mercredi 13 mars 2013

Larry McCRAY "Larry McCray" (2007) by McBibi




Souvent décrié par les puristes, Larry McCray n'en demeure pas moins un authentique bluesman dont le souhait est de participer à une certaine tradition du Blues, de la faire vivre et de la promouvoir.

De son propre aveu, il est né Bluesman. Il est issu d'une famille de musiciens. Son père jouait de la guitare, un de ses frères et une sœur ont suivi l'exemple paternel, un frère est bassiste et un autre batteur. C'est sa sœur, Clara, qui lui donna ses premières leçons de guitare (en parlant d'elle, il dit « She used to play real low-down and dirty"). 
Avec ses frères, Carl et Steve, réciproquement bassiste et batteur, il fit l'incontournable tournée des clubs (Steve joue toujours avec lui). Ses grand-parents et des cousins sont également musiciens.



Sa famille, plutôt pauvre, trouvait du réconfort dans la musique, et dans le Blues en particulier.
McCray a bossé dur pendant quatorze années dans une usine de la General Motors, et trouvait la force d'aller le soir dans les clubs pour y jouer du Blues. Sans rêve de notoriété, de gloire, de gains financiers, juste pour être en accord avec lui-même, et faire ce qu'il aimait. Parallèlement, c'était un palliatif indispensable pour supporter les dures journées de labeur.
A cette époque, il ne pensait même pas qu'un jour il pourrait faire un enregistrement.

Il cite volontiers, pour bluesmen préférés, les monstres sacrés tels que Freddy King, Albert King (1), B.B. King et Albert Collins (en bref, du classique de chez classique). Sa famille lui fait découvrir Muddy Waters, Elmore James, Jimmy Reed et Little Water. Toutefois, dans son jeu relativement moderne, on n'y décèle que la puissance d'un Freddy King, ainsi que quelques gimmicks, et des licks d'Albert, dont ses fameux bends.
Son parcours est classique : progressivement son répertoire se vide des indispensables reprises (notamment celles qui ouvrent la porte des clubs et attirent l'attention d'un public peu attentif) pour se construire sur des compositions personnelles qui s'efforcent, autant que faire se peut, de se détacher des influences pour se forger une personnalité. Larry le dit lui-même : il veut briser ses chaînes, oublier les maîtres, sans les renier.
Il ne souhaite pas être un suiveur, il veut évoluer, personnaliser son Blues. Même s'il est conscient qu'une certaine frange du public et des critiques, lui reprochent de trop s'éloigner de la tradition, de jouer parfois « à la blanche », de trop se pencher vers le Rock. Tout cela est vrai, mais ce n'est pas pour autant que l'on doit se désintéresser de sa musique (et puis le Blues a le droit d'évoluer, ou de prendre des chemins de traverse, non ?).
On le voit jouer avec Gregg Allman, Dickey Betts et Warren Haynes avec qui il devient ami (2). Rien d'étonnant lorsque l'on sait que sa musique peut facilement prendre des accents de Southern rock à la « Allman Brothers».
McCray souhaite que son Blues reste ouvert, qu'il se nourrisse des autres et qu'il n'ait pas de frontières. Autant dire que les histoires de couleurs de peaux, devant justifier ou non l'authenticité de l'interprète de Blues, lui hérissent sévèrement le poil. A cet effet, il compose « Don't Color my Blues ».


En 1990, sort un premier disque très prometteur (sur Atlantic), « Ambition » (avec Lucky Peterson en guest). Larry impressionne par sa maîtrise, sa technique, tant au chant qu'à la guitare, que par ses compositions équilibrées et bien en place. La presse des deux côtés de l'Atlantique lui fait bon écho. On sent que Larry a du métier derrière lui ; toutefois, il semble hésiter entre différentes directions. A moins qu'il ait tout simplement voulu faire étalage de ses capacités.
En 1992, il est le premier artiste à être signé par Point-Blank (le département Blues de Virgin dédié). L'année suivante, le skeud « Delta Hurricane », produit par Mike Vernom, dévoile un musicien en pleine possession de son art. Un solide disque de Blues moderne, cossu, aux soupçons de Soul et aux guitares chantantes, avec les Memphis Horns en renfort.

