dimanche 18 décembre 2011

Pierre et le Loup - Carnaval des Animaux – Histoire de Babar… par Claude Toon


Musique pas vraiment classique pour la 3ème étape divertissante pour les fêtes de Noël. N’oublions pas les enfants (ceux qui n’ont pas encore l’âge où l’activité se résume à se muscler les pouces scotchés devant un écran LCD). Les petits aiment bien encore écouter des histoires et contes, blottis contre papa maman sur le canapé…
Donc cette semaine : un album avec trois contes musicaux bien connus : Pierre et le loup de Serge Prokofiev, le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns et l’Histoire de Babar mise en musique par Francis Poulenc et Jean Françaix.

Pierre et le Loup

On ne raconte plus aux adultes l’histoire de petit Pierre, garçonnet courageux et imaginatif qui fera prisonnier un loup surgi de la forêt. Ses amis l’oiseau, le chat et le canard seront alliés ou victimes de cet exploit, au désespoir du Grand-père pas vraiment rassuré par ces initiatives. Heureusement les chasseurs donneront un viril coup de main…
C’est lors de son retour définitif en URSS en 1936 que Prokofiev écrit ce conte à la demande de Natalia Saz, la directrice artistique du Théâtre central pour enfants de Moscou. Natalia Saz sera la récitante lors de la création le 2 mai 1936. Le compositeur écrira à la fois le récit et la musique.
Le récitant a un rôle essentiel pour captiver l’enfant. Le célèbre enregistrement de Gérard Philippe accompagné par un orchestre russe dirigé par Guennadi Rojdestvenski est au catalogue et depuis un demi-siècle.
Mouii… Certes une interprétation monophonique mythique (1956), mais apparaissant de nos jours un soupçon didactique et illustrée par un orchestre sans grande malice. Aïe Aïe Aïe, je jette surement un pavé dans la mare.
Je vous propose de suivre petit Pierre dans ses aventures avec… Claude Pieplu. Vous connaissez je pense l’inénarrable commentateur des Shadocks, sans compter l’acteur génial à la voix pateline et sarcastique. Souvenez-vous du rôle du professeur dilettante dans le Paltoquet de Michel Deville ou l’inquiétant voisin vielle France, précieux et grincheux dans  Le Locataire de Roman Polanski.
Pour ceux qui ont connu les sketchs délirants du "Palace", "homme au clés d'or", vous imaginiez l’incroyable variété de ton, d’humour décalé et de facétie du comédien, un répertoire unique de mimiques verbales que l’acteur a su insuffler à ce joli conte… en moins impertinent, bien évidemment. Je rassure les parents, Pieplu s'adresse aux enfants...
- Heuuu… oui Luc et Rockin, je m’égare….
Illustration extraite du livre de Erna Voigt (édition Gallimard)
Claude Pieplu se détourne-t-il du rôle de narrateur pédagogique pour enfants sages ? Oui ! Il intègre un à un chaque personnage, chaque instrument dédié. Il ronchonne quand le grand-père tance petit Pierre, s’affole avec le canard, susurre à mi-voix pour préciser que l’oiseau s’est réfugié dans l’arbre… pas trop près du chat ! Il chuchote comme pour éviter d’alerter le félin…
C’est tordant !!! J’entends mes enfants encore petits hurler de rire quand Claude Pieplu annonce à la fin que le canard survit dans l’estomac du loup, prenant un air fataliste et goguenard pour conclure " … car dans sa hâte, le loup l’avait avalé vivant". Pauvre canard, mauvais endroit, mauvais moment !!
L’Orchestre de Paris - la grande époque de sa création -  est dirigé par Igor Markevitch, un chef d’origine Russe disparu en 1983. Ce chef perfectionniste, hélas un peu oublié (sauf des mélomanes), fait briller les instruments-personnages de mille feux. Les bois étaient parmi les meilleurs de l’école française et du monde à cette époque. Il émane des cordes une poésie magique. La promenade de Pierre est d'une allégresse matinale de grande finesse. En bonus : une magnifique prise de son. Il est important que les jeunes oreilles se familiarisent tôt aux sonorités justes.
Mes enfants confirment : sans doute un souvenir sans pareil d’espièglerie et de découverte de l’orchestre dans leur enfance.
A mon sens la version stéréophonique de référence. Et puis les compléments concernent toujours nos chères têtes blondes.


