mercredi 27 juillet 2011

Billy SQUIER "Don't Say No" (1981) par Bruno


     Billy Squier est un musicien assez peu connu dans l'hexagone. En partie par la faute des médias français qui ne l'ont que très rarement épargné lorsqu'ils ne l'occultaient pas complètement, le reléguant rapidement en division d'honneur du Rock FM. Raccourci facile et erroné (encore une fois) de la part de soi-disant journalistes qui s'étaient arrêtés à certains hits du monsieur en question; en l'occurrence, ceux des années 82 et 83. Car si effectivement Billy Squier a abordé de près le Rock FM, sa musique ne s'est jamais limitée à ce style. Si l'on excepte l'album « Sign of Life » (sur-produit), une bonne partie de « Enough is Enough » et quelques titres sur « Emotion in Motion », et que l'on prenne la peine d'écouter, et non de survoler, sa musique, on découvre des compositions de pur Heavy-rock côtoyant du Rock'n'Roll énergique. 



     William Haislip Squier est né le 12 mai 1950 dans le Massassuchetts. Il commençe par étudier le piano et passera à la guitare après avoir vu Eric Clapton avec Cream. Dans un de ses premiers groupes, il jouera avec Klaus Flouride, futur Dead Kennedys. Après avoir réalisé deux disques avec le groupe Piper, qui lui vaudront déjà une certaine reconnaissance (limitée à l'Amérique du Nord), Squier décide de voler de ses propres ailes, et surtout d'être seul maître à bord afin de jouer une musique plus proche de ses premiers amours, Piper gardant une trame Pop plus franche.
James Trussart Steel top

     La voix de Billy Squier est un peu nasillarde ; un petit défaut qui se révèle plus nettement sur les ballades, mais cela s'estompe dès lors qu'il force sa voix qui devient alors franchement plus éraillée. Son arme de prédilection fut pendant longtemps la Fender Telecaster, jusqu'à ce que Kramer lui concocte un modèle signature (assez rudimentaire, avec un seul micro P-90 bridge et un Floyd-Rose qu'il ne semble pas utiliser). A partir de 1989, on le voit changer de modèle suivant les chansons, son rig se constituant alors autant de Telecaster, de Stratocaster que de Gibson LesPaul ; principalement des modèles vintages. Plus récemment, il le compléta de deux magnifiques James Trussart SteelTop (photo ci-contre)
Paradoxalement, alors qu'il a un temps pêché par des arrangements aseptisés (inorganiques ?), il a toujours gardé un son de guitare électrique brut, naturel, apparemment sans apport d'effets.

     Après un premier album, « The Tale of the Tape » sur lequel il pose déjà les bases de son style : un Rock appuyé sur des guitares crues et franches, un chant Pop-Rock légèrement maniéré mais sachant se faire mordant, et une batterie qui maintient l'ensemble par une assise, une frappe et une technique infaillible. Ce premier jet est assez réussi mais ne remportera pas tous les suffrages. Paradoxalement, le premier titre (très basique), "The Big Beat", fera le bonheur de rappers qui l'utiliseront dans leurs samples (comme quoi, mine de rien, les rappers ont parfois fait preuve de culture musicale).

     Un plus tard, il remet le couvert avec « Don't Say No ». C'est un véritable bond en avant. Toutes les compositions ont un niveau d'écriture tel que la plupart font encore aujourd'hui office de classiques. Les balbutiements du premier ont fait place à un travail de maître-artisan, et notamment de maître riffeur au long cours. Déçu par la production du précédent et admirant le travail de Queen, Billy avait demandé à Brian May de le produire. Ce dernier n'étant pas disponible, il lui recommanda son récent producteur, Reinhold Mack. Initialement ingé-son (Electric Light Orchestra), Mack passa à la production à partir de 1980 avec Queen (pour "The Game").