Hélas, Larry ne continue pas sur cette lancée qui aurait dû l'amener au rang des artistes incontournables du Blues moderne. Un silence discographique de trois ans, puis trois disques en huit ans sur des labels obscurs, limités au marché américain, le confine dans un relatif anonymat. S'il continue à faire des concerts aux USA, dans des salles de petite et moyenne capacité (où il garde une bonne réputation), en Europe, à l'exception d'une poignée de passionnés, il est oublié, ou inconnu.
Il pêche parfois par une prolifération de soli pas toujours inspirés, notamment parce qu'ils ont tendance à s'étirer ; en dépit d'une indéniable technicité, c'est parfois une abondance de notes au détriment du feeling. 
Sa musique semble avoir un peu perdu de chaleur en paraissant un tantinet plus roborative. Toutefois, cela demeure toujours d'un bon niveau, la seule présence de Larry permettant de sauver des compositions faiblardes. Son disque de 1998, "Born to Play the Blues" comporte néanmoins quelques beaux spécimens (dont le superbe "Sunny Monday").




Toutefois, si je peux me permettre une comparaison, Larry demeure quelques crans au-dessus, par exemple, d'un Michael Burks alors que ce dernier semble récolter plus de succès discographique. Alors, problème de management, de maison de disque, ou de gestion personnelle ?


Afin de gagner en indépendance (Il avouera avoir dû fait quelques concessions dans le passé), il fonde, en 2000, sa propre maison de disque (en partenariat avec Koch) : Magnolia Records. Ainsi, il est désormais totalement maître de sa musique, et enregistre dans la foulée le rentre-dedans "Believe it" (qui ne sort que l'année suivante), où sa gratte n'a jamais été aussi belliqueuse, et loquace. Voulant faire les choses biens pour son premier opus, il s'offre les services de Mike Vernom.

L'album est distribué par Dixiefrog sous le nom de "Blues in my Business". 
En 2006, c'est au tour du live : "Live On Interstate 75", qui trahit peut-être un manque d'inspiration.
Le nombre d'années qui séparent ces deux sorties (d'autant que le dernier est un live) serait justifié par la naissance d'un fils, et la gestion de Magnolia Records.

Enfin en 2007, Larry semble avoir vaincu ses petits démons intérieurs (pas bien méchants ceux-là) et réalise un grand album de Blues-rock chaleureux, gorgé de Soul.

Larry McCray est devenu un peu moins bavard à la guitare, ce qui lui permet de mieux se focaliser sur le chant ainsi que sur la structure des chansons. En conséquence, la cuvée 2007 présente un disque plus personnel et bien meilleur que le précédent opus studio ; et justement, il n'a pas de titre : seul le nom du musicien y figure, comme pour marquer un nouveau départ, ou alors, afin de bien souligner que celui-ci reflète bien, totalement, sa personnalité. C'est lui, sa musique, son Blues, et sans tricher. Preuve en est qu'il le considère comme un accomplissement personnel, comme quelque chose de totalement représentatif de sa personnalité. C'est son bébé.

A l'exception du titre d'ouverture, "Run", qui lui fait les yeux doux au Hard-blues, avec son riff droit et binaire, on reste dans un Blues rock dans la lignée de Lucky Peterson, en moins flamboyant et claquant, plus nonchalant, avec un chant plus grave et un tantinet feutré, et comme lui, certains titres sont assez funky ou Soul, mais en penchant plus nettement vers le versant blues rock. Certaines intonations peuvent évoquer Gregg Allman, toutefois sans l'égaler. Les claviers pourtant tenus par Tony Z, me rappellent fortement le jeu de Peterson. On retrouve aussi beaucoup le style du Blues de Carl Weathersby. Le son de guitare, gras et crémeux, (exclusivement Les Paul ou Flying V) lorgne toujours vers le Heavy rock, rappelant parfois Warren Haynes de Gov't Mule, ou la "Pearly Gates" de Billy Gibbons, voire de Carlos Santana. Les soli sont plus courts et plus concis qu'auparavant (et les bends à la Albert King sont toujours là).

Photo pour "Born to Play the Blues"


La basse de Noël Neal et la batterie de Steve McCray (tous deux présents depuis le début de la carrière discographique de Larry) méritent une écoute attentive. Steve prend parfois le micro en concert, tout en tapant sur ses peaux.

