mardi 7 août 2012

LA RIVIERE SANS RETOUR d'Otto Preminger (1954) par Luc B.


Après NIAGARA, Marilyn tourne sous la direction d’Otto Preminger, dont la réputation de sale type n’est plus à faire, mais on lui doit des chefs d’œuvre comme LAURA, UN SI JOLI VISAGE, AUTOPSIE DUN MEURTRE, et donc, en 1954, ce grandiose RIVER OF NO RETURN. C’est un davantage un film d’aventure qu’un vrai western, mais en tout cas, c’est un conte initiatique, doublé d’une réflexion sur la justice, thème récurrent de Preminger. 

On y voit Robert Mitchum, veuf, renouer avec son jeune fils après des années d’absence. Le gamin trainait dans un village de mineur, de chercheurs d’or, sous la protection d’une chanteuse de saloon : Marilyn Monroe. Celle-ci, avec son fiancée, décident de partir vers Kansas City, acheter une concession. Ils voyagent en radeau, et s’échouent sur la propriété de Mitchum, qui les sauve du naufrage. Le seul moyen de repartir, c’est à cheval. Et avec un fusil, à  cause des Indiens…

Au départ, ce film partait mal. Il s’agissait juste de mettre en valeur le nouveau format Cinémascope, pour concurrencer cette satanée télé. Otto Preminger devait encore un film au studio, il n’en avait rien à foutre, et n’avait jamais tourné de western. Il n’en tournera d’ailleurs plus ! Lui et Monroe se sont bouffés le nez sans arrêt, Mitchum grognait dans son coin, surnommant le projet : The Picture of no return ! Marilyn ne quittait pas son coach personnel pour travailler sa diction avant chaque plan, ce qui avait pour conséquence d'énerver encore plus Preminger (qui trouvait ce zèle superflu...). Et par dessus le marché, Marilyn se foule une cheville, ce qui pour tourner un film d'aventure n'est pas la meilleure chose...  

Et malgré tous ces handicaps, le film est une pure merveille. Le scope et les couleurs sont éclatants, à l’image de cette première scène, l’arrivée de Mitchum en ville, suivi par un long travelling, plan séquence, l’écran large permettant de voir d’autre scènes à l’arrière, notamment un charriot de danseuses passer à la baille ! L’histoire est très simple, linéaire, pure, mais chaque scène fait évoluer les personnages, Mitchum, Marilyn et le gamin, contraint chacun de braver tous les dangers pour sauver leur honneur. 

Le personnage de Marilyn est profond, une femme forte, de caractère, éprise de son homme. Évidemment, elle aura sa petite scène déshabillée, délicieusement érotique, alors que la situation ne s'y prête pas.  Trempée jusqu'aux os, Mitchum lui conseille de se déshabiller, et se rouler dans une couverture. Ils sont seuls, il fait nuit… Il entreprend de la réchauffer en la frictionnant. Que cette scène est longue ! Les grosses paluches de Mitchum sur ce petit corps ! On guette, on attend le geste tendre, tendancieux, mais Mitchum reste imperturbable, un roc. En totale opposition avec une autre scène, où Mitchum l'entreprendra plus virilement, contre son gré, à la limite du viol. Mitchum est vu comme un rustre, revêche, violent et entêté. Il est fier. Il a une revanche à prendre, pour se rattraper. Marilyn Monroe percera son secret (tracas judiciaires...) jetant le trouble dans l’esprit de son fils. Les péripéties sont nombreuses, descentes en radeau, attaques d’indiens, séquence avec les deux chasseurs, très tendue (on pense un peu à DÉLIVRANCE de Boorman), et bien sûr, la dernière scène, qui touche à la tragédie.  

Le film est traversé par le thème musical « River of no return », que Marilyn chante à la guitare, éclatante, dans les décors somptueux des parcs naturels canadiens. Un très grand film, que les effets de transparence vieillissent un peu, mais qui garde intacte sa force dramatique.

Dans ces deux films, Marilyn Monroe pousse la chansonnette. Dans NIAGARA la chanson "Kiss" hante le film, porteuse de messages de son amant, dans LA RIVIERE SANS RETOUR, elle joue une chanteuse, et interprète deux titres au début, dont une rengaine swinguant, debout sur un bar, toutes cuisses ouvertes devant les cowboys médusés (vous remarquerez la précision du cadrage, lorsque la tête d'un type se retrouve pile dans l'axe de son entre-cuisses...).    



Pour être franc, je n'ai jamais regardé un film pour Marilyn Monroe seule, mais avant tout parce que le film en lui-même était bon [elle a tourné avec de grands réalisateurs, Fritz Lang, Mankiewicz, Huston (x2), Hawks (x2), Wilder (x2)]. Sauf qu'une fois le film commencé, on ne voit plus qu'elle, parce que savamment mise en valeur ! 

Photo de tournage, le dernier, avec George Cukor. Inachevé. Pardonnez-moi le terme, mais y'en a pas d'autre... Une des photos les plus bandantes que je connaisse ! 

"Vous portez quoi pour dormir?"  "Chanel n°5"...

Norma Jeane Mortenson
Norma Jeane Baker
Marilyn Monroe (1926-1962) 




"Love is a traveler on the River of No Return / Swept on forever to be lost in the stormy sea..."  Arrgghh, c'est beau ! Et par Marilyn c'est encore mieux, extrait:

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