Le carnaval des animaux
Camille Saint-Saëns (1835-1921) composa cette "fantaisie zoologique" en 1886. On se moqua de lui, l'estimant indigne de cette composition farfelue et elle ne fut plus jouer de son vivant. Elle est pourtant une excellente initiation à la fois aux diverses sonorités instrumentales et à la découverte de la musique descriptive. L'ouvrage est écrit pour deux pianos et orchestre. Dans cet enregistrement de luxe, Alexis Weissenberg et Aldo Ciccolini assurent avec fougue les parties pianistiques, et l'Orchestre du Conservatoire qui allait devenir l'orchestre de Paris est conduit avec poigne par Georges Prêtre, un des plus grands chefs français encore vivants.  Elle comprend 9 courtes pièces dont un Final. 
L'introduction est dédiée au lion, ROI des animaux et qui tient à ce qu'on le sache. Saint-Saëns fait rugir les cordes lascivement. Le lion s'étire et se pavane en marchant comme un sultan. Plus loin, quel enfant n'a pas souri en entendant la pesante et empruntée contrebasse s'essouffler en accompagnant l'éléphant ? Et le compositeur qui n'a peur de rien fait même intervenir des fossiles de dinosaures qui montent des gammes pour passer le temps. Forcément, ils en ont, du temps. Et puis comme ils sont morts et bien morts, Saint-Saëns leur rend hommage avec sa propre Danse Macabre et du Rossini (ça ce n'est pas charitable).  Ah, le cygne, un violoncelle nage avec grâce, nonchalance et un peu d'emphase pour bien signifier son statut élevé dans le monde socio-culturel animal, une très belle pièce. Le final se présente comme un défilé joyeux de toutes ses créatures. Les pianistes et le chef sont au sommet de leur art dans cette pantomime animalière.

L’histoire de Babar

Pour poursuivre dans l’univers enfantin, ce CD est complété par l’histoire de Babar d’après les textes de Jean de Brunhoff, mis en musique par Francis Poulenc et orchestré par Jean Françaix. Soyons clair, Peter Ustinov ne retrouve guère la verve de Claude Pieplu et le duo PoulencFrançaix propose un simple accompagnement musical, là où Prokofiev animait vents, cordes et percussions comme des acteurs instrumentaux.
Attention ! Nos enfants n’ayant pas encore l’esprit critique (sauf pour les légumes verts), ne gâchons pas leur plaisir, laissons les écouter cette histoire, la musique et rêver… Et puis il y a plein de rebondissements pour animer ce conte.
C'est amusant même si un chasseur tue la maman de Babar, le même destin que Bambi. Les pages symphoniques sont assez élégantes quoiqu'un peu mornes. Il est vrai qu'après Prokofiev, relever le gant est difficile. Georges Prêtre sauve tout cela grâce à une direction percutante, un orchestre cocasse et cuivré qui flirte avec la musique de cirque.
Vidéos

Extrait de Fantasia 2000 : Le final du Carnaval des animaux « les flamands roses » interprété par l’orchestre symphonique de Chicago sous la direction de James Levine (rien que ça).



1 commentaire:

  1. Cher monsieur Toon, merci pour ce superbe article rendant hommage à l'une des meilleures versions de Pierre et le Loup. Et le choix de la vidéo de Fantasia 2000 pour Le Carnaval des Animaux constitue un agréable friandise pour conclure cette chronique.
    Toutefois, dans un registre un peu plus adulte, vous avez aussi cette version qui n'est pas mal non plus. ;)
    http://www.youtube.com/watch?v=VJpowNuSXMk

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