Peut-être son meilleur album, certainement le plus homogène par la qualité intrinsèque des titres. McCray a mûri son Blues en peaufinant ses compositions et en développant sa palette musicale. Indéniablement, celui qui fait le plus l'honneur à un Blues positif et serein. Encore plus que pour "Delta Hurricane", cette galette éponyme a fait l'unanimité des deux versants de l'océan. Enfin, presque, car il y a toujours ceux qui pensent que c'est trop rock (!?), et d'autres qui regrettent le style et la production de "Believe it". 

Pourtant depuis 2007, plus rien. On pouvait le croire retiré du circuit, or, on apprend que cette année, en 2013, McCray doit reprendre la chemin des studios. Espérons que ce prochain disque soit de la même teneur que cet album éponyme.

P.S. : Larry McCray a été récompensé du "Best male Blues guitarist" par le Gibson Award en 2002


  1. Run  - 5:36
  2. Get My Blues On  -  4:05
  3. Don't Need No Woman  -  4:36 (Bobby Boyd)
  4. Broken Promises  -  4:34
  5. Big Black Hole  -  4:23  (Donald C. Hartman)
  6. No More  -  6:05
  7. Somebody Watching  -  6:34
  8. Buck Naked  -  6:32
  9. You are the One  -  4:22
  10. Never Hurt So Bad  -  4:49
  11. Really Knock Me Out  -  6:01
  12. Real Mother for You  -  5:38




(1) Lorsqu'il choisit la Flying V, c'est en hommage à Albert King. Cette gratte resta longtemps celle de prédilection.
(2) Sur « Delta Hurricane », son deuxième opus, il reprend fort bien « Soulshine », le Soul-blues de Haynes, et « Strong Companion ».

Live

 

Direct-live à la radio : guitare (sans effet, comme à la maison), voix, et rien d'autre. Et ça fonctionne.


Et une p'tit pièce de Funk-rock

5 commentaires:

  1. J'avais bien aimé son premier CD mais j'ai assez vite décroché ensuite un peu comme Lucky Peterson ca joue très bien mais le feeling semble parfois être resté à la maison. Après se faire uen carrière dans le Blue sn'est pas aussi évident il y a quelques gros noms qui trustent les places d'honneur et les autres se partagent les restes c'ets le problème des musiques qui ne passe pas à la radio

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    1. Effectivement, le feeling est parfois (ou souvent ?) mit au placard au profit de la technique.
      Cela a été parfois le cas de McCray, et peut-être bien plus encore de Peterson. Toutefois, à mon sens, il y a toujours plus de sensibilité chez ces deux là que chez, par exemple, l'arrogant Suédois, Malmsteem.
      Au sujet de McCray, cet album éponyme fait preuve de maturité en, justement, faisant fi de toutes démonstrations stériles. Il bavarde moins pour se recentrer sur les phrases et les mots justes et appropriés.
      Mise à part "Run" qui manque de saveur.

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  2. Et même lorsque certains groupes parviennent à être diffusés, on passe toujours les mêmes titres. Comme ça, on peut encore écouter des chansons de groupes qui n'ont rien écrit depuis 10, 20, 30 ans ; pourtant ils ont apparemment réalisé quelques CD...
    étonnant non ?
    Hélas, il y a bien longtemps que la radio et la télé ne sont plus réellement des facteurs de découverte en matière de musique (à quelques très rares exceptions avec de trop rares émissions).

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  3. Bien vu la comparaison avec Michael Burks, la corpulence est à peu près la même (c'est du lourd) et ils ont joué tous les deux sur des Flying V. J'ai écouté "Born to Play the Blues" de Larry McCray. J'ai trouvé ça assez bon mais sans plus à part le titre "Sunny Monday" qui il est vrai est au dessus. Pour ma part je préfère les albums "Iron Man" ou "I smell smoke" du ,hélas!, défunt Michael Burks. Bon après, ce n'est que mon avis.

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    1. Et un avis est toujours intéressant.
      Le blog est aussi fait pour ça ;
      pour partager les avis, commenter, renseigner, pousser un coup-de-gueule, plaisanter (et apprendre ?).
      Et au sujet de Michael Burks, l'ami Rockin' lui avait rendu hommage : http://ledeblocnot.blogspot.fr/2012/05/hommage-michael-burks-1957-2012-par.html

      à bientôt Guy "Zorro" W.

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