Les Rose Tattoos sont toujours restés fidèles à eux-mêmes, attifés sur scène comme à la ville. Simplement, modestement, sans paillettes, sans brushing, sans bling-bling. Même leur scène, à l'image de leur musique, était dépourvue de toute forme d'artifice. Pas même un fumigène dégoté dans un vide grenier, surtout pas un pantin ou des danseuses. Des effets pyrotechniques ? Malheur ! Leur musique est déjà naturellement incendiaire ! Faire cohabiter les deux aurait été prendre bien des risques inutiles.
Au crépuscule du vingtième siècle, Rose Tattoo était de l'histoire ancienne. Après une résurrection exceptionnelle en 1992, déjà retardée en raison de la maladie et du décès du batteur Dallas "Digger" Royall, et après avoir tourné avec les Guns 'n'Roses - qui ne voulaient personne d'autre qu'eux pour les accompagner sur leur tournée australienne (1) -, les membres étaient retournés à leurs occupations personnelles.

Bref, toujours des fourmis dans les jambes, les musiciens ne résistent pas à l'opportunité d'une tournée nationale en 1998. Si ça ne va pas vraiment plus loin, Rose Tattoo reste vivant, survit à travers d'occasionnels petits concerts à travers le pays. Les rêves de tournées conquérantes à travers le monde sont de l'histoire ancienne. Doutant qu'on se souvienne d'eux au-delà du pays des kangourous et de celui des kiwis, les membres se contentent désormais du simple plaisir de jouer à l'occasion devant un public fidèle - bien que plus restreint qu'auparavant. Jusqu'au jour où l'organisation du festival de Wacken Open Air - alors considéré comme LE festival européen incontournable de heavy-metal et de hard-rock -, fait des pieds et des mains pour avoir Rose Tattoo à l'affiche. Les Australiens, un peu surpris, hésitent, puis sous l'insistance de la direction, se lancent en prévoyant au passage une poignée de dates dans des salles modestes ; là où on voudrait bien d'eux. Histoire de rentrer dans leurs frais. Or, ce 5 août 2000, consternation pour les Aussies. Non seulement un large public attend impatiemment leur prestation, mais il leur fait un triomphe. Qui l'aurait cru ? Pas les membres de Rose Tattoo, au contraire des organisateurs du festival. Ces derniers, visiblement, avait prévu le coup puisque le set a été enregistré et a fait l'objet d'un double live (2 CD), "25 To Life", édité prestement la même année, fin octobre, par leurs compatriotes de SPV - Steamhammer. C'est le début d'une nouvelle aventure pour ce groupe de quinquagénaires.
En 2002, les Tatts déboulent avec un méchant "Pain" débordant de rock'n'roll en mode tronçonneuse. Ça ne fait pas dans la dentelle. Comme si ça devait être un dernier barouf d'honneur, ces "rock'n'roll outlaws" envoient leurs chansons comme d'autres des bastos avec une Browning M2 HB. Tout n'est pas du même niveau, et on pourrait reprocher à Rajner Hänsel d'avoir donné une teinte "métallique", mais cet album remet les pendules à l'heure - tout en foutant la honte à des rockers du dimanche. Avec seize torpilles (!), les Tatts auraient gagné à être moins généreux. C'est un peu comme si, après nous avoir transformé en passoire, ils venaient s'assurer du travail en nous piétinant à pieds joints, jusqu'à ce que notre carcasse soit profondément enfoncée dans le sol.

En octobre 2006, c'est au tour de Ian William Rilen, premier bassiste du groupe et auteur de "Bad Boy For Love", présent lors de la mouture éphémère de 1998, de tirer sa révérence.
C'est en hommage à ses frères d'armes disparus, que les Tatts baptisent leur dernier album "Blood Brothers". Un album "coup de poing", frais comme le désert de Broken Hill, duveteux comme l'échine d'un crocodile, et surtout, surtout, terriblement excitant. En 2007, le nouveau Rose Tattoo revient à son meilleur. La petite bande d'outlaws ne réitère pas les erreurs précédentes. L'album est nettement plus court - quarante minutes et des poussières, va à l'essentiel, et renoue avec une tonalité de "Rock australien" brut de décoffrage et sans faux col. Cette fois-ci, c'est quelqu'un du pays, Mark Optiz, qui est à la console. Un gars qui a fait ses preuves en qualité d'ingénieur et/ou de producteur auprès de groupes généralement considérés parmi les meilleurs nationaux - dont AC/DC, The Angels, Cold Chisel, Swanee, Divinyls, INXS, Jimmy Barnes, Noiseworks, Hoodoo Gurus, Models, The Saints.
Wells n'étant malheureusement plus d'attaque, on appelle à la rescousse Dai PritcHard pour reprendre la slide. Un solide gaillard, qui a appris les rudiments de la scène en accompagnant Jimmy Barnes et ... Olivia Newton John, mais surtout Billy Thorpe. Ainsi qu'un vieux compagnon, Michael Cocks, ancien membre historique jusqu'en 1982 - jusqu'à ce qu'il quitte cet équipage qui avait alors tendance à écluser un peu trop souvent.