     L'album débute sur un titre hybride hésitant entre la Pop à peine musclée représentée par des couplets assis sur des notes de clavier désinvoltes, et un Heavy-Rock agressif mû par des bends stridents et ténus, quelques power-chords, et un chant se faisant sporadiquement plus mordant.
« The Stroke » bien que déjà radicalement plus heavy grâce à un riff appuyé qui aurait pu être signé "Young and Young", et une batterie des plus binaires, brouille encore les pistes. Les chœurs scandent plus qu'ils ne chantent, presque une clameur guerrière, néanmoins bousculée par des voix juvéniles qui interfèrent en criant « Stroke ! ». AC/DC meets Queen !
« My Kinda Lover » plonge radicalement dans la Pop où l'on sent l'influence anglaise des mentors des 60's, avec quelques passages de cuivres joyeux et irrévérencieux.
« You know what I Like » passe la cinquième, le batteur accélère le rythme. On aborde un rivage d'une terre plus Rock'n'Roll ; rien de vraiment transcendant, mais qui, tel un sésame, ouvre la porte vers une contrée franchement plus Rock. En l'occurrence les chansons suivantes.
« Too Daze Gone » est un pur hymne Rock'n'Roll qui préfigure le Jimmy Barnes de « For the Working Class Man » et de « Freight Train Heart ». Le piano se jette corps et âme dans un registre Honky-tonk-boogie, la guitare est Heavy-blues-rock, la batterie brave l'auditeur sans férir, avec un refrain entêtant. Du real Heavy-boogie-Rock enivrant, « satisfaction guaranteed » et abus fortement conseillé.
Avec « Lonely is the Night » la frappe de Bobby Chouinard le place aux côtés des grands marteleurs de fûts, non loin de John Bonham. Rares sont les titres que l'on peut écouter (surtout de nos jours) en prenant plaisir à faire abstraction de tout pour se focaliser avec bonheur sur cette armada de percussions. Pourtant rien de démonstratif ou de technique, juste une frappe forte, lourde et précise, explosant les fûts et fracassant les cymbales. D'ailleurs malgré le brillant riff, la batterie est légèrement mise en avant C'est évident, l'ombre de Led Zep plane sur cette chanson ; le break de fin paie d'ailleurs son tribut avec un plan de Page et un autre de Bonham, et puis ces « lonely, lonely » à la fin, en « fade », à la mode Plant, éliminent tout doute.
Au sujet de Bobby Chouinard, on a souvent comparé, à juste titre, son style explosif à celui de Bonham. Pourtant, ses influences majeures étaient Ringo Starr et Don Brewer (de Grand Funk Railroad).
« Whadda You Want From Me » maintient l'ambiance, certes non survoltée mais portée à ébullition. Billy larde, griffe ce Heavy-Rock'n'Roll de fulgurants traits de slide-guitar. Là encore un gros travail de Chouinard qui se révèle être une véritable valeur ajoutée à la musique de Squier. Une pierre angulaire.
« Nodoby knows » permet au groupe de reprendre son souffle grâce à cette ballade mélancolique et intimiste.
« I Need You » fait également référence à la Pop anglaise, entre Kinks, Small Faces et Beatles.
« Don't Say No », le titre de clôture qui donne son nom au disque, a des intonations de Bad Company avec des chœurs à la Queen.


Avec « Don't Say No », Squier place quatre chansons, sur cinq éditées, dans les charts américains.

Une fois encore, malheureusement, l'édition CD ne rend pas service au mixage et mériterait un mastering pour redonner un peu de corps à la production.

Par la suite, pour Dieu sait quelles raisons, Billy succombera aux sirènes d'une sur-production et d'arrangements encombrants en studio. « Emotion in Motion »(1) en porte les prémices, et « Sign of Life »(2) baigne dedans, donnant alors effectivement à la musique de Billy Squier des allures de Rock FM ampoulé. L'excellent « Enough is Enough »(3) réussit cette fois-ci à intégrer des arrangements sans pénaliser l'aspect Rock, notamment grâce à une production énorme, en avance sur son temps. Après un sommeil de deux ans, Billy reviendra définitivement à un Rock dur reposant essentiellement sur des guitares franches et tranchantes (4). Il tire sa révérence avec un dernier album en 98, totalement acoustique, juste sa guitare et sa voix, réalisé seul. Il retrouva la scène en 2006 avec le Ringo And His All Starr Band.

Billy Squier : Chant, guitares, piano & percussions
Bobby Chouinard : batterie (décédé le 8 mars 1997, il a joué avec Alice Cooper, Gary Moore, Chris Spedding, Ted Nugent, Cher, Michael Bolton, Adam Bomb, Jon Paris)
Mark Clarke : Basse & chœurs (Colosseum, Mountain, Uriah Heep, Tempest, Ken Hensley, Ian Hunter)
Alan St. Jon : Claviers& chœurs (dans les années 80, il était difficile de trouver un disque de Rock US où son nom n'apparaissait pas lorsque le groupe faisait appel à un claviériste externe)

     Billy gardera la même formation jusqu'en 1991, avec le disque "Creatures of Habit". Avec toutefois l'excellent Jeff Golub (qui jouera aussi pour Rod Stewart) qu'il embauchera quelques mois après la sortie de "Don't Say No". Un guitariste qui sera sur tous les albums suivants, jusqu'à "Tell the Truth", dernier album de groupe pour Billy.


  1. « Emotion in Motion », l'album à la couverture signée Andy Warhol, plaça en deux ans 5 titres dans les charts, dont un à la première place avec « Everybody wants you ». Hélas, la réédition CD de 2007 souffre d'une accentuation des fréquences médium et aigües.
  2. C'est l'album produit par Jim Steinman et des synthétiseurs envahissants de Larry Fast (Nektar, Peter Gabriel, Yes, Hall & Oates). Brian May joue le solo sur « 1984 (Another) ». Second n° 1 avec le très commercial et poppy « Rock me Tonite » (clip risible – Squier est visiblement plus à l'aise sur scène que sur un plateau à gesticuler comme un pantin désarticulé) .
  3. Produit par Peter Collins et masterisé par George Marino, deux grandes références des 80's. Cette fois-ci c'est Freddie Mercury qui vient prêter sa voix sur deux titres, dont un qu'il co-composa. On retrouve également l'extraverti T.M. Stevens. Les synthés sont toujours présents mais en retrait, ne servant qu'occasionnellement en fond sonore.
  4. Soit « Hear & Now » en 1989 dont trois chansons renouent avec les charts dont une en 4ème position, « Creatures of Habit » en 91 place également une chanson en 4ème, et « Tell the Truth » en 93. Ce dernier, pourtant un de ses meilleurs, n'a fait l'objet d'aucune promotion de la part de Capitol, et demeure en conséquence un des moins connus.






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