt d'amitié dont il est question en faisant un clin d'oeil amical à toutes ces personnes que j'apprécie de plus en plus et qui se retrouvent chaque mois "entre amis" autour d'un bon repas et de la bonne musique (essentiellement du jazz mais j'y ai ajouté maintenant mon blues en fr).
"Rock "n' roll Mojito party" a été la toute première composition de ce nouveau disque :  les paroles me sont venues tout simplement une nuit en rentrant du Comptoir du Jazz (Bordeaux) et en repensant aux couples de danseurs de rock infatigables… et au mojito que je bois en général là-bas.
Pour la bière c'était plus un amusement , un exercice  (qui fait partie d'un autre projet qui ne verra peut-être jamais le jour) : "Blonde, Brune ou Rousse", il fallait trouver des rimes en "ouce" sur une boucle extraite d'un vieux morceau des HarpSliders. Et puis c'est bien dans un disque d'avoir des morceaux comme ça qui "surprennent" l'auditeur (du moins je l'espère).

le titre avec Roland Tchackounté est vraiment formidable, comment est né  ce duo, de musiciens et aussi de cultures?
Tout comme moi, je pense que Roland sera ravi de ton commentaire, car ce titre a failli ne jamais voir le jour (je l'ai retrouvé un peu par hasard). Roland est devenu un ami au fil des années, il voulait même à une époque que je sois son manager mais c'est un job pas facile et puis c'était au moment où je voulais vraiment refaire de la musique  :-)
Pour revenir à Chaque mois" c'était il y a  8 ans pour un projet de disque collectif dont le thème était les tracas de la vie au quotidien. Une dizaine d'artistes ont composé leur morceau mais le projet n'a pas abouti. Et au printemps dernier je retombe sur le cd de sauvegarde des pistes d'enregistrements. Je tranfert dans le logiciel ProTools, j'écoute et évidemment les parties de Roland Tchakounté et Mick Ravassat à la slide étaient parfaites, par contre j'ai réenregistré ma voix cet été car j'ai changé quelques paroles qui n'étaient plus d'actualité. Voila toute l'histoire… et ne me demande pas ce que chante Roland en Bamiléké !

 Tu retrouves plusieurs musiciens qui étaient déjà à tes cotés dans les années 70's comme Bernard Zuang ou Lionel Raynal, ton retour dans la musique c'est aussi une histoire d'amitiés ?Bernard Zuang c'est une très longue histoire puisque l'on se connait depuis 1968 ou 69. Il était dans la même classe que mon bassiste (au Lycée lavoisier) et il a commencé sur le tard par l'harmonica puis la guitare et s'est vite imposé comme le meilleur musicien de notre groupe amateur… et on ne s'est plus quitté depuis. Le seul souci c'est qu'il n'aime pas trop jouer sur scène alors j'ai bien été obligé de trouver d'autres musiciens mais finalement ca ne m'a pas trop mal réussi puisque j'ai eu Lionel Raynal (Le Révérend), Mauro Serri et maintenant Matthieu Wanderscheid, un jeune guitariste de Bordeaux que j'invite tes lecteurs à découvrir sur mon disque ou ailleurs car c'est un futur "grand".

Et bien merci Mike,  à bientôt pour de nouvelles aventures bluesy, et encore bravo pour toutes tes actions en faveur de la "note bleue".  Quelque chose à ajouter?
Oui, venez découvrir la Bluesiac Revue et ses artistes le samedi 9 novembre 2013 au Magic Mirrors de Mantes la Jolie (78) et je l'espère dans toute la France en 2014 !

liens utiles:  
Bluesiac
-  la chaine du blues
- Blues sur Seine
(notons la présence comme finalistes du tremplin 2013 d'un autre groupe soutenu par le Deblocnot: les Red Beans (clic ) !)

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