Pour le première et la dernière fois, Rose Tattoo déroule sur disque une reprise : "Black Eyed Cruiser". Un classique qui, injustement, ne parviendra pas à s'imposer hors des frontières. Une composition du duo Harry Vanda & George Young, réalisée dans une tentative de relancer la carrière de leur ancien coéquipier au sein des Easybeats, Stevie Wright. Évidemment, la version des Tatts est nettement plus alcoolisée, plus percutante. Wright avait mis des gants, Angry et ses potes les ont retirés et cognent à mains nues. Bare-knuckles !
Alerte et nerveux, catapulté par des grattes mordantes, "Slipping Away" impose une vision défaitiste - ou serait-ce un avertissement ? "Douloureux, brisé, tremblant de tous ses membres, désespéré de survivre. Torturé, déchiré, reculant plus mort que vivant. Il arrive un moment où l'on devient aveugle envers ceux qui nous sont chers. Leur amour est si fort. Perdu au plus profond de soi, on ne voit plus leurs larmes. On sombre ! ... Les reines adolescentes des revues disent que c'est normal de se comporter vulgairement. Yeux ternes et vides, cuisses informes, il faut maigrir pour plaire ! Avaler ces pilules, boire à satiété ne t'apportera pas l'happy hour. Puis tu te retrouves seule, et sans personne à la maison quand tout tourne mal ... L'obscurité est ma seule amie, j'ai éteint la lumière du jour". "Once in a Lifetime", qui n'aurait pas dépareillé sur le formidable premier opus, assis sur un lit de slide en lames de rasoir avec une rythmique percussive et transcendentale, et qui annonce le moment où il est temps de lâcher prise, de se laisser partir. "... Une fois dans sa vie, on entend ce fleuve couler. Il montera et t'emportera ! Mais il est temps pour toi de partir. Baigne toi dans l'absolution, une constitution spirituelle, assoiffé de rédemption, noyé dans le salut. J'ai entendu cette cloche triste chanter doucement ... Nous avons vu la gloire dans l'histoire d'un outlaw. Nous avons vu l'émerveillement. Nous avons senti le tonnerre et l'éclair. On nous a dit : "c'est aujourd'hui qu'il est temps de te laisser partir". Une chanson bien certainement dédiée à l'ami parti récemment, et qui peut également l'être aux défunts Dallas Digger Royall et Ian Rilen. Mais la faucheuse n'a pas encore fini sa moisson au sein des Tatts...
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| de G à D : Pritchard, Angry, DeMarco, King & Cocks |
Pas de ballade dans les parages, juste un blues poisseux et accablé, avec "Blues City". Pour le reste, on préfère quand ça rue dans les brancards. Sans pour autant se perdre dans des courses puériles de vitesse - it's only rock'n'roll ! Rien à voir avec le cirque, le barnum cher aux Ricains. Rien d'artificiellement exacerbé, ou forcé. Même quand ils la jouent belliqueux, notamment avec "Man About Town", aux parfums capiteux de The Angels.
En omettant sa dernière réalisation de 2020, qui n'est qu'un réenregistrement du premier essai (3) - enrichi de quelques inédits depuis longtemps divulgués, et d'une chanson composée par Anderson et Rilen, "Rosetta" -, Rose Tattoo aura conclu une carrière discographique de fort belle manière. Avec un album qui, s'il n'égale probablement pas les trois premiers, n'en est pas moins une bien belle pièce de heavy-blues-rock torride et sans concessions. Pure émanation d'un rock australien. Rien de plus naturel, car les belligérants n'ont jamais pratiqué autre chose que du rock saignant, - ou presque - même lors de diverses carrières solo ou avec d'autres gangs.
Une fois encore, avec cet album qui a fait l'unanimité, Rose Tattoo rebondit, prêt à assaillir les scènes d'Europe et d'Amérique. Mais... c'est au tour de Mick Cocks, principal compositeur de "Blood Brothers", de partir précocement. En 2009, en quelques mois, il succombe à un cancer du foie. Deux ans auparavant, c'était Lobby Loyde, une figure tutélaire du rock aussie, qui succombe à un cancer du poumon le 21 avril 2007. Loyde, après avoir fait partie des Aztecs, avait monté un groupe de proto-boogie-punk, Coloured Balls. En 1974, il produit le premier album auquel a participé Angry : "Something to Say" de Buster Brown. Angry et Loyde se retrouvent en 1979, lorsque ce dernier rejoint Rose Tattoo. Il y a joue de la basse pendant un peu moins d'un an.
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| 5 août 1947, Melbourne - 21 septembre 2026, Sydney |
(1) On raconte que les Guns, pourtant sur leur longue tournée "Use Your Illusion", consécration d'une gloire internationale, auraient été subjugués par l'intensité des prestations de Rose Tattoo.
(2) Particulièrement actif, parallèlement à Rose Tattoo, il continuait à se produire et réaliser des disques en solo ou avec son épouse Lucy De Soto.
(3) Avec, outre Anderson et Pritchard, l'ex The Angels Bob Spencer, l'ex-AC/DC Mark Evans et Jimmy Barnes, fils de Jimmy, à la batterie
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