mardi 19 mai 2026

PINK FLOYD - ”Meddle“ (1971) - par Pat Slade




Deux ans après ”Umma Gumma“ et deux avant “The Dark Side of the  Moon“, les anglais sortiront un nouveau chef-d’œuvre.



Un Écho dans le Rock Prog




En octobre 1971 arrivait dans les bacs le sixième album studio de Pink Floyd. ”Meddle“ est-il ce que sera ”Rubycon“ de Tangerine Dream trois ans plus tard ? ”Meddle“ est-il un chef-d’œuvre ? Même si le terme est un peut galvaudé, les cinq albums sortis durant les années 70 de ”Meddle“ à ”The Wall“ représentent pour beaucoup la quintessence du groupe. En 1971 Pink Floyd n’est plus tout à fait le groupe psychédélique guidé autrefois par Syd Barrett, mais pas encore la machine conceptuelle qui accouchera de “The Dark Side of the Moon. Entre ces deux mondes existe “Meddle“ un album charnière souvent moins célébré que les monuments qui suivront, mais essentiel pour comprendre la naissance du véritable son Pink Floyd

Plutôt que de composer avec un orchestre et un chœur comme dans l’album précédent ”Atom Heart Mother“ ou de refaire de l’expérimental comme dans ”Ummagumma“, le Floyd va rester sur un son de groupe. La pochette et le titre ont leurs histoires. Pourquoi ”Meddle“ ? Tout simplement un jeu de mot entre Medal (médaille) et Meddle (interférer) qui ce prononce de la même manière. La pochette une fois dépliée représente une oreille sous l’eau qui était l’idée première du groupe alors que le collectif artistique Hipgnosis avait proposé un gros plan d’un anus de babouin. 🙈

One of Theses Days“ : L’album s’ouvre sur le son du vent, puis deux basses jouées par Water et Gilmour délivrent un riff hypnotique, un rythme coupé que part les accords de l’orgue hammond de Wright, des effets sonores menaçants, puis cette montée progressive qui semble annoncer un orage cosmique. Ce sera aussi la première fois que Gilmour jouera sur un lap-steel. L'instrumental est brisé vers le milieu lorsque la voix de Nick Mason passée à vitesse réduite scande la phrase : ”One of these days, I'm going to cut you into little pieces“ (”Un de ces jours, je vais te couper en petits morceaux“). Les paroles menaçantes, une rare contribution vocale de Nick Mason. Déjà, le groupe expérimente moins pour provoquer que pour construire un univers cohérent

A Pillow of Winds“ Une ambiance bucolique presque pastorale avec des arpèges de guitares en majeur et une guitare slide (peut être lap-steel ? Le titre (Un oreiller dans le vent) est le nom d’une combinaison de mah-jong, un jeu que pratiquaient Water et Mason. la voix de David Gilmour apporte une chaleur nouvelle au groupe. 

Les premiers Pink Floyd pouvaient parfois sembler froids ou abstraits. Fearlessalterne à l'inverse entre fantaisie et maîtrise. “Fearless” est l’un des joyaux cachés du répertoire floydien,  une chanson simple en apparence, portée par une guitare lumineuse et une montée finale habitée par les chants de supporters de Liverpool (You'll Never Walk Alone). Une idée improbable, mais qui fonctionne étonnamment bien. Pink Floyd montre ici qu’il peut être expérimental sans perdre le sens de la mélodie. 

San Tropez“ : un morceau de Water un peu jazzy qui se conclut sur une improvisation de Rick Wright. “Seamus : le titre qui a du chien  parti d'une improvisation à la guitare acoustique de Gilmour, le piano de Weight et hanté des hurlements du chien Seamus (un barzoï), qui a inspiré le titre de la chanson. Le titre ne sera interprété qu'une fois en concert, sous le titre de Mademoiselle Nobs pour le film ”Pink Floyd ; Live at Pompeii”. 

Puis arrive “Echoes”, vingt-trois minutes qui occupent toute la seconde face du disque et résument l’ambition du groupe. Le morceau débute par ce célèbre “ping” cristallin, comme celui d’un sonar de sous marin, avant de se déployer lentement comme une exploration sous-marine. Chaque musicien trouve sa place : les claviers atmosphériques de Richard Wright, la batterie souple de Nick Mason, la basse inventive de Roger Waters et les envolées de guitare de Gilmour composent une œuvre organique, presque cinématographique. 

Echoes est considérée comme une chanson importante qui marque la transition entre les premiers morceaux expérimentaux de Pink Floyd et leurs morceaux à succès ultérieurs. Plusieurs publications la considèrent comme l'une des meilleures chansons du groupe. Les membres du groupe ont des avis partagés sur le morceau, mais il fait partie des préférés de Wright.

Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est l’équilibre parfait entre improvisation et précision. ”Meddle ne cherche pas l’efficacité immédiate  il demande du temps, de l’attention, parfois même de la patience. Mais en retour, il offre une immersion rare. Peu d’albums donnent autant l’impression d’entrer dans un espace parallèle. Plus de cinquante ans après sa sortie, “Meddle reste une œuvre fascinante, moins immédiate que ׅ“Wish You Were Here, mais peut-être plus mystérieuse. 

C’est un disque de transition, certes, mais certaines transitions valent autant que les sommets qu’elles annoncent.


                                                                   

7 commentaires:

  1. Une rumeur circule à propos du morceau "Echoes". Il aurait été composé à partir de la dernière séquence du film "2OO1 l'Odyssée de l'espace". Même durée, et correspondance exacte, à la moindre variation près, quand on superpose les images et la musique (les montages existent sur Youtube, c'est effectivement bluffant). Chronologiquement, Kubrick n'aurait pas pu faire son montage à partir de la chanson, enregistrée 4 ans plus tard... Mais le groupe a tout à fait pu composer "Echoes" en s'inspirant du film, à condition d'en obtenir une copie (pas de dvd à l'époque !), ce qui reste peu probable. Troisième hypothèse : une coïncidence remarquable !

    Une chose est sûre, entre Waters et Kubrick, il y avait soit un contentieux, soit une admiration commune. Certains avancent l'idée que Roger Waters voulait travailler avec Kubrick, et lui avait envoyé "Echoes" à titre d'exemple. Le cinéaste aurait refusé, Waters se serait vexé. D'autres disent au contraire que c'est Kubrick qui avait sollicité Pink Flyod pour utiliser leur musique, dès 1967 (« 2OO1 » sort en 68), rendez-vous manqué, et pour "Orange Mécanique", qui sort en même temps que "Atom Heart Mother". Là, c’est Waters qui aurait envoyé paitre le cinéaste (peu probable, qui aurait envoyé bouler Kubrick à cette époque ?!). Ou encore qu'une collaboration était envisagée, mais le groupe, entre enregistrement et tournées, avait dû décliner, à regret. On y croit davantage.

    Quand on regarde "Orange mécanique" et la scène du drugstore attentivement, Alex y drague deux nanas, on remarquera à l'arrière plan un rayonnage de 33 tours. En bonne place la BO de "2OO1", et relégué derrière "Atom Heart Mother". L'accessoiriste n'a pas placé ces deux disques par hasard dans le champ de la caméra ! C'est à partir de cette scène que les théories ont commencé à courir, un message subliminal de Kubrick à Pink Flyod ? Soit un doigt d'honneur envoyé à Waters (le disque de 2OO1 a plus d’importance à l’image, sous entendant que Strauss et Ligetti valent mieux que Waters et Gilmour) soit un clin d'oeil amical, en mode : désolé de ne pas avoir pu travailler avec vous, une prochaine fois sans doute, mais vous êtes quand même dans mon film. Hypothèse plus vraisemblable.

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    1. J'étais persuadé qu'il y avait à un moment du Pink Floyd dans "Orange Mecanique".
      Dans le magasin de disque ? Y'a pas de jeunes jolies donzelles qui tripotent des galettes du Floyd ? Avant que l'affreux jojo ne les invite à écouter d'la vraie musique. Celle de Beethoven.
      Après, j'ne lai vu qu'une fois, il y a bien longtemps... trop de violence gratuite

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  2. Y'a deux donzelles, oui, choucroutées, qui minaudent une sucette à la bouche... L'autre les drague et les invite chez lui. La fameuse scène de la partouze filmée en accéléré. Mais pas sur du Beethoven, sur du Rossini (Guillaume Tell).

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    1. Ouuuiiii !!! Le final ! Celui tant prisé par les films d'animations. Tagada Tagada Tagada Tagada ! Tsoin tsoin !!

      (mais il me semblait bien que le zozo était fan de Beethoven)

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    2. Il est fan de Beethoven, oui, mais il y a d'autres musique dans le film !

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    3. surtout "Funeral Sentences and Music for the Funeral of Queen Mary" de Pürcell

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  3. Je passe remercier. Pour la première fois j’ai écouté MEDDLE en évitant « One Of These Days » & « Echoes » grâce à votre papier que je m’empresse d’ajouter au dossier MP3, un des avantages de ce support. « A Pillow Of Winds » est un petit bijou qui me rappelle les douceurs folk pop que l’on retrouvera chez Genesis. « Fearless » est du grand Floyd à recaser dans « The Wall » 😉 Enfin « San Tropez » passe enfin sous la lumière quand on supprime les deux titres géants. Une expérience profitable pour modifier son avis sur ce disque